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Comment réagir, en tant que citoyen, auprès d’une personne en situation de détresse psychologique ? Géraldine LEMOINE nous en parle avec le programme « Premiers Secours en Santé Mentale »(PSSM).

Article rédigé par notre  experte, Géraldine LEMOINE, Sociologue (Master 2 Développement social à Sciences-Po), conseil et animatrice de formations et d’ateliers conjuguant communication collaborative, développement de la créativité et prévention du stress, auteur et co-auteur d’un ouvrage publié aux éditions Odile Jacob intitulé « Toxic Handlers : les générateurs de bienveillance en entreprise ».

N°3, Octobre 2023

La santé mentale, un enjeu de santé publique majeure en 2022, partout dans le monde…

Selon une vaste étude sur la santé mentale publiée par l’OMS en juin 2022, environ une personne sur huit dans le monde vit avec un trouble mental. Une souffrance qualifiée d’« énorme » par l’Organisation et aggravée par la pandémie de Covid-19.  La dépression et l’anxiété ont ainsi augmenté de plus de 25 % au cours de la première année de la pandémie seulement.

En 2019, près d’un milliard de personnes – dont 14 % des adolescents dans le monde – étaient atteints d’un trouble mental. Les suicides représentaient plus d’un décès sur 100 et 58 % d’entre eux survenaient avant l’âge de 50 ans. Les personnes atteintes de troubles mentaux graves ont une durée de vie réduite de 10 à 20 ans par rapport à la population générale, souvent en raison de pathologies physiques évitables.

Le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré en juin 2022 : « Chacun dans sa vie est proche d’une personne touchée par des problèmes de santé mentale. Une bonne santé mentale se traduit par une bonne santé physique et ce nouveau rapport présente des arguments convaincants en faveur du changement. Les liens inextricables entre la santé mentale et la santé publique, les droits humains et le développement socioéconomique signifient que le changement des politiques et des pratiques en matière de santé mentale peut apporter des avantages réels et substantiels aux individus, aux communautés et aux pays du monde entier. L’investissement dans la santé mentale est un investissement dans une vie et un avenir meilleur pour tous. ».

…Et en France

En France, les « maladies psychiatriques » associées à l’ensemble des « traitements chroniques par psychotropes » (dont les anxiolytiques et hypnotiques) représentent 14 % des dépenses totales et le premier poste de dépense de l’Assurance Maladie. Ils représentent la première cause d’années vécues avec une invalidité. Ils sont responsables de 35 à 45 % de l’absentéisme au travail. 

Depuis mars 2020, l’épidémie de COVID-19 et les décisions prises pour la freiner ont bouleversé la vie de tous avec des conséquences visibles au niveau économique, social, comme affectif. L’enjeu majeur est de préserver un équilibre entre nécessité sanitaire et impact sur la vie en société. Santé publique France a mis en œuvre des études spécifiques et renforcé la surveillance. L’étude CoviPrev suit ainsi les différentes dimensions de la santé mentale ; ses résultats de mai 2022 révèlent les chiffres suivants :

  • 15 % des Français montrent des signes d’un état dépressif [Niveau élevé, + 5 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance stable par rapport à la vague précédente]
  • 25 % des Français montrent des signes d’un état anxieux [Niveau très élevé, + 12 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance stable par rapport à la vague précédente]
  • 67 % des Français déclarent des problèmes de sommeil au cours des 8 derniers jours [Niveau très élevé, + 18 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance stable par rapport à la vague précédente]
  • 11 % des Français ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année [Niveau élevé, + 7 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance stable par rapport à la vague précédente]

Une campagne inédite à destination du grand public « En parler, c’est déjà se soigner » a été menée en avril 2021 par Santé publique France et le ministère des Solidarités et de la Santé pour favoriser le repérage des principaux symptômes anxieux et dépressifs (perte d’appétit, troubles du sommeil, perte d’énergie/envie, irritabilité) et orienter les personnes vers les dispositifs d’information (numéro vert 0 800 130 000, Psycom.org). En juin, un volet digital a été créé « #JenParleA » pour libérer la parole des « Ados » et les inciter à consulter le dispositif d’aide à distance « Fil Santé Jeunes ». 

