67078027-47513276

Intelligence émotionnelle. De quoi parle-t-on ? Eugénie THEVENON nous invite à en explorer les contours. (Partie 1).

Nouvel article rédigé par notre experte, Eugénie THEVENON, Infirmière en santé mentale,  coach professionnelle certifiée, formée à l’école de coaching Linkup Coaching (Accrédité EMCC Praticien Senior, European Quality Award – EQA) et spécialisée en thérapie brèves, elle est accompagnatrice au changement. 

N°23, Décembre 2022

Pour cette nouvelle série d’articles, je vous propose d’explorer l’espace de l’intelligence émotionnelle. Nous passerons en revue ce que cette « super compétence » en termes de savoir être renferme comme capacités, ainsi que ce qu’elle ouvre et permet dans les relations interpersonnelles.

Nous verrons ce qu’elle sous-entend et sous-tend en termes de connaissance de soi. Nous examinerons ce qu’elle implique en matière de connaissance de ses émotions par leur lecture efficiente dans ce qu’elles révèlent de nous, de notre carte du monde et de l’interprétation que nous donnons aux situations que nous vivons. Pour nous rapprocher à notre rythme, un pas après l’autre, du chemin de son application.

Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle ?  

Définissons en premier lieu ce qu’est l’intelligence :

Le Larousse nous dit que « l’intelligence est l’aptitude d’un être humain à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action en fonction des circonstances. »

Très longtemps l’idée ancrée culturellement est que l’intelligence d’une personne est étroitement liée à ses capacités cognitives et de raisonnement mentaux. Les capacités mentales sont valorisées et privilégiées par rapport à d’autres aptitudes humaines. On mesure ainsi le quotient intellectuel.

Plusieurs chercheurs se sont intéressés à l’intelligence humaine, et l’on exploré sous différentes facettes.

Howard Gardner, psychologue du développement américain, a travaillé sur cette question en remettant en question les idées reçues autours d’un seul type d’intelligence enrichissant ainsi l’intelligence de l’homme dans son ensemble, à travers toutes les possibilités d’expression de son être qui le compose.

Il est à l’origine de la théorie des intelligences multiples qui sont au nombre de 9 : l’intelligence logico-mathématique, linguistique, musicale, spatiale, kinesthésique (en lien avec le corps), intra-personnelle, (la connaissance de soi) interpersonnelle, naturaliste (en lien a la nature, au vivant), existentielle.

L’intelligence émotionnelle s’insère donc dans les facettes intra et interpersonnelles.

Comment définir une émotion ?

L’émotion est définie comme une réaction affective subjective soudaine d’intensité variable qui délivre une information sur un vécu réel ou imaginé, immédiat passé ou à venir. Elle est déclenchée par la rencontre d’une situation et d’une personne.

C’est l’évaluation que je fais de cette situation qui est à l’origine de sa naissance. Deux individus face à une même expérience vont réagir de façon complètement différente selon la manière dont ils lisent ce qu’ils sont en train de vivre.

Prenons l’exemple d’une situation de feedback lors d’une évaluation :

  • Une première peut ressentir de la peur en se demandant ce qu’on va lui reprocher,
  • Une seconde de la colère, elle est déjà prête à se défendre,
  • Une troisième une pointe d’excitation et de joie elle se dit qu’elle a fait du bon travail toute l’année.

Croisons maintenant ces deux notions :

Pour Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle est « la capacité à réguler ses émotions et celles des autres, à les distinguer et à utiliser ces informations pour guider sa pensée et ses actions »

Elle correspond à un ensemble d’aptitudes intra et interpersonnelles qui permettent à l’individu d’identifier, de comprendre d’exprimer, de réguler et raisonner avec ses propres émotions et celles des autres.

Ce groupe de compétences en termes de savoir être conduit l’individu à avoir une conscience affinée de son fonctionnement émotionnel, et de co-créer en conscience l’espace relationnel avec le fonctionnement émotionnel et relationnel de l’autre.

L’intelligence émotionnelle implique 5 composantes :

  1. La conscience de soi: être conscient de ce que l’on ressent à chaque instant pour guider ses décisions. Avoir une évaluation réaliste de ses capacités, et faire confiance à ce qui s’exprime en nous.
  1. La maitrise de soi : savoir gérer ses émotions, comprendre le message qu’elles délivrent et communiquer au besoin à ce sujet. C’est répondre à ses besoins de manière adéquate, pour qu’elles n’interfèrent pas de façon négative dans notre vie en nous submergeant.
  1. L’empathie (cognitive et émotionnelle): savoir accueillir et comprendre les émotions de l’autre, et être capable de se mettre à sa place.
  1. La motivation : rester en lien avec soi, ses envies et ses ambitions profondes et continuer à se mobiliser même en cas de déceptions, d’imprévus, ou de contrariétés.
  1. La régulation des relations : Interagir avec les autres avec intelligence, communiquer avec assertivité, négocier, régler des situations conflictuelles et coopérer.

