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Comment l’expérience du traumatisme du sujet s’exprime-t-elle ? Eugénie THEVENON nous en explique les mécanismes (Partie 2/3)

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Nouvel article rédigé par notre experte, Eugénie THEVENON, Infirmière en santé mentale,  coach professionnelle certifiée, formée à l’école de coaching Linkup Coaching (Accrédité EMCC Praticien Senior, European Quality Award – EQA) et spécialisée en thérapie brèves, elle est accompagnatrice au changement.

 


N°19, Décembre 2020


Relire la première partie de cet article

 

On pourrait imager les chocs de la vie comme des événements qui chamboulent, déstabilisent, bouleversent, voire ébranlent, modifient et abîment en surface et/ou en profondeur nos représentations imaginaires intérieures,  nos croyances et nos valeurs, même parfois nos schémas relationnels et affectifs ainsi que notre sécurité intérieure. Tantôt égratignant, à d’autres moment percutant, tantôt sidérant et fracturant, parfois complètement déstructurant selon la puissance des intempéries qui jalonnent et bouleversent la vie.

Poursuivons donc ensemble notre chemin à la découverte du processus de résilience et arrêtons nous aujourd’hui brièvement sur le volet du psycho traumatisme. L’idée de ce second article est de vous partager un certain nombre d’informations afin que vous puissiez avoir une idée de comment cela se manifeste. Au vue de la complexité du sujet je ne peux pas aborder tous les angles et expressions traumatiques existantes. Vous trouverez cependant en complément de ce deuxième volet plusieurs références d’ouvrages et de vidéos rédigés par des experts pour approfondir si vous souhaitez aller plus loin.

Alors, suivez moi et commençons sans tarder…

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, de multiples situations sont susceptibles d’être vécues comme traumatisantes. Nous sommes tous un jour amenés à y être confrontés et à y faire face avec nos ressources, nos limites, nos capacités d’élaboration et de dépassement. Chaque personne réagit à sa façon. Quelqu’un pourra être fortement affecté par une épreuve alors que quelqu’un d’autre ne le sera pas. Il y a des facteurs individuels de force et de vulnérabilité qui entrent en ligne de compte et qui participent au modelage de la réaction de l’individu.

Cette expérience blessante, si elle ne dépasse pas la capacité d’intégration psychologique de la personne, est souvent à l’origine du développement psychique par le biais d’apprentissages permettant l’évolution la maturation et la croissance mentale. C’est le cas dans les  épreuves de séparation, de perte, d’échec, du quotidien, de moments de conflits qui, à travers leur dimensions traumatiques, permettent une croissance personnelle et un gain en expérience et en maturité .

Au delà des situations traumatiques « ordinaires » qui concourent au développement de la personne, le traumatisme peut être désorganisant et toxique. Dans ces cas là, les conséquences de la  blessure psychologique sont néfastes et bloquent la maturation personnelle car la violence du choc est telle, qu’elle fait disjoncter  les fonctions d’adaptation habituelles.

Une personne qui souffre de conséquences psycho traumatiques souffre de saignements hémorragiques psychologiques internes qui nécessitent des sutures via l’aide de professionnels. La plaie soudaine est parfois trop importante pour que les mécanismes d’intégration s’auto-régulent. Ainsi si la personne ne reçoit pas les soins adéquats, elle risque de développer des attitudes d’adaptation souffrantes protégeant dans son imaginaire l’intégrité de sa vie.

 

Définissons maintenant le traumatisme :

 

On      peut   donc  définir le traumatisme comme l’ensemble des mécanismes de sauvegarde d’ordre psychologique, physiologique et neurobiologique qui peuvent se mettre en place  à la suite d’un ou de plusieurs événements qui agressent ou menacent la vie d’un individu ou son intégrité, le confrontant à un vécu de mort imminente où il est dans l’incapacité d’agir. La personne y est exposée comme victime, témoin ou acteur, et est blessée dans son psychisme.