Un recensement des dispositifs d’aide à distance par thématique et par population est également disponible afin de faciliter, en cas de besoin, l’accès aux professionnels de santé.

  • Une circulaire pour déployer un plan de formation dédié dans la fonction publique

Les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie qui se sont tenues les 27 et 28 septembre 2021 ont recommandé l’amplification du déploiement du secourisme en santé mentale, conçu sur le modèle des « gestes qui sauvent ».

La Circulaire du 23 Février 2022 relative aux actions de sensibilisation et de la formation au secourisme en santé mentale dans la fonction publique précise les objectifs et les modalités du dispositif de formation au secourisme en santé mentale afin que celui-ci puisse être généralisé, à l’initiative des employeurs publics, sur la base du volontariat des agents. Composé de trois formations, ce dispositif vise à sensibiliser les agents à la santé mentale, leur permettre d’apporter les premiers secours et à former des formateurs dans ce domaine.

La stigmatisation des troubles de santé mentale, un poids pour les malades et leur entourage

L’OMS insiste également, comme Santé Publique France, sur une des caractéristiques des troubles mentaux : la stigmatisation, la discrimination à l’encontre des personnes souffrant de problèmes de santé mentale et les violations de leurs droits humains sont fréquentes; les tentatives de suicide sont ainsi toujours criminalisées dans 20 pays…

Les troubles mentaux portent encore l’image au mieux d’une maladie honteuse, au pire de la folie qui fait peur et dérange…Ce ressenti est vécu par les personnes en souffrance, par les familles et les aidants : les personnes souffrant de troubles psychiques peuvent être jugées faibles, paresseuses, égoïstes, violentes…Pas vraiment malades en fait ! Cette stigmatisation retarde la consultation auprès des professionnels de santé et enferme les personnes dans leur bulle de douleur, situation le plus souvent inimaginable dans le cadre de la maladie physique !

Comment alors, peut-on, en tant que citoyen responsable, participer à cet enjeu de santé publique ?

Comment, plus particulièrement en tant que professionnel en contact régulier avec le public…Et pas forcément médecin ou professionnel soignant – je pense aux coachs, formateurs, praticiens de la relation d’aide, praticiens de thérapies énergétiques, psychocorporelles…pouvons-nous contribuer à identifier précocement un trouble psychique et avoir les bons mots et la juste posture pour aider, réconforter et orienter ?

Le programme Premiers secours en santé mentale est fait pour ça :  2 jours pour se sensibiliser aux enjeux, identifier les bonnes postures et comportements à adopter et appréhender les ressources à proposer aux personnes en souffrance psychique.

Sur son site internet, PSSM France rappelle les éléments suivants :

PSSM France est une association à but non lucratif fondée en 2018 par l’INFIPP(Institut national de formation des infirmiers et professionnels de la psychiatrie), la Fédération  santé mentale France et l’UNAFAM (Union NATIONALE DE FAMILLES ET AMIS DE PERSONNES MALADES ET/OU HANDICAPÉES PSYCHIQUES) . Face à la méconnaissance de la population générale quant à la santé mentale, PSSM France s’attache à lutter contre la stigmatisation des troubles psychiques, qui constitue un frein puissant à l’accès aux soins, au rétablissement, à l’inclusion sociale et professionnelle. Pour mener à bien sa mission, l’association a adapté au contexte français le programme de formation Mental Health First Aid, créé en Australie par Betty Kitchener, éducatrice ayant souffert de troubles psychiques sévères et Tony Jorm, professeur de médecine.

Ce programme propose ainsi à tous les citoyens une formation généraliste, de sensibilisation et d’assistance en santé mentale. Comme on se forme aux premiers gestes de secours en cas de malaise physique, on se forme aux premières interventions à mener en cas de malaise psychique.

