intelligence

La neuroplasticité peut-elle nous aider à nous adapter aux « changements » ? Le Docteur Bernard ANSELEM nous apporte son éclairage neuroscientifique.

Partager sur linkedin
Partager sur twitter
Partager sur facebook
Partager sur print
Partager sur email

Nouvel article publié par notre expert en Neurosciences pour managersante.com, le Docteur Bernard ANSELEM, auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier ouvrage co-publié le 5 Décembre 2019, « Les talents cachés de votre cerveau au travail«  (aux Editions Eyrolles).

Il est également co-auteur d’un nouvel ouvrage publié depuis le 04 Octobre 2021 chez LEH Edition, sous la direction de Jean-Luc STANISLAS, intitulé « Innovations & management des structures de santé en France : accompagner la transformation de l’offre de soins

N°18, Février 2022

Si l’espèce humaine a surclassé toute les autres, sur toute la surface du globe, c’est le fruit de son cerveau incomplet à la naissance. Ce petit être si dépendant de ses parents a pu progressivement développer des capacités d’adaptations à l’environnement, à un niveau inconnu chez les autres espèces. Cet inachèvement à la naissance, a permis de limiter l’importance de la prédétermination génétique et aménagé une marge de souplesse d’adaptations aux environnements changeants.  A l’échelle neuronale cette adaptabilité se traduit par la notion de neuroplasticité.

Face à la question des capacités et des talents, 2 conceptions s’affrontent : 1) chacun possède des capacités acquises à la naissance ou pendant l’enfance et qui n’évoluent plus à l’âge adulte. 2) Il est possible de progresser tout au long de sa vie, quel que soit son niveau, grâce aux efforts déployés.

Les facteurs génétiques sont importants et incontestables (en particulier pour la part d’intelligence mesurée par le QI), cependant des centaines d’études animales et humaines montrent que le cerveau possède aussi des capacités d’adaptation insoupçonnées, en particulier grâce aux mécanismes de plasticité neuronale.

La neuroplasticité

C’est l’adaptation des réseaux neuronaux aux fonctions pour lesquelles ils sont sollicités.

Les neurones communiquent entre eux par signaux électriques. Les points de contact (les synapses) permettent la diffusion des informations. Une image, un son, une pensée vont déclencher des réactions électriques et chimiques à l’origine de la circulation des informations. Il est important de comprendre qu’à chaque connexion entre deux neurones, la capacité de communication se renforce. « Les neurones qui se connectent ensemble, s’activent ensemble ». Autrement dit, plus vous utilisez vos neurones, mieux ils fonctionnent. La connexion s’établit plus vite et plus fort à chaque usage. C’est l’incarnation de la notion d’apprentissage, la traduction physiologique de l’utilisation de l’information. Chaque fois que nous apprenons une nouvelle compétence nous modifions notre cerveau.

Cette notion, d’apparence banale, est révolutionnaire pour nos capacités mentales. Nous possédons du pouvoir sur notre cerveau ! Un exemple : en un temps aussi court que 8 semaines, un choix délibéré d’exercice mental (par exemple une séance de méditation de pleine conscience quotidienne) peut modifier nos réseaux neuronaux liés aux émotions[i], ils vont alors renforcer des capacités mentales qui, à leur tour, vont modifier nos comportements et augmenter en retour notre capacité apprendre : vertigineuse mise en abîmes de nos potentiels !

C’est ce qui fait dire à PM Lledo (Chef d’Unité « Perception et Mémoire à l’Institut Pasteur, Directeur du laboratoire Gènes, Synapses et Cognition du C.N.R.S) : « Le cerveau se nourrit du changement et dépérit dans la routine, s’intéresser à l’autre et cultiver son altérité revient à entretenir son cerveau ».

Quand on active une trace neuronale régulièrement (par des souvenirs, des jugements, des paroles, des relations) on renforce ce réseau. Avec l’usage et la répétition, ce modeste chemin neuronal se transforme en route à grande vitesse. La transformation neuronale engendre une modification fonctionnelle, des régions entières s’activent plus aisément après apprentissage et développent une compétence fonctionnelle.

  • Les expériences vécues modifient en permanence la structure intime du cerveau et créent de nouvelles connexions entre les neurones. L’organisation charnelle de notre cortex, la formation des réseaux de neurones, sont le reflet intime de notre vécu. Si vous décidez de devenir virtuose du violon expert en jeu vidéo ou footballeur votre cortex moteur n’aura pas le même aspect, certaines aires visuelles ou auditives se développeront différemment.
  • Nous devenons petit à petit ce que nous pensons et ce que nous faisons. Une croyance répétée amène à un comportement répété et un résultat répété qui renforce la croyance…
  • Ce que l’on pratique devient plus fort : C’est ainsi qu’on transforme une pensée en souvenir, un jugement en conviction, une émotion en soleil ou au contraire en rumination et en tempête.

Ces mécanismes s’appliquent à tous les processus d’apprentissage, qu’ils soient moteurs (apprendre un geste, une technique corporelle), ou cognitifs (apprendre une connaissance, un comportement, un état d’esprit).

Ces capacités sont actives tout au long de la vie, y compris chez les plus âgés. La vitesse et l’amplitude sont moins élevées que chez l’enfant, mais demeurent largement suffisantes pour progresser (en dehors de certains états pathologiques dégénératifs).

Quelques perspectives applicables à toute compétence :

  • Acquérir des connaissances
  • Apprendre une compétence physique ou technique
  • Améliorer ses compétences humaines en particulier les soft skills, si recherchés en entreprise
  • Renforcer ses capacités émotionnelles : différentes stratégies sont possibles et validées par des travaux utilisant les méthodes expérimentales
  • S’adapter au changement permanent
  • Travailler son estime de soi, améliorer sa relation à autrui

EXEMPLE  :

Vous ne supportez pas certaines décisions de votre hiérarchie. En ruminant quotidiennement tous les inconvénients, les désagréments occasionnés et  les ressentis négatifs, votre attention restera focalisée sur ces perceptions pénibles, votre cerveau s’accoutume à les développer, elles reviendront de plus en plus souvent et plus facilement, l’humeur peut s’en ressentir. Sans vous en rendre compte, il est possible de basculer vers plus d’irritabilité, de démotivation, d’épuisement, d’insomnies etc.

A l’inverse en travaillant à développer d’autres réseaux plus motivants, en adoptant un angle de vision différent (réévaluation cognitive), vous pourrez contenir ces tendances naturelles désagréables en cultivant d’autres modes de pensée : « je suis en désaccord, mais je peux aussi trouver des avantages à la nouvelle situation, le changement me déplait mais il existe de bonnes raisons collectives, ou au contraire : cette nouvelle procédure est contre-productive, arrangeons nous pour convaincre la direction et trouvons une solution ». « Je peux changer quelque chose = j’agis, je ne peux pas changer la situation = je ne perds pas de temps à y penser, c’est inutile, je m’oriente vers autre chose de plus productif ».   

Grâce au processus de neuroplasticité, reprogrammer notre cerveau pour adopter de nouvelles habitudes plus favorables à votre santé mentale et physique devient possible.

Un changement est souvent désagréable, voire douloureux, mais il nous rend aussi plus créatif plus performant et combat le vieillissement.

Cela signifie que nous pouvons modifier nos performances en agissant sur notre cerveau. Il existe tout un pan de la psychologie qui étudie la possibilité d’améliorer nos comportements grâce à des changements de perceptions et des exercices : la psychologie positive [ii]. Par des méthodes scientifiques, apparentées aux recherches médicales et pharmaceutiques, elle vise à repérer les actions efficaces dans la durée[iii]Il a été montré que nous pouvons améliorer durablement nos émotions, notre estime de soi, notre résistance au stress, notre créativité, notre motivation (à travers la recherche de sens) et même notre santé physique et mentale, grâce à des choix délibérés.

Ces connaissances neurologiques et psychologiques conduisent tout naturellement à un état d’esprit :

Le « growth mindset » ou « état d’esprit de progression »

« Nous avons la capacité d’évoluer et de développer nos compétences, notre intelligence ou même de nouveaux talents au fur et à mesure du temps » Cette notion a été développée par Carol Dweck à la suite d’un ensemble de travaux de psychologie expérimentale[iv].

Les choses ne sont pas figées à la naissance, ni pendant l’enfance, nous possédons tous une marge de progression, quelles que soient nos imperfections. Bien entendu, cette marge n’est pas infinie, elle ne concerne pas certaines situations pathologiques mais s’applique à l’immense majorité d’entre nous. Dweck a notamment montré que Les enfants « growth mindset » obtiennent  de meilleurs résultats scolaires[v].

  • Ceux qui adoptent un état d’esprit orienté « progression » (nos talents peuvent s’améliorer par l’effort, le travail et les bonnes stratégies) mettent plus d’énergie dans l’apprentissage et font preuve de plus de détermination, plus d’agilité et moins d’anxiété face aux difficultés. En pensant qu’il est toujours possible de progresser, quelles que soient nos aptitudes de départ, nous allons créer des chemins neuronaux, qui se renforceront à l’usage. Une difficulté sera vécue comme un challenge, une critique ou un échec deviendront des moyens de progresser et perdront ainsi leur caractère angoissant.
  • A l’inverse, si nous pensons que nos capacités sont fixées depuis l’enfance, nous adoptons un « fixed mindset » (j’ai reçu une quantité fixe d’intelligence, mais elle n’est pas suffisante, je ne suis pas doué pour parler en public, le numérique, les maths ou tout ce qui demande un effort). Une difficulté imprévue sera source d’anxiété, une critique deviendra une atteinte personnelle, un échec sera perçu comme un désastre, nous renvoyant à notre identité supposée déficiente (si j’échoue, je ne suis pas intelligent). Une telle croyance aboutit à redouter les défis, à détester les épreuves, à éviter les efforts par peur d’un échec qui nous renverrait à notre supposé état de déficience. Les réseaux de neurones ne se développeront pas ou iront s’activer ailleurs et confirmeront ainsi cette fausse croyance.

Cette adaptation neuronale à ce qu’on lui demande conforte les recherches sur l’impuissance apprise (je n’ai plus d’envie) et son contraire la motivation par l’objectif, l’optimisme appris (M Seligman) et l’état d’esprit.

En travaillant notre état d’esprit de progression, nous nous forgeons un mental d’acier, même après un échec, par rapport à celui qui écoute trop ses doutes ou qui se colle une étiquette sur le front pour le restant de sa vie. Cette notion de PROGRESSION est le point commun de toutes les énergies.

Progresser nous rend heureux et nous remplit d’énergie !

Lire la suite de cet article le mois prochain.

Pour aller plus loin :

[i] Hölzel, B.K., Ott, U., Hempel, H., Hackl; A., Wolf, K., Stark, R., Vaitl, D. (2007). Differential engagement of anterior cingulate and adjacent medial frontal cortex in adept meditators and non-meditators. Neurosci. Lett.421(1):16-21.

[ii] « La psychologie positive » Rebecca Shankland Editions Dunod

[iii] Sitbon, A., Shankland, R., & Krumm, C.-M. (2019). Interventions efficaces en psychologie positive: Une revue systématique [Effective interventions in positive psychology: A systematic review]. Canadian Psychology/ Psychologie canadienne, 60(1), 35-54. http://dx.doi.org/10.1037/cap0000163

[iv] Carol Dweck « Changer d’état d’esprit : Une nouvelle psychologie de la réussite » (2010) Editions Mardaga.

[v] LS Blackwell, KH Trzesniewski, CS Dweck. (2007) Implicit theories of intelligence predict achievement across an adolescent transition: A longitudinal study and an intervention. Child development 78 (1), 246-263,

N’hésitez pas à partager cet article


Nous remercions vivement le Docteur Bernard ANSELEM, Médecin spécialiste en imagerie médicale, master de recherche en Neuropsychologie (Toulouse, Lyon, Grenoble), titulaire d’un Certificat de « science of happiness » (Berkeley) et Formateur professionnel pour médecins ou entreprise. Il est également Auteur de plusieurs ouvrages dont, « Je rumine, tu rumines, nous ruminons » (Editions Eyrolles, 2017) et « Ces émotions qui nous dirigent » (Alpen éditions) conférencier.
Membre du comité d’éthique de l’université de Savoie

Il propose de partager son expérience professionnelle en Neuropsychologie pour nos fidèles lecteurs de www.managersante.com

Biographie de l'auteur :

Médecin spécialiste en imagerie médicale, master de recherche en neuropsychologie (Toulouse, Lyon, Grenoble), certificat de « science of happiness » (Berkeley) et formateur professionnel pour médecins ou entreprise. Auteur conférencier.
Membre du comité d’éthique de l’université de Savoie.
Thèmes de travail : émotions, motivation, anxiété, prise de décision et efficacité, IRM fonctionnelle. Il souhaite créer des ponts entre les avancées récentes des recherches sur le cerveau ou le bien-être, et les applications pratiques au quotidien, à l’intention des personnes ne disposant pas de temps pour aborder les ouvrages théoriques ou académiques.

 

[DÉCOUVREZ LES OUVRAGES DE L’AUTEUR]

ManagerSante.com soutient l’opération COVID-19 et est partenaire média des  eJADES (ateliers gratuits)
initiées par l’Association Soins aux Professionnels de Santé 
en tant que partenaire média digital

 Parce que les soignants ont plus que jamais besoin de soutien face à la pandémie de COVID-19, l’association SPS (Soins aux Professionnels en Santé), reconnue d’intérêt général, propose son dispositif d’aide et d’accompagnement psychologique 24h/24-7j/7 avec 100 psychologues de la plateforme Pros-Consulte.

Partager l'Article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur print
Partager sur email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Articles similaires