Dans le livre « Le Corps n’oublie rien » de Bassel Van der Kolk, l’auteur nous dit que « le traumatisme n’est pas juste un événement qui s’est produit dans le passé : c’est aussi l’empreinte que cette expérience a laissée sur l’esprit, le cerveau et le corps, une trace qui influence grandement la manière dont notre organisme s’y prend pour survivre dans le présent. » Nous allons donc voir comment cela se manifeste dans le quotidien de l’individu traumatisé. Pour cela distinguons déjà les deux types de traumatismes.

Traumatismes simples et traumatismes complexes :

  • Les traumatismes simples représentent un événement ponctuel et unique dans la vie d’un individu  tandis que
  • les traumatismes complexes sont caractérisés par une répétition d’événements traumatiques et une succession de violences multiples.

Les premiers exposent les personnes à un événement unique,  limité dans le temps, imprévisible et d’apparition brutale ; les seconds les soumettent à une violence durable, répétée, sans  surprise, voire prévisible ( les maltraitances dans l’enfance, les négligences émotionnelles, les carences affectives, les violences psychologiques, éducatives, conjugales, les champs de batailles..).

 

Quelles sont les conséquences de ces événements sur le cerveau ?

 

Voici un bref aperçu incomplet de ce qu’il se joue :

L’événement traumatique est responsable d’une blessure physiologique qui brise des connexions entre des neurones. Il s’en suit une modification de la structure du cerveau qui entraîne des changements dans les  comportements et dans la façon de penser.

Les zones touchées sont multi-niveau, du cerveau reptilien en passant par le cerveau limbique (émotionnel) au cortex préfontal.

Une hyperactivation de l’amygdale se met en place  (partie du cerveau qui est surtout impliquée dans la peur) et  inhibe l’hyppocampe.

Un dysfonctionnement naît également dans l’hippocampe  (rôle dans la mémorisation, la navigation spatiale ainsi que l’inhibition du comportement). Il va  mémoriser excessivement  les aspects émotionnels et sensoriels de l’expérience au détriment des détails.

Le cortex préfrontal qui habituellement assure le sentiment de soi, la représentation de soi, la conscience, et régule les émotions ne joue plus son rôle correctement. Il n’est en outre plus capable d’aller inhiber l’amygdale pour lui communiquer l’apaisement.

 

Et sur le plan clinique, comment cela se manifeste t’il ?

 

Selon les critères diagnostiques du DSM-5, les symptômes sont de quatre types :

  • Des reviviscences du traumatisme avec des pensées intrusives, des flash-back pouvant aller jusqu’à des phénomènes hallucinatoires et des cauchemars.
  • Un évitement des stimuli ou des situations qui rappellent l’événement pour ne pas déclencher la détresse engrammée par la personne.
  • Des altérations négatives qui persistent dans les pensées et l’humeur : notamment par une dissociation traumatique (dé-liaison des fonctions normalement intégrées  de la conscience, la mémoire, l’identité et la perception de l’environnement) parfois une amnésie de certains pans de l’événement traumatique, un clivage d’une partie de soi, un détachement de soi et des autres, des troubles de l’humeur, une atteinte de l’estime de soi, des croyances négatives à son égard, un vécu de honte toxique poussant la personne à s’isoler, et d’autres manifestations qui ont des impacts sur les dimensions de la vie de la personne ainsi que sur ses perceptions d’elle même, et des autres et du monde.
  • Une hyper-réactivité : avec une hypervigilance où la personne reste en alerte prête à être agressée à nouveau à chaque instant, une angoisse traumatique qui est la conséquence de l’impuissance ressentie et l’incapacité à s’adapter du fait de la violence du choc, de l’irritabilité, des troubles du sommeil par exemple..

On parle de stress post-traumatique lorsque le stress qui suit l’événement perdure au delà d’un mois après l’exposition. Parfois la réaction est différée dans le temps car refoulée et se déclenche plusieurs mois voire plusieurs années après.

Quoiqu’il en soit, si à la suite d’une difficulté, vous vivez une détresse qui ne s’apaise pas, que vous vous sentez en état d’alerte et que cela dure, que vous avez des reviviscences et des flash-back, que vous mettez en place des conduites d’évitement, je vous invite à demander une prise en charge auprès des professionnels de santé et un soutien par la relation d’aide.