Confrontée régulièrement à la détresse psychique de personnes de mon entourage, j’ai à chaque fois veillé à intervenir avec prudence et écoute ; en cette année 2022, entourée de jeunes (et moins jeunes) gens traversant l’épreuve de la Covid et des confinements, animant des formations « présentielles » ou à distance pour des salariés en entreprise, j’ai remarqué que ces souffrances psychiques tendaient à se développer voire s’exprimaient plus spontanément. L’écoute et la prudence ne me suffisaient plus, m’équiper de compétences complémentaires me semblait utile.

La réponse pratique m’est venue de Loptimisme.pro média professionnel et organisme de formation dédié à la Qualité de Vie au Travail et à la RSE, qui propose notamment le programme de PSSM France.

Celui-ci, dont les enseignements sont synthétisés dans un manuel pratique remis à la fin du stage de 2 jours, présente dans un premier temps les principales études consacrées aux troubles psychiques réalisées en France et dans le monde, puis rappelle quels sont les professionnels de santé habilités à apporter leur aide. Il s’agit ensuite de s’approprier au mieux la méthode de ces premiers secours, mémorisable grâce à l’acronyme AERER, pour Approcher, Ecouter, Réconforter, Encourager et Renseigner…puis de comprendre comment l’adapter en fonction des troubles perçus – dépressifs, anxieux, psychotiques…et à leur intensité – comportements suicidaires, attaques de panique…tant en termes de conduite à tenir que de professionnels de santé à contacter ou à préconiser.

En conclusion :

Ma conclusion de ces 2 jours, vécus en présence de citoyens, étudiants, professionnels en entreprise, animateurs de formation ou coachs : une formation qui devrait être dispensée auprès du plus grand nombre et inscrite en formation obligatoire pour les personnes dont la profession a un lien avec l’accompagnement individuel ou collectif. 3 points d’alerte m’ont cependant été soumis par un jeune médecin psychiatre : ne pas projeter ses propres faiblesses psychiques ou mentales sur ceux que nous pensons pouvoir aider dans ce cadre, ne pas jouer les héros par ce qu’on est devenu secouriste en santé mentale et penser à prendre soin de ses propres émotions après avoir géré une situation difficile avec une personne en détresse psychologique.

Pour finir, je rappellerai la définition de la santé proposé par l’OMS :  «un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité…(…)Une bonne santé mentale permet aux individus de se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté ».

Pour aller plus loin

Nous remercions vivement Géraldine LEMOINE, Sociologue (Master 2 Développement social à Sciences-Po), conseil et animatrice de formations et d’ateliers conjuguant communication collaborative, développement de la créativité et prévention du stress, auteur , pour partager son expertise sur notre plateforme média digitale d’influence et de référence ManagerSante.com

Biographie de l'auteure : 

Géraldine LEMOINE, Sociologue (Master 2 Développement social à Sciences-Po), conseil et animatrice de formations et d’ateliers conjuguant communication collaborative, développement de la créativité et prévention du stress, auteur et co-auteur d’un ouvrage publié aux éditions Odile Jacob intitulé « Toxic Handlers : les générateurs de bienveillance en entreprise ».
Géraldine Lemoine propose, à travers ses ouvrages, de clarifier des thématiques holistiques qui lui sont chères : liens corps/esprit, individu/groupe, psycho/socio…
Praticienne certifiée en shiatsu, formée à la communication non violente, à la méditation de pleine conscience et aux outils de la créativité, elle écrit également depuis toujours des nouvelles et des textes à chanter…Sait-on jamais !

[L’AUTEURE PRESENTE SON OUVRAGE DANS CETTE VIDEO]

Source :

Source : Xerfi Canal a reçu Géraldine Lemoine, interviewée par Mounia Van de Casteele.

 

ECOUTEZ également dans ce podcast Géraldine LEMOINE, interviewée par l’animatrice Isabelle Fiévet-Rossignol sur DIALOGUE SUJET PSY le 14/09/2019.

Revoir les [REPLAY] du 1er Colloque National Annuel de ManagerSante.com® au Solidarités et de la Santé avec de nombreux experts intervenants.

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