soins-infirmiers-832

Quelles réflexions managériales pour une politique de prévention du soin efficace par les professionnels de santé ? Nathalie BERGERON DUVAL nous répond (Partie 1/2)

Partager sur linkedin
Partager sur twitter
Partager sur facebook
Partager sur print
Partager sur email

Article rédigé par notre  experte, Nathalie BERGERON-DUVAL, sophrologue consultante (certifiée par le CEAS Paris), praticienne en yoga du rire, consultante en créativité, intervenante-formatrice. Diplômée de l’Université Panthéon Sorbonne Paris I et Paris III, et de Sciences-Po Paris.  

Elle est entrepreneuse et co-fondatrice de Sense_for_Business en 2005. 

Co-auteure de l’ouvrage « La petite Encyclopédie de la détente minute » (2015)

 

N°04, Octobre 2021

Bientôt la sortie de la crise sanitaire ? Dans quel état ?

Je souhaite par cet article proposer mon point de vue, sans doute différent de ce qu’il est entendu dans le milieu de la santé, avec une double  casquette de professionnelle de la prévention du stress (sophrologue et praticienne de yoga du rire), mais aussi consultante en créativité, … et à titre privé accompagnante d’une patiente en soins à l’hôpital… Les positions exprimées n’engagent que moi-même bien entendu.

En août 2019 je rédigeais un article pour ManagerSanté intitulé « L’agilité managériale et l’intelligence collective ont-elles leur place dans les établissements de santé ? » et je poursuivais en novembre 2019 par « Le rire est-il soluble dans le management ? Et en particulier dans les institutions de santé ? ». Entre temps, la pandémie de Covid-19 est passée par là, pas sûr que l’on ait beaucoup rit dans les établissements de santé, et notamment dans le cercle des managers. Ces 2 articles partagés sur les réseaux sociaux m’avaient valu des réactions de sympathie, d’espoir mais aussi beaucoup de messages sur le mode « c’est impossible chez nous, ça ne peut pas marcher à l’hôpital … ».

Avant de commenter ces réactions, je propose de rappeler dans quel contexte s’inscrivent  aujourd’hui les problématiques de la santé concernant la population française en général mais aussi celle des soignants. Je vais m’appuyer sur l’enquête CoviPrev, lancée par Santé publique France en mars 2020 pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale en France face à la Covid-19. Régulièrement mise à jour depuis son lancement en mars 2020, CoviPrev couvre les thématiques suivantes : santé mentale, adoption des mesures de prévention, adhésion vaccinale, addictions, alimentation et activité sportive.

Enguerrand du Roscoat, responsable de l’unité santé mentale, direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France, précisait en 2020  les objectifs de cette enquête : «  Il est prioritaire de maintenir un niveau minimal de bien-être et de prévenir à court terme le développement de troubles au sein de la population afin de limiter la sollicitation du système de santé et en particulier des hôpitaux et des urgences par l’afflux des personnes présentant des symptômes d’anxiété ou de stress aigus. Enfin, une dégradation de la santé mentale pourrait avoir des conséquences sur l’adoption d’habitudes de vie défavorables (consommation d’alcool et autres substances psychoactives, nutrition, sommeil…), contribuer à l’augmentation des violences (notamment intrafamiliale) ou encore participer au fardeau économique (arrêts de travail…).  L’identification des populations les plus vulnérables et des facteurs associés au bien-être, au mal-être ou aux troubles, sera utile pour mieux orienter et cibler l’offre de prévention ». 

Concernant la  santé mentale, Les derniers  résultats présentés ( vague 28 du 28 septembre au 5 octobre 2021) mis en perspective des résultats des autres vagues d’enquête, indiquent un état préoccupant et qui aura des répercussions pour le système de soins français. 

  • 80 % des Français déclarent avoir une perception positive de leur vie en général. Niveau bas, – 5 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance stable.
  • 16 % des Français montrent des signes d’un état dépressif. Niveau élevé, + 6 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance en hausse, + 3 points par rapport à la vague 26 (15-21 juillet).
  • 26 % des Français montrent des signes d’un état anxieux. Niveau élevé, + 12 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance en hausse, + 7 points par rapport à la vague 26 (15-21 juillet).
  • 70 % des Français déclarent des problèmes de sommeil au cours des 8 derniers jours. Niveau élevé, + 20 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance en hausse, + 11 points par rapport à la vague 26 (15-21 juillet).
  • 10 % des Français ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année. Niveau élevé, + 5 points par rapport au niveau hors épidémie, tendance stable. (Source Enquête CoviPrev)

Et qu’en est-il du côté des soignants…

A l’heure où j’écris ces lignes, la tenue des  Assises de la santé mentale et de la psychiatrie (27 et 28 septembre 2021), est un révélateur du mal-être de la population et d’un secteur décrit par les professionnels  « au bord de l’implosion » en raison de la crise sanitaire.