Les émotions de bases :  

Paul Eckman arrive à la conclusion qu’il existe 6 émotions de bases : la peur, la colère, le dégoût, la tristesse, la joie et la surprise. Chacune à une signification qui lui est propre. Derrière chaque émotion se cache un besoin.

Voyons donc l’émotion « simple » comme un voyant qui s’allume sur notre tableau de bord intérieur et qui nous délivre une information dans la satisfaction ou nous de nos besoins fondamentaux d’être humain.

  • La peur indique un danger réel ou imaginaire, une issue que je ne connais pas. A travers l’énergie libérée elle me prépare à l’action, elle m’invite à la vigilance. A l’extrême elle me tétanise. Elle appelle à être rassurée et est intimement liée à un besoin de sécurité.
  • La tristesse révèle la perte de quelque chose d’important (une personne, un travail, une situation…). Elle appelle à un retour à soi et à retrouver des repères différents. Elle invite à remettre un lien de qualité avec soi et /ou l’autre. Elle nécessite d’être consolée.
  • Elle peut aussi indiquer un besoin de nourriture relationnelle lorsqu’une personne est seule. Dans cette perspective, pour remplir le réservoir intérieur, il est nécessaire de partager du temps de qualité avec quelqu’un.
  • La colère peut donner plusieurs indications selon le contexte où elle s’exprime. Elle peut signaler que quelqu’un nuit à mon intégrité et me manque de respect. Le voyant de la colère s’allume alors et m’invite à m’exprimer et à poser des limites pour me faire respecter.
  • Elle peut aussi révéler que je vis une frustration. J’aspire à quelque chose intérieurement et ce qui est à l’extérieur est différent. Je me sens frustré entre ce que je veux et ce qui est. C’est une énergie de changement à mobiliser pour mettre en place ce à quoi j’aspire.
  • Le dégoût porte le message de nocivité, de toxicité, de trop plein. Le dégoût protège. Je mange un aliment qui n’est plus bon, je ressens instantanément du dégout. Mon corps me protège de la toxicité. Je mange trop de chocolat, je me sens écœuré. C’est un indicateur pour prendre de la distance avec l’objet concerné.
  • La surprise est une émotion soudaine qui survient face à un événement ou d’une information inattendue.
  • La joie m’informe que je suis en phase avec ce qu’il se passe sur le moment, c’est bon pour moi, je suis dans la bonne direction. Elle indique aussi la satisfaction d’un besoin qui est nourri.

Lorsque les sensations ne sont pas accueillies dans le corps et que la personne bloque l’expression physiologique de l’émotion, les charges émotionnelles vont s’accumuler à l’intérieur et petit à petit mettre à mal le bien être psychologique de la personne, à l’image de l’occlusion quand le transit intestinal se bloque.

Être vivant, c’est vivre des émotions. Si l’individu se coupe de la partie sensible de son être, et/ou s’empêche de ressentir, il se prive d’une partie fondamentale de son intelligence, et ce même au travail.

Pour développer la conscience de soi :

Je vous propose une mise en pratique ludique et simple.  Aller à l’intérieur de soi même pour ressentir comment chacune des émotions décrites précédemment s’exprime en vous. Vous pouvez faire l’exercice seul ou à plusieurs.  Il peut être intéressant d’observer les réactions physiologiques de l’autre si vous êtes à plusieurs.

Pour chaque émotion souvenez-vous d’une expérience vécue. Choisissez des situations plutôt légères.

Par exemple pour l’émotion de tristesse, je choisis le moment où j’ai emmené mon enfant la première fois à l’école.

Lorsque vous avez la situation. Fermez les yeux et replongez-vous dans l’expérience, et ressentez ce qu’il se passe dans votre corps. Comment l’émotion vit et s’exprime à l’intérieur de vous.

Puis revenez au moment présent.

Le système émotionnel : un système intelligent

Dans l’erreur de Descartes, Antonio Damasio remet l’émotion au premier plan dans le processus d’adaptation, de raisonnement et de prise de décision de l’individu. Un homme coupé de sa faculté à ressentir, même s’il garde sa fonction cognitive de raisonnement, perdra sa capacité à faire des choix réfléchis et adaptés puisqu’il est coupé de sa partie sensible. Il lui manque un paramètre important pour s’orienter au quotidien.

