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Comment cultiver « Les Pouvoirs de la Gratitude » ? La Professeure Rebecca SHANKLAND nous invite à découvrir ses secrets dans son ouvrage publié chez Odile Jacob.

Nouvel article introductif  publié pour ManagerSante.com par la Professeure Rebecca SHANKLAND est Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’université Pierre-Mendès France à Grenoble.

Elle est aussi responsable du diplôme universitaire en psychologie positive, professeure des Universités en psychologie de Lyon 2 et chercheuse associée à la chaire Mindfulness, bien-être au travail et paix économique de l’Ecole de management de Grenoble.

Elle est aussi psychologue clinicienne spécialisée dans le domaine des addictions et de l’éducation pour la santé. Elle est membre fondateur de l’association Social+

Elle est auteure de plusieurs ouvrages sur ces thématiques parmi lesquels Les pouvoirs de la gratitude chez Odile Jacob (2016), La psychologie positive chez Dunod (2014) et Manager en pleine conscience chez Dunod en collaboration avec Lise Peillod-Book (2016).

« De l’enfant roi à l’élève client », titrait un article de Nicolas Truong paru dans Le Monde de l’éducation en 2003. Quelle caractéristique commune ont ces deux attitudes de l’enfant ?  Le manque de reconnaissance. A en croire la multiplicité des forums sur le sujet, quantité d’adultes se plaignent de l’ingratitude de leurs enfants. Des articles font état du manque de reconnaissance des élèves qui se comportent comme des clients à l’école. Des chercheurs tels que Lea Waters en Australie ont fait état du trouble de déficit de reconnaissance dans les entreprises, qui entraîne un mal-être et affecte la productivité. Est-il possible aujourd’hui d’enrayer la machine ou devons-nous adapter à un univers empreint d’ingratitude ?

En s’appuyant sur des décennies de recherches ayant mis en évidence le potentiel fondamentalement prosocial de l’être humain[1], il est envisageable de miser sur une petite pratique toute simple dans une classe de moyenne et grande section de maternelle et dans une classe de cours préparatoire. Les deux institutrices – inspirées des pratiques des écoles à pédagogie nouvelle[2] et de la pédagogie institutionnelle – avaient pour habitude de proposer en fin de journée le temps du « ça va/ça va pas » au cours duquel chaque enfant pouvait raconter quelque chose sur sa journée qu’il avait apprécié ou au contraire qui ne s’était pas bien passé. L’objectif étant de permettre à l’enfant de s’exprimer, d’identifier les besoins non satisfaits et d’améliorer les choses pour la suite.

A la place de cette pratique, nous avons proposé un autre exercice qui consistait également à faire un tour de table où chacun exprimait quelque chose de satisfaisant pour lui (« Aujourd’hui je suis content parce que… »), en complétant sa phrase par : « et j’ai envie de dire merci à… ». La première partie visait à les aider à repérer quelque chose qu’il avaient apprécié au cours de la journée, et la seconde partie de la phrase avait pour objectif de leur apprendre à identifier grâce à qui cela s’était produit. Qui sont toutes les personnes qui contribuent à rendre ma journée intéressante et agréable ? Prendre le temps de repérer tous ceux qui jouent un rôle dans notre bien-être au quotidien génère un sentiment de gratitude.

Les événements satisfaisants rapportés par les enfants de l’école maternelle et de cours préparatoire étaient majoritairement liés aux activités réalisées au cours de la journée et à la qualité des repas. La plupart des enfants semblaient éprouver beaucoup de joie en évoquant ce qu’ils avaient apprécié et prenaient également plaisir à remercier. Au cours des deux semaines où nous avons mené l’étude, il arriva que certains enfants n’aient pas envie de s’exprimer ou n’aient pas d’idée (11 % sur les 336 observations). Il s’agissait le plus souvent d’enfant qui ne maîtrisaient pas encore bien le français parmi les plus jeunes. Toutefois, il peut être difficile pour certains enfants, comme pour des adultes, d’identifier et de nommer la gratitude. Un travail préalable sur les émotions est parfois nécessaire. Nous verrons plus loin ce qui peut expliquer pourquoi certains individus, après avoir bénéficié d’un soutien ou d’un don, n’éprouvent pas de gratitude.

Parmi les phrases notées en classes de maternelle au cours de l’étude que nous avions menée, on peut citer l’exemple suivant : « Je suis content parce que Alan a joué avec moi. J’ai envie de lui dire merci parce qu’il est mon ami.3 ; Au moment où Mathis a prononcé cette phrase, les yeux d’Alan brillaient d’émotion (et ceux de la maîtresse aussi…). Cet exemple illustre l’un des efforts de la gratitude sur les relations : en exprimant de la gratitude envers son ami, Mathis renforce le lien de confiance et motive Alan à poursuivre la relation puisqu’elle lui apporte aussi un sentiment de sécurité et de bien-être. La gratitude offre également un signe de reconnaissance à l’autre pour son geste ou son intuition. C’est ainsi que cette pratique  a enthousiasmé les institutrices qui ont raconté comment elles s’étaient enfin senties reconnues pour leurs efforts et leur attention portée aux enfants. En effet, près d’un tiers des enfants ont remercié leur institutrice au moment du tour de table d’expression de gratitude en fin de journée. Quel changement pour les institutrices !

Habituellement les enfants ne remercient pas pour une activité, pour une histoire ni même pour une visite ou une sortie à la piscine. On considère que c’est normal, l’enseignant fait son métier, l’élève vient à l’école et en bénéficie. En raison du phénomène d’habituation, nous ne percevons plus les intentions bienveillantes derrière les actes. Nous ne prenons plus le temps de remercier les autres pour les petits gestes du quotidien. Nous passons finalement à côté de l’émotion de gratitude la plupart du temps et nous générons par là un sentiment de manque de reconnaissance chez l’autre. Ce sentiment peut générer de la frustration et, à terme, de la souffrance.

