1

Qu’espérer des techniques de prévention du stress pour le personnel des établissements de santé ? Nathalie BERGERON DUVAL, sophrologue, nous parle de sa pratique clinique (Partie 2/2)

Partager sur linkedin
Partager sur twitter
Partager sur facebook
Partager sur print
Partager sur email

Article rédigé par notre  experte, Nathalie BERGERON-DUVAL, sophrologue consultante (certifiée par le CEAS Paris), praticienne en yoga du rire, consultante en créativité, intervenante-formatrice. Diplômée de l’Université Panthéon Sorbonne Paris I et Paris III, et de Sciences-Po Paris.  

Elle est entrepreneuse et co-fondatrice de Sense_for_Business en 2005. 

Co-auteure de l’ouvrage « La petite Encyclopédie de la détente minute » (2015)

 

Mon expérience de sophrologue pour le personnel de l’hôpital

Je souhaite ici partager mon expérience de bénévolat en tant que sophrologue pendant les deux premiers confinements en novembre/décembre 2020 puis en avril/mai 2021; je suis  intervenue dans deux hôpitaux à l’appel de la Direction des Ressources Humaines et/ou de la Médecine du Travail pour offrir des temps de pause et de respiration au personnel et les aider à gérer la pression énorme subie. Aux côtés d’autres professionnels (professeurs de yoga, méditation, sophrologues, …), j’ai proposé des séances de sophrologie sur des temps très courts (15-20 mn) en présentiel en région parisienne, mais aussi en distanciel pour un CHU de province.

La durée des séances est un élément important à prendre en considération dans les établissements de santé et durée courte ne signifie pas un impact moindre physiologique et psychologique. En terme pédagogique, il me semble au contraire crucial de transmettre des techniques prouvant leur efficacité très rapidement, faute de quoi elles ne seront jamais pratiquées.

J’ai été heureuse de pouvoir apporter mon aide en souhaitant ainsi montrer ma solidarité aux soignants de façon plus concrète que mes applaudissements aux fenêtres le soir. Quelques constats :

  • La difficulté pour le personnel de prendre le temps de s’absenter (même sur des temps courts) ou de s’autoriser ce temps.
  • Seules sont venues des femmes … d’une diversité de services et à des niveaux hiérarchiques différents : infirmières, médecins, aides-soignantes, pharmaciennes, assistantes sociales, diététiciennes, comptables.
  • Elles ont énormément apprécié cette initiative et m’ont confié leur souhait de prolonger l’expérience si l’hôpital pouvait continuer à l’offrir.
  • Le bénévolat a un temps et surtout il ne peut pas correspondre à une véritable politique de qualité de vie au travail et de santé. Pour l’heure, je n’ai pas été rappelée par l’hôpital.

En dehors de cette expérience, j’ai été invitée à  témoigner sur l’apport de la sophrologie  en 2019 aux Journées JNIL ((Journées Nationales des Infirmières Libérales) : Epuisement professionnel et souffrance au travail : comment rendre le travail soutenable ? et JFAS (Journées Francophones des Aides-Soignantes) : Maîtriser ses émotions et son stress pour vivre le temps de soi dans le soin de l’autre, ainsi que  dans un cadre de formation lors des Régionales de Santé à Tours en 2020 pour transmettre des outils d’auto prévention du burnout par la sophrologie.

Encore une fois, il me semble très utile et important que le personnel soit impliqué dans des activités régulières de prévention du stress – et il y a un effort à fournir de la part des managers pour expliquer, convaincre et pousser le personnel  à s’autoriser ces temps de prévention – mais aussi plus largement dans les réflexions que le management doit porter pour promouvoir des établissements de santé où le « bonheur au travail » rimera avec « sens du travail » (voir à ce sujet l’excellente vidéo du journal Le Monde « Faut-il forcément être heureux au travail ? »  qui, si elle n’est pas consacrée au monde de la santé, permet d’en tirer des enseignements).