Voyons donc le système émotionnel comme le GPS intelligent de l’individu. Il oriente ses choix et ses actions en fonction de ses priorités. Il est à l’origine de la libération de l’énergie utile et nécessaire pour agir.

Pour schématiser, imaginons un briquet.

L’émotion a le rôle de la pierre du briquet. Lorsque Le « briquet » reçoit une friction (le pouce actionne la molette), cela crée une étincelle et libère le gaz pour créer du feu (l’énergie). J’utilise ensuite le feu pour l’action à accomplir (allumer une bougie par exemple).

Illustrons ceci d’un exemple simple :

J’ai un rendez-vous important à 14 h. Il est 12 h 30. Je suis occupée à d’autres activités. Je ressens un léger stress dans mon corps. Je regarde l’heure et je m’aperçois qu’il est temps de me préparer. L’émotion est à l’origine du message. Elle m’indique ce qui est important pour moi sur l’instant afin que j’arrive à l’heure à mon rendez-vous. J’arrête donc ce qui m’occupe et je dirige mon attention vers ma priorité.

Plusieurs types d’émotions :

  • Les émotions simples permettent l’adaptation à la situation du moment. Une voiture me frôle à toute vitesse, j’ai peur je recule pour me protéger.  On m’insulte, je me mets en colère pour me faire respecter.

  • Les émotions élastiques sont des émotions du passé projetée dans le présent. C’est comme si elles étaient reliées entre le passé et le présent par un élastique. Elles ressurgissent lorsqu’une situation actuelle nous rappelle inconsciemment une expérience passée qui nous a marqué. Elles distordent la perception de la réalité d’aujourd’hui. La personne réagit à ce qu’elle a vécu dans le passé. Ces émotions ancrées dans l’inconscient ont pour vocation la protection. Elles sont parfois consécutives à des expériences traumatiques.

Exemple : un enfant humilié par un parent ou un de ses professeur pourra par exemple une fois adulte se retrouver tétanisé face à son patron, ou rencontrer des difficultés de prise de parole en public.

  • Les émotions mixtes, sont un mélange de plusieurs émotions qui créent un vécu particulier complexe : la culpabilité, la jalousie, l’amour, la honte…

Croisons ceci avec les neurosciences :

Paul Mac Lean, médecin et neurobiologiste décrit dans les années 50 le concept de cerveau triunique. Il « coupe » le cerveau en trois parties :

Le cerveau reptilien

Le cerveau reptilien est la partie la plus ancienne du cerveau, le volet ancestral.  Il régit les fonctions vitales et assure la survie de l’individu. Il régule la respiration, notre rythme cardiaque, le maintien de la température corporelle ainsi que les grandes fonctions autonomes du corps qui nous maintiennent en vie. Il est à l’origine de la satisfaction de nos besoins primaires et vitaux comme le fait de manger de dormir, de se reproduire. Il est responsable de nos instincts de conservation, et de nos comportements archaïques : la lutte la fuite l’inhibition.

Le cerveau limbique :

Le deuxième cerveau est le cerveau limbique. Il est divisé en deux parties distinctes qui ont des fonctions différentes et complémentaires

  • Le paléo-limbique 

Son rôle est de définir le positionnement « hiérarchique » de l’individu dans un groupe.

  • le néo-limbique 

Il est impliqué dans le contexte des émotions et de l’apprentissage. Il mémorise les comportements agréables et désagréables, et réponds en termes de « j’aime » et « j’aime pas ». C’est grâce à lui que nous identifions ce qui est bien ou mal, autorisé ou non. Il exerce une grande influence sur notre comportement. Il permet l’adaptation à l’environnement social et commande les mécanismes de motivation, ainsi que nos perceptions de réussite et d’échecs.

C’est à ce niveau que s’enregistre nos croyances qui naissent des expériences que nous vivons et encodons à travers nos 5 sens. Il communique avec le cortex pré-frontal en lui adressant des informations d’origine émotionnelle. Si un ressenti est trop fort, à la manière d’un disjoncteur, il inhibe les fonctions du neocortex, et la faculté de raisonnement est gelée. C’est ce qu’il se passe lors d’un très grand trac, ou l’individu est incapable de s’exprimer. La situation est identifiée comme étant un danger et c’est le cerveau reptilien qui prend le relais, préparant l’individu à réagir de manière instinctive.