Repensez à un moment où vous avez vécu ce sentiment de manque de reconnaissance. Comment cela s’est-il manifesté dans votre corps ? Une boule dans la gorge, un nœud dans le ventre, une tension sur les épaules…Les manifestations sont variables selon les individus. Quelles émotions étaient associées à ce sentiment de manque de reconnaissance ? De la frustration, de la colère, de la tristesse…Parfois cela s’accompagne d’un sentiment d’inutilité, d’impuissance, de solitude profonde. Quelles pensées sont alors associées ? Ce que je fais ne sert à rien ; de toute façon, personne ne remarque ce que je fais ; je me fatigue pour rien, les autres se moquent bien de mes efforts ; la prochaine fois, je ne ferai rien.

Au-delà de la politesse, dire merci revêt des fonctions psychosociales essentielles. Ce livre propose de vous offrir un voyage au cœur de la gratitude pour en découvrir les multiples facettes (première partie) et pour comprendre comment la gratitude augmente le bien-être, non seulement de celui qui reçoit un signe de reconnaissance mais aussi de celui qui éprouve l’émotion de gratitude (deuxième partie). Certains mécanismes vous sembleront évidents, ils relèvent du bon sens. La différence est qu’aujourd’hui les mécanismes et les effets de la gratitude ont été étudiés par la science. Vous pourrez ainsi allers à la rencontre des recherches qui ont permis d’identifier les bienfaits de la gratitude et découvrir comment la cultiver (troisième partie). Cette dernière partie présente les exercices dont l’efficacité sur le bien-être physique, mental et social a été démontré et qui peuvent inspirer vos pratiques quotidiennes dans le cadre familial et professionnel.

Pourquoi vouloir développer davantage la gratitude ? Ne se développe-t-elle pas spontanément ? Les enfants développent progressivement leur capacité à reconnaître l’intension bienveillante d’autrui. Toutefois, nous avons tous tendance à nous habituer au contexte dans lequel nous vivons et aux interactions sociales qui animent nos journées. Avec le temps, nous percevons moins les gestes quotidiens de nos proches et nous oublions parfois les intentions qui les accompagnent. C’est alors que les relations s’étiolent ou que les tensions se développent. A l’image de Sylvie qui racontait lors d’une intervention de psychologie positive :

« Je me suis aperçue au cours de la semaine de la quantité de choses que mon conjoint faisait pour la famille, pour moi sans que je m’en rende compte. Je percevais toujours ce qui manquait. J’avais l’impression qu’il ne s’impliquait pas dans la vie de famille parce qu’il rentrait tard et qu’il oubliait souvent les ingrédients que je lui avais demandé de rapporter. En réalité, lorsque j’ai pris le temps d’imaginer ce que serait le quotidien sans lui, j’ai remarqué les intentions et les efforts fournis pour rendre la famille heureuse. J’ai éprouvé une reconnaissance immense envers lui, pour ce qu’il nous apporte, pour ce qu’il est aussi, simplement ».

L’émotion de gratitude est cette forme de joie, d’émerveillement devant laquelle nous décidons de diriger notre attention. On peut faire le choix de cultiver cette attitude particulière dans le but de reconnaître au mieux la part de l’autre dans notre bonheur, la part de ce qui nous transcende aussi. Développer la gratitude constitue donc un moyen efficace d’aiguiser notre attention à mieux percevoir les intentions, gestes et égards dont nous sommes si souvent bénéficiaires au cours d’une journée, mais que nous oublions en général presque aussitôt.

Je vous invite à parcourir ce livre dans l’ordre qui vous convient le mieux, soit en commençant par la compréhension de ce qu’est la gratitude et comment elle agit sur nos vies, soit en passant d’abord par la pratique pour découvrir par vous-même ce qu’elle peut vous apporter.

Alors, bonne lecture !

Notes :

[1] Pour plus de détails sur les recherches concernant la dimension altruiste de l’humain, se référer à l’ouvrage : Bègue I. (2011), Psychologie du bien et du mal, Paris, Odile Jacob. Pour une description du potentiel de bienveillance chez l’humain, voir également Lecomte J. (2012), La Bonté humaine, Paris, Odile Jacob.

[2] Pour plus de détails sur les principales écoles à pédagogie nouvelle en France, voir Shankland R. (2009), Développer les compétences psychosociales de la maternelle à l’université, Paris, L’Harmattan.

Biographie de l'auteure : 

Rebecca SHANKLAND est Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’université Pierre-Mendès France à Grenoble.
Elle est aussi responsable du diplôme universitaire en psychologie positive, professeure des Universités en psychologie de Lyon 2 et chercheuse associée à la chaire Mindfulness, bien-être au travail et paix économique de l’Ecole de management de Grenoble.
Ses recherches portent sur le développement et les effets de la gratitude et de la pleine conscience dans le domaine de l’éducation, des psychothérapies et des organisations.
Elle est aussi psychologue clinicienne spécialisée dans le domaine des addictions et de l’éducation pour la santé.
Elle œuvre depuis plus de 20 ans dans le domaine associatif, où elle contribue à des actions de prévention, d’éducation positive et de protection de l’environnement.
Elle est membre fondateur de l’association Social+, dans le but de promouvoir la diffusion de la psychologie  positive dans l’éducation, par un accompagnement à la parentalité, l’éducation populaire et la mise en place de programmes dans les établissements scolaires.
[En savoir plus sur sa biographie complète]

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