Une prise de conscience que « ma santé, ça me regarde »

Pour le personnel de santé comme pour la population en général, nous assistons néanmoins à une véritable prise de conscience que « ma santé me regarde » ; autrement dit que la santé doit intégrer une bonne dose de prévention qui relève donc en partie de la responsabilité individuelle.  L’explosion des stages de développement personnel incluant une composante santé et des lieux animés par des collectifs de professionnels du bien-être (et parfois paramédical assisté ou non de médecins) en dit également long sur cette tendance de fond.

Cette montée en puissance de la notion de responsabilité individuelle joue également sur ce qu’attend un patient et le niveau de considération qu’il exige est certainement plus fort qu’avant. Et la considération du patient ne va pas sans considération du soignant.

A titre privé, je souligne ici ma satisfaction de vivre dans un pays où l’accès aux soins reste exceptionnel par comparaison avec d’autres systèmes de santé, mais je reste interloquée par mon expérience récente au sein d’un grand hôpital parisien concernant le manque de coordination entre services pour communiquer au patient son suivi dans le cadre d’un parcours de soin ; cela en dit long sur la marge de progrès à faire concernant l’organisation du travail.

Cette  notion de responsabilité individuelle liée à la prévention constitue un espoir pour faire évoluer les mentalités quant aux soins, ce qui pourrait aboutir à décharger un peu le système de santé, mais aussi un risque pour les établissements qui ne réagiraient pas en intégrant dans leur réflexion organisationnelle un personnel soignant qui souhaitera également donner son avis plus souvent.

Mieux vaut prévenir que guérir… Mais quels bénéfices peut-on espérer des pratiques individuelles de bien-être ?  

Explorations de quelques pratiques basées sur le souffle

Je vais évoquer ici les seules pratiques que je connais bien : la sophrologie, le yoga du rire et une méditation corporelle en musique (Nirvana®) qui toutes ont en commun l’attention portée au temps d’expiration, le souffle pour maintenir – ou restaurer – la normocapnie (maintien d’un Ph neutre dans le sang) avec un bon équilibre entre l’activation du système nerveux sympathique adrénergique et le système nerveux parasympathique cholinergique. Nos conditions de vie sédentaires sans effort physique créent une incohérence entre l’alerte donnée par le système nerveux cérébro-spinal (central et périphérique) face à la perception d’un danger et la réponse innée au stress commandé par le système nerveux autonome sympathique ;  ce dysfonctionnement lié à la vasoconstriction a comme conséquence la somatisation. Pour plus de détail, je vous propose cet article que je signais en mai 2020 (Comment mieux gérer sa respiration en situation de stress ?)

La sophrologie, une boite à outils et une approche existentielle de transformation

En 1960, son fondateur le Professeur neuropsychiatre Alfonso Caycedo, cherchait un moyen pour prévenir le stress et gérer la douleur dans le milieu médical, à l’attention des soignants et des patients. Inspiré par des techniques de relaxation et des courants philosophiques occidentaux et orientaux (hypnose médicale, phénoménologie d’Husserl,  yoga, zen japonais), il invente le mot  sophrologie à partir de 3 mots grecs SOS-PHREN-LOGOS pour désigner  l’étude de la conscience ou de l’esprit en harmonie/en équilibre. Puis la sophrologie intègrera  une recherche existentielle « C’est une science de la conscience admettant une nouvelle possibilité existentielle pour l’être humain » (Caycedo, 1979). Aujourd’hui la sophrologie s’est développé dans d’autres domaines que le monde de la santé, celui du sport à haut niveau, mais aussi dans l’entreprise et plus récemment dans les établissements scolaires. La sophrologie enseigne une approche individuelle de gestion des émotions et du stress très efficace et peut se pratiquer à tout âge, à tout moment, sans tenue de sport ni tapis de yoga ; les exercices qui engagent la prise de conscience du corps, des techniques respiratoires et des projections mentales se pratiquent debout, assis ou couché sur des sessions de quelques minutes seulement à des séances complètes de 45 mn. Les bénéfices de la sophrologie sont multiples et relèvent tous d’un meilleur équilibre du système nerveux (détente physique et mentale, régulation des émotions et du sommeil…) ; la pratique régulière libère des ressources intrinsèques de l’individu comme une meilleure confiance en soi ou une capacité créative à se transformer, envisager les problèmes sous un autre angle … En cela la sophrologie rejoint les techniques dites de créativité qui ouvrent des perspectives de pensée et d’actions nouvelles, pour une personne ou un groupe. La sophrologie se pratique en individuel pour travailler sur un objectif précis (préparation d’un évènement par exemple) mais se vit aussi en groupe pour apprendre des outils à intégrer dans la vie quotidienne.

Le yoga du rire, et si on faisait le rire du labrador ? 

Le yoga du rire est une approche très joyeuse et ludique de la gestion du stress. Parce que le rire détruit chimiquement tout ce que le stress produit (même mécanisme respiratoire qui conduit à la normocapnie), le yoga du rire propose de « rire sans raison » ; c’est le rire contagieux qui passe par le corps et non le mental, par des gestes calés sur des respirations et les regards complices.  Contrairement à la sophrologie, il n’y a ici aucun apprentissage de techniques, la seule difficulté du yoga du rire est la capacité à lâcher-prise sur le jugement de soi et à regarder les autres dans les yeux. Le protocole du yoga du rire est mis au point par un médecin indien, le Docteur Madan Kataria qui crée le premier club de rire en 1990 à Mumbay. Le mot yoga est ici utilisé dans sa signification sanskrite qui signifie « relier » ou « unir » le corps et l’esprit, ou un individu avec le groupe avec qui il rit.

Pour plus de détails sur le yoga du rire, je vous invite à lire mon article « Le rire est-il soluble dans le management… »

C’est une pratique de groupe (assez difficile à faire seule sauf quand je ris avec mon labrador), qui crée de la cohésion à travers une forte complicité et installe des comportements propices à la pensée créative : lâcher-prise, suspension du jugement, respect des autres, humour, imagination.

Le Nirvana®, une méditation corporelle en musique qui nous vient de Slovénie

Le Nirvana® propose des mouvements sans déplacement, répétés selon une chorégraphie précise, en musique, associés à des respirations rythmées privilégiant progressivement tout au long de la séance de 1h des temps d’expiration de plus en plus longs (4 temps d’inspiration pour 4 temps d’expiration, puis 8 puis 12 temps de souffle contrôlé).

Cette approche corporelle travaille la souplesse, le gainage de la zone abdominale et du dos, mais équilibre aussi le système nerveux et calme les émotions, pour la même raison physiologique que pour la sophrologie ou le yoga du rire : l’atteinte de la normocapnie (voir explications en début de paragraphe). La prise de conscience des sensations, des respirations et une proposition d’intentions positives individuelles comme goûter au temps présent « ici et maintenant », la joie, la force, … renforce la puissance de cette pratique de bientraitance vis-à-vis de soi. Le Nirvana® se pratique en petits groupes avec un intervenant formé par l’équipe slovène qui a conçu la méthode et créé les chorégraphies.

La créativité, ou l’art de penser « en dehors du cadre » (« think out of the box »)

Il n’est pas du tout hors sujet de traiter de la créativité dans un article sur les méthodes préventives pour créer du bien-être.

D’ailleurs, les dernières JFAS des 29 et 30 septembre ont eu pour thème la bientraitance où la part de responsabilité du management et la créativité du personnel a toute sa place dans le programme.

Les techniques de créativité partagées par un groupe apportent un nouveau souffle en instaurant un climat bienveillant dans le sens premier du terme : veiller au bien, au bien de soi et des autres. Les méthodes de créativité face à un problème donné proposent au cerveau des détours par un temps de pensée divergente pour accueillir une très grande quantité d’idées en faisant appel à l’imaginaire, l’intuition, aux sensations et émotions… avant de procéder à la pensée convergente qui va trier, sélectionner, peaufiner les meilleures idées pour résoudre le problème posé. C’est comme la respiration qui se pratique en deux temps, nous n’inspirons pas en même temps que nous expirons, nous ne cherchons pas à trouver directement une idée de solution avant d’avoir ouvert d’autres pistes qui pourraient se révéler bien meilleures in fine.