Le cortex pré-frontal:

Le néocortex est le cerveau le plus récent dans l’évolution. C’est le lieu d’élaboration des pensées, de l’analyse et des prises de décisions.  Siège de la créativité et de l’adaptation, c’est à son niveau qu’émergent nos facultés de curiosité, d’imagination, de recul, de nuance. La complexité d’Edgar Morin prend naissance ici, à la différence du néo-limbique dichotomique.

Eveil de l’intelligence émotionnelle, nous pouvons grâce à lui développer des compétences d’assertivité et faire des choix en conscience.  Il est à l’origine de l’analyse et du décryptage de nos états internes. Il assure la mise en mots des émotions que nous ressentons. Il nous permet aussi de prendre du recul dans une situation donnée. Nous sommes capables grâce à lui de tirer des leçons de nos expériences et de mettre en place des processus de changement afin d’agir différemment. C’est toute la force de sa plasticité. Nous pouvons réapprendre à apprendre, le tout en conscience.

La route de transmission et d’expression de l’information qui relie le cerveau limbique au reptilien est la plus rapide. C’est à dire que lorsqu’une stimulation extérieure impacte un individu, sa réaction première va être instinctive et réflexe.

Mon patron sort en furie, j’ai fait une grosse erreur sur un dossier très important. Si ma réaction première instinctive apprise est la lutte, je vais à la confrontation et ce de manière inconsciente. C’est un réflexe. Ceci explique la difficulté à modifier certains de nos comportements. La personne sera seulement ensuite en capacité à mettre une conscience réflexive sur la situation (néocortex), la liaison de communication entre lui et le limbique étant plus lente.

Avec une pratique très régulière de la méditation, cette vitesse de transmission de l’information peut être modifiée. L’individu gagne en conscience de soi et augmente ainsi son libre arbitre. Il devient un peu plus maître de lui-même et choisit plus aisément la manière de réagir qui lui convient.

Apportée par Christophe André en France, La mindfullness est une technique de méditation de pleine conscience qui consiste à porter son attention intentionnellement dans le présent en se concentrant sur son expérience émotionnelle ainsi que ses sensations corporelles (agréables et désagréables).

C’est regarder ce qu’il se passe à l’intérieur de soi, en étant simplement l’observateur des mouvements intérieurs qui nous animent. La personne apprend alors à être pleinement consciente de son vécu présent, à ressentir l’expression de la vie en elle, et se détacher de ses pensées. Les bénéfices sont multiples.

Nous n’en citerons que quelques-uns : gain en termes de sérénité intérieure, prise de recul sur les processus du mental (les pensées) et émotionnel, perception de la réalité plus éclairée, meilleure gestion de ses émotions…

Voici donc pour cette première partie introductive. Nous verrons dans le prochain volet quelques apport en pnl pour comprendre les processus et quelques biais cognitifs et je partagerai avec vous quelques clés relationnelles.

Nous remercions vivement Eugénie THEVENON, Infirmière en santé mentale,  coach professionnelle certifiée, formée à l’école de coaching Linkup Coaching (Accrédité EMCC Praticien Senior, European Quality Award – EQA) et spécialisée en thérapie brèves, elle est accompagnatrice au changement, pour partager son expertise professionnelle auprès de nos fidèles lecteurs de ManagerSante.com

Biographie de l'auteure

Eugénie THEVENON , Infirmière en Santé Mentale depuis 2010, exerce dans différents services, notamment en centre de réinsertion psychosociale en santé mentale, en service d’admissions psychiatriques ainsi qu’aux urgences.
Elle intègre l’école de coaching Linkup Coaching (Accrédité EMCC Praticien Senior, European Quality Award – EQA) et obtient un Master 2 en se spécialisant en communication interpersonnelle à l’assertivité.
Elle poursuit ensuite sa route avec la PNL (programmation neuro linguistique) et obtient le titre de maître praticien (certifiée NLPNL et INLPTA).
Sur son chemin, Eugénie rencontre l’hypnose et se forme à l’Arche, école réputée de Kévin Finel. Elle complète sa caisse à outils avec de précieuses clefs, l’hypnose et aussi le RITMO (déclinaison de l’EMDR) de Lili Ruggieri.
Elle a également ouvert son cabinet Ter’Happy, qui a pour objectif d’aider les personnes à créer par eux même, grâce à leur ressources intérieures, le changement et l’apaisement auxquels ils aspirent.

[REPLAY DE LA 8ème Table ronde de NOTRE   COLLOQUE DE MANAGERSANTE.COM

SUR NOTRE  CHAÎNE YOUTUBE]

youtube.com/c/ManagerSante

Partager l'Article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires