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Quelles sont les limites de la neuroplasticité neuronale sur notre capacité d’adaptation au « changement » ? Le Docteur Bernard ANSELEM nous explique (partie 2/2).

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Nouvel article publié par notre expert en Neurosciences pour managersante.com, le Docteur Bernard ANSELEM, auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier ouvrage co-publié le 5 Décembre 2019, « Les talents cachés de votre cerveau au travail«  (aux Editions Eyrolles).

Il est également co-auteur d’un nouvel ouvrage publié depuis le 04 Octobre 2021 chez LEH Edition, sous la direction de Jean-Luc STANISLAS, intitulé « Innovations & management des structures de santé en France : accompagner la transformation de l’offre de soins

le Docteur Bernard ANSELEM, interviendra également à l’occasion du 1er Colloque de ManagerSante.com, « Comment innover ensemble dans le secteur de la santé », qui aura lieu les Lundi 28 et Mardi 29 Mars 2022,

au Ministère des Solidarités et de la Santé

(Inscription gratuite pour suivre l’évènement en distanciel).

N°19, Mars 2022

Relire la première partie de cet article.

 

La prison des habitudes. Cette plasticité c’est super, mais le nouveau signal neuronal d’apprentissage entre en concurrence avec d’autres, en place depuis plus longtemps : vos habitudes. Elles ont créé un chemin neuronal si robuste, si puissant qu’il peut être comparé à une autoroute, face au petit chemin forestier de votre nouvelle résolution. Devinez qui va gagner ? Quel enseignement en tirer ? N’espérez pas changer une habitude sans effort.

En quoi la neuroplasticité peut-elle nous aider ?

Si un nouveau comportement vous paraît pertinent, passez-le au filtre d’au moins 3 critères :

  • MOTIVATION : êtes-vous prêt à vous investir, à prendre du temps pour transformer votre habitude
  • MÉTHODE : organiser des stratégies d’apprentissage et des rappels, sinon vos bonnes résolutions passerons aux oubliettes
  • PERSÉVÉRANCE : répéter plusieurs fois la mise en pratique avant d’espérer son installation naturelle, ne pas se décourager après les premiers échecs.

La plasticité au service de nos idées sombres. Cette belle faculté d’adaptation peut aussi se révéler nuisible à notre bien-être, à nos relations et à nos compétences.

Nos pensées sont contagieuses pour nous-mêmes. Une pensée en entraîne une autre du même registre. Si nous ressassons une idée pénible, les connexions se font mieux et les pensées se reproduisent. En multipliant les pensées d’hostilité, de crainte, de regrets, de reproches, ressentiments ou autocritiques, nous cultivons alors la colère, la peur, la tristesse, la rancœur ou la culpabilité. À chacun de choisir ce qu’il préfère développer !


Nos pensées sont contagieuses pour les autres. Les paroles, la tonalité de notre voix, les attitudes plus ou moins conscientes sont perçues par les autres, à leur insu. Ces informations répétitives, plus ou moins agréables, que nous adressons aux autres, vont favoriser chez eux la création de circuits neuronaux, en réaction. Ces modifications inconscientes vont conditionner leur humeur, leurs émotions et leurs réponses.

Bien entendu nos paroles et nos comportements répétitifs conscients sont aussi contagieux et impriment leurs traces sur les cortex de notre entourage.
Il faut donc inverser volontairement ces processus. Une pensée n’est qu’une pensée, elle ne constitue pas notre identité, nous pouvons choisir de la modifier, si nous constatons qu’elle nous tire vers le bas. Elle est modifiable, consciemment ainsi que dans sa traduction neuronale, à condition de prendre conscience du présent : s’observer penser « je ne supporte pas cette situation » est différent de le penser au premier degré.

Cette prise de distance ou « défusion » permet de réorienter volontairement ses pensées et comportements, elle nous donne un degré de liberté supplémentaire et constitue une condition indispensable à l’agilité mentale et à l’intelligence émotionnelle.

Il est alors plus facile de comprendre l’importance des notions d’acceptation émotionnelle, d’orientation positive, de pleine conscience du présent, de réévaluation cognitive, ces outils modifient nos pensées dans le sens que nous avons choisi et deviennent de véritables stratégies d’adaptation et de progression grâce à cette recomposition de nos réseaux neuronaux.

Mais, quelles sont les limites physiologiques de la plasticité ?

La première limite est la fonction de l’oubli. Pour faire de la place aux nouvelles connexions, tout câblage qui n’est pas utilisé aura tendance à s’atrophier, voire à disparaître. Le chemin synaptique inutilisé s’efface sous les nouveaux branchages des fonctions plus empruntées.

Cette fonction d’élagage, liée à l’oubli, est indispensable à la santé de notre cortex, pour ne pas saturer nos connexions et ne pas épuiser l’énorme quantité d’énergie utilisée par le cerveau. Nous comprenons alors mieux l’importance de la notion de répétition, de rappel et de persévérance pour instaurer un nouveau comportement ou une nouvelle connaissance.


La variabilité personnelle : les aptitudes de départ sont éminemment variables, certains enfants s’épanouissent dans un environnement d’école traditionnelle alors que d’autres ne tiennent pas en place et vont exceller dans le sport. Nous avons vu que ces facilités de départ se modifient avec l’apprentissage et le contexte, il est toujours possible de progresser, mais au-delà d’un certain niveau (par exemple le sport de haute compétition, ou la résolution de problèmes mathématiques complexes) tous ne pourront pas accéder au plus haut niveau. Cela ne doit pas constituer une excuse facile pour abandonner à la première difficulté : toute personne bien portante peut gravir des sommets, mais il ne faut pas non plus imaginer que tout le monde peut atteindre l’Everest.


Certains limites (évaluables par des mesures neuropsychologiques) peuvent altérer un champ de compétence déterminé, mais pourront se compenser par le développement d’autres capacités. Par exemple le cortex visuel d’une personne aveugle est recolonisé par des neurones connectés aux réseaux de l’audition (meilleure détermination de l’origine ou de la hauteur d’un son), du toucher (apprentissage de la lecture Braille), et d’écholocalisation (perception de l’espace à partir de l’émission d’un son et de la perception de son écho).


Ces capacités portent leur fruit lorsque nous sommes en bonne santé physique et mentale, et que notre autonomie est suffisante. En cas d’épuisement, de syndrome dépressif, de trouble anxieux ou tout autre dysfonctionnement mental, la marge de manœuvre est beaucoup plus réduite et nécessite une aide extérieure impérative. De même lorsque l’autonomie et la liberté d’agir sont entravées, ces qualités d’agilité mentale demeurent indispensables mais ne peuvent s’exprimer pleinement.


D’autres lésions (traumatiques vasculaires ou autres) peuvent atteindre des régions centrales les possibilités de reconstructions neuronales peuvent alors être faibles ou inexistantes, tout dépend de la localisation de la lésion. D’autres atteintes plus périphériques permettront au contraire une récupération complète grâce à la plasticité des réseaux voisins.


Hormis ces cas extrêmes, notre marge de manœuvre est plus importante que nous ne l’imaginons habituellement. Nous pouvons donc apprendre à réécrire en permanence nos circuits neuronaux pour percevoir et s’adapter à un monde instable, en choisissant de cultiver certaines compétences motrices, sensorielles, cognitives, émotionnelles, relationnelles. Il est aussi important de connaitre nos besoins, nos motivations que de savoir ce que nous voulons devenir.

L’adaptation au changement (choisi ou imposé) dépend de notre motivation mais aussi du temps et de l’énergie que nous sommes prêts à consacrer à cette modification. La connaissance de soi, de notre singularité, de nos besoins profonds, de nos motivations intrinsèques (celles qui ne dépendent pas de l’environnement mais de nos propres besoins psychologiques) peut nous permettre de faire les bons choix, parmi l’immensité des options de compétences à acquérir. Cette adaptabilité conditionne notre existence, nos compétences, notre bien-être et nos relations à l’autre. Face aux changements imposés ou choisis, le meilleur médicament est votre comportement et votre pratique.

Finalement, la bonne utilisation de nos capacités de plasticité neuronale permet de relier l’antique « Connais-toi toi-même » au plus récent « devient ce que tu es ». F. Nietzche faisait aussi dire à Zarathoustra « La grandeur de l’homme, c’est qu’il est un pont et non une fin ». A nous de choisir les rives du pont.

Pour aller plus loin :

[i] Hölzel, B.K., Ott, U., Hempel, H., Hackl; A., Wolf, K., Stark, R., Vaitl, D. (2007). Differential engagement of anterior cingulate and adjacent medial frontal cortex in adept meditators and non-meditators. Neurosci. Lett.421(1):16-21.

[ii] « La psychologie positive » Rebecca Shankland Editions Dunod

[iii] Sitbon, A., Shankland, R., & Krumm, C.-M. (2019). Interventions efficaces en psychologie positive: Une revue systématique [Effective interventions in positive psychology: A systematic review]. Canadian Psychology/ Psychologie canadienne, 60(1), 35-54. http://dx.doi.org/10.1037/cap0000163

[iv] Carol Dweck « Changer d’état d’esprit : Une nouvelle psychologie de la réussite » (2010) Editions Mardaga.

[v] LS Blackwell, KH Trzesniewski, CS Dweck. (2007) Implicit theories of intelligence predict achievement across an adolescent transition: A longitudinal study and an intervention. Child development 78 (1), 246-263,

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Nous remercions vivement le Docteur Bernard ANSELEM, Médecin spécialiste en imagerie médicale, master de recherche en Neuropsychologie (Toulouse, Lyon, Grenoble), titulaire d’un Certificat de « science of happiness » (Berkeley) et Formateur professionnel pour médecins ou entreprise. Il est également Auteur de plusieurs ouvrages dont, « Je rumine, tu rumines, nous ruminons » (Editions Eyrolles, 2017) et « Ces émotions qui nous dirigent » (Alpen éditions) conférencier.
Membre du comité d’éthique de l’université de Savoie

Il propose de partager son expérience professionnelle en Neuropsychologie pour nos fidèles lecteurs de www.managersante.com

Biographie de l'auteur :

Médecin spécialiste en imagerie médicale, master de recherche en neuropsychologie (Toulouse, Lyon, Grenoble), certificat de « science of happiness » (Berkeley) et formateur professionnel pour médecins ou entreprise. Auteur conférencier.
Membre du comité d’éthique de l’université de Savoie.
Thèmes de travail : émotions, motivation, anxiété, prise de décision et efficacité, IRM fonctionnelle. Il souhaite créer des ponts entre les avancées récentes des recherches sur le cerveau ou le bien-être, et les applications pratiques au quotidien, à l’intention des personnes ne disposant pas de temps pour aborder les ouvrages théoriques ou académiques.

 

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