La pratique de la recherche d’idées par la créativité dans une équipe de travail modifie les comportements et le management : le manager devra laisser plus de place à l’écoute et au dialogue,  pour co-construire plutôt que de décider seul ; cela prend plus de temps au départ mais en fait gagner beaucoup pour la mise en application sur le terrain. Pour finir, un personnel beaucoup plus motivé, souvent plus compétent, et qui  retrouvera le sens du travail plutôt que « le bonheur au travail ».  La formation aux techniques de créativité permet également d’arriver à  dépasser des réflexions du type « ce n’est pas possible de faire cela à l’hôpital » pour ouvrir  des champs nouveaux.

J’invite le lecteur intéressé par la créativité à  lire mon article publié en 2019 sur le sujet dans ManagerSante.com.

1 + 1 = 3, une somme d’individus en bonne santé apporte plus à l’équilibre de la société 

Ces approches individuelles comme la sophrologie – mais qui vécue en groupe crée un sentiment d’appartenance – ou collectives comme le yoga du rire, le Nirvana® ou les techniques de créativité, peuvent être partie prenante d’une offre de prévention pour promouvoir le bien-être dans la population française en général et auprès de ceux qui la soignent, le personnel des établissements de santé (soignants et administratifs). Je salue ici l’ouverture de la Maison des Soignants  depuis le 31 août 2021 à Paris qui propose des ateliers de bien-être avec l’appui d’une équipe de psychologues formés par l’association Soins aux Professionnels de la Santé (SPS). Dommage que la sophrologie n’y ait pas sa place comme sa cousine l’hypnose dont elle est en partie issue.

Ce qui a une action de prévention à un niveau individuel entraîne toujours une répercussion sur un groupe car la contagion du stress ou du bien-être est forte. Un groupe constitué d’individus équilibrés, en bonne santé physique et mentale aura plus de chances à pouvoir faire face, à être résilient face à l’adversité. C’est pourquoi toutes les actions de prévention – même si ce ne sont pas les seules à mener – doivent être considérées comme stratégiques pour le management des organisations  car elles sont utiles à leur équilibre général.

N’hésitez pas à partager cet article


Nous remercions vivement Nathalie BERGERON-DUVAL,  co-fondatrice de Sense_for_Business en 2005, formatrice et facilitatrice en créativité, sophrologue consultante (certifiée par le CEAS Paris), praticienne en yoga du rire, pour partager son expertise sur notre plateforme média digitale d’influence ManagerSante.com

Biographie de l'auteure :

Depuis plus de 15 ans , Nathalie BERGERON-DUVAL propose aux organisations un accompagnement dans leurs défis de créer des équipes par une approche sur mesure, très concrète avec des techniques variées à base de pratiques corporelles, mentales et artistiques pour se connecter à soi, à ses envies de faire, de rêver, de se-ré-inventer : résolution de problème par la créativité, Co-Développement, Sophrologie, Yoga du rire, Communication Non Violente, Types de personnalité MBTI-CCTI, expression artistique…
Diplômée de Université Panthéon Sorbonne Paris I et Paris III, Sciences-Po Paris; a passé deux années scolaires aux Etats-Unis dont une année universitaire à Bowling Green State University (OHIO, USA).
Co-fondatrice de Sense_for_Business en 2005 et de Talenteos en 2013. Co-auteure de l’ouvrage « La petite Encyclopédie de la détente minute » (2015)

Ouvrage publié par Nathalie BERGERON-DUVAL & Géraldine LEMOINE

ManagerSante.com soutient l’opération COVID-19 et est partenaire média des  eJADES (ateliers gratuits)
initiées par l’Association Soins aux Professionnels de Santé 
en tant que partenaire média digital

 Parce que les soignants ont plus que jamais besoin de soutien face à la pandémie de COVID-19, l’association SPS (Soins aux Professionnels en Santé), reconnue d’intérêt général, propose son dispositif d’aide et d’accompagnement psychologique 24h/24-7j/7 avec 100 psychologues de la plateforme Pros-Consulte.

Partager l'Article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur print
Partager sur email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Articles similaires