Les  troubles psychiques concerneraient aujourd’hui 12 millions de Français et Rachel Bocher, chef du service psychiatrie du CHU de Nantes précise l’impact de la crise sanitaire : « En 2021, on est passé d’une personne sur cinq touchée par ces troubles à une personne sur quatre ».

Dans ces 12 millions de Français, il y a aussi des professionnels de la santé très durement éprouvés physiquement et psychiquement par les épreuves traversées en 2020 et 2021.

Une étude très documentée publiée en juillet dernier dans la revue Neuroscience & Biobehavioral Reviews réalisée par des psychiatres de l’AP-HP, avec l’association FondaMental dresse un tableau sombre de la situation du personnel soignant :   30 % des professionnels de santé souffriraient d’anxiété, 31,1% de dépression,  44 % de troubles du sommeil et 56,5 % présenteraient des symptômes de stress aigu » (voir aussi)

La conclusion de l’étude mise à jour en avril 2021 demande que les établissements de santé prennent des mesures pour le bien-être du personnel influant directement sur la qualité du soin que les patients reçoivent.

Se pose alors pour le manager d’un établissement de santé la question du choix des mesures pour le bien-être de son personnel

Sachant que :

  • Aucune mesure de bien-être ne sera suffisante sans une réflexion réellement innovante au plus haut niveau de la hiérarchie managériale sur l’organisation du travail. Au-delà de considérations d’ordre politique, cela demande en interne beaucoup de courage et de créativité pour impliquer le personnel au plus près des réalités vécues sur le terrain ; la pandémie de la Covid-19 a exacerbé une situation déjà alarmante, qui réclame aujourd’hui pour la santé des soignants mais aussi celle des Français de bousculer les codes et de mettre en œuvre des politiques audacieuses de changement au sein des établissements de santé.

  • Les soignants font clairement partie des profils à risque victimes de l’épuisement professionnel (burnout) de par la forte charge émotionnelle de leur travail, des valeurs souvent en contradiction avec ce que leur permet de faire leurs conditions de travail, associé à très peu de latitude dans leur organisation.

  • Il est important de ne pas culpabiliser le personnel qui est effectivement confronté à deux questions : comment prendre le temps de prendre soin de soi tout en prenant soin des autres ? comment retrouver une marge de manœuvre dans un environnement de contraintes fortes souvent associé à un cadre hiérarchique rigide ?

Lire la suite de cet article, le mois prochain.

 

Note : pour rappel, article paru dans ces colonnes, rédigé par une infirmière, expert de ManagerSante.com

N’hésitez pas à partager cet article


Nous remercions vivement Nathalie BERGERON-DUVAL,  co-fondatrice de Sense_for_Business en 2005, formatrice et facilitatrice en créativité, sophrologue consultante (certifiée par le CEAS Paris), praticienne en yoga du rire, pour partager son expertise sur notre plateforme média digitale d’influence ManagerSante.com

Biographie de l'auteure :

Depuis plus de 15 ans , Nathalie BERGERON-DUVAL propose aux organisations un accompagnement dans leurs défis de créer des équipes par une approche sur mesure, très concrète avec des techniques variées à base de pratiques corporelles, mentales et artistiques pour se connecter à soi, à ses envies de faire, de rêver, de se-ré-inventer : résolution de problème par la créativité, Co-Développement, Sophrologie, Yoga du rire, Communication Non Violente, Types de personnalité MBTI-CCTI, expression artistique…
Diplômée de Université Panthéon Sorbonne Paris I et Paris III, Sciences-Po Paris; a passé deux années scolaires aux Etats-Unis dont une année universitaire à Bowling Green State University (OHIO, USA).
Co-fondatrice de Sense_for_Business en 2005 et de Talenteos en 2013. Co-auteure de l’ouvrage « La petite Encyclopédie de la détente minute » (2015)

Ouvrage publié par Nathalie BERGERON-DUVAL & Géraldine LEMOINE

ManagerSante.com soutient l’opération COVID-19 et est partenaire média des  eJADES (ateliers gratuits)
initiées par l’Association Soins aux Professionnels de Santé 
en tant que partenaire média digital

 Parce que les soignants ont plus que jamais besoin de soutien face à la pandémie de COVID-19, l’association SPS (Soins aux Professionnels en Santé), reconnue d’intérêt général, propose son dispositif d’aide et d’accompagnement psychologique 24h/24-7j/7 avec 100 psychologues de la plateforme Pros-Consulte.

Partager l'Article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur print
Partager sur email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Articles similaires