 

Quelles en sont les conséquences et les répercussions ?

 

« Être traumatisé, c’est continuer à organiser sa vie comme si le traumatisme était toujours là, inchangé et immuable : chaque nouvelle rencontre, tout nouvel événement est contaminé par le passé. » (“Le Corps n oublie rien : Le cerveau l esprit et le corps dans la guérison du traumatisme” p. 79)

Ainsi selon la nature et les circonstances du traumatisme, s’il est simple ou complexe les répercussions dans la vie de la personne vont prendre des formes et des teintes différentes.

Si, par exemple, une personne a vécue de la maltraitance dans l’enfance et qu’elle a identifié l’autre comme non fiable et le monde comme étant potentiellement dangereux. Peut-être, va t’elle teinter inconsciemment sa lecture de l’expérience de la vie, selon la trajectoire qu’elle aura suivi, d’une méfiance excessive vis à vis l’autre. Qu’elle présentera un hyper-contrôle et une difficulté à être de ce fait en relation. Un autre personne maltraitée pourra développer une posture de soumission exagérée avec une peur panique de l’autorité.

Si la dimension traumatique est celle du couple, peut être que sa capacité à lier sera altérer pouvant s’exprimer de différentes façons, tant dans les choix du partenaire que dans le type de relation et le type d’engagement ou de non engagement.

Une personne qui a vécu une situation de harcèlement va peut être avoir facilement tendance à être sur la défensive et ne plus supporter la critique. Ou à l’inverse manquer complètement de confiance et se remettre en question sans arrêt.

Les possibilités sont multiples et circonstancielles à l’événement au contexte, aux ressources  aux expériences de vie de la personne et de comment celle ci est entourée ou pas.

Alors que faire ?

Entourez-vous, demandez de l’aide à des professionnels et surtout évitez l’isolement. Plusieurs approches thérapeutiques ont fait leurs preuves.  Il est important de prendre la dimension globale de l’impact traumatique sur le corps et l’esprit dans le processus de guérison en  suivant plusieurs directions thérapeutiques pour :

  • L’intégration des charges émotionnelles qui bloquent le processus de catharsis,
  • Mettre des mots sur ce qui vous est arrivé et être écouté par des professionnels

Une prise en charge thérapeutique via l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)  en hypnose et/ou en TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale) pour la dimension émotionnelle et cognitive.

Ajouter  une approche corporelle (le massage par exemple, le sport ou le yoga) pour renouer avec le corps qui reste en alerte et l’apaiser est complémentaire.

Un traitement médicamenteux pourra également vous être prescrit par un médecin psychiatre.

Évitez les conduites anesthésiantes à visée anxiolytique comme la prise d’alcool ou de toxiques. L’effet immédiat est apaisant mais ne soigne pas en profondeur la blessure que vous portez. Une fois les effets grisants et de détente passés, la douleur intérieure réapparaît à nouveau. Et cela peut très vite se transformer en addiction.

 

Zoomons un instant sur l’EMDR et ses déclinaisons :

 

L’emdr – eye mouvement desensitization and reprocessing acronyme anglais de désensibilisation et retraitement de l’information par le mouvement des yeux –  est une approche qui a été trouvé par Francine Shapiro, psychologue américaine en 1987. C’est un moyen de stimuler un mécanisme neuropsychologique complexe présent chez tout à chacun pour retraiter les vécus non digérés des personnes traumatisées.

La technique est simple, la personne se remémore l’expérience tout en bougeant les yeux et/ou en écoutant des sons . Cela permet au cerveau de réorganiser l’information et de la remémoriser décharger des émotions. Ce phénomène de mouvement rapide des yeux se retrouve dans le sommeil paradoxale qui est souvent altéré lors de traumas. Il y a des personnes qui sont plus réceptives que d’autres à la thérapie emdr.

 

Vous l’aurez donc compris, le traumatisme marque et laisse des traces profondes qui peuvent néanmoins s’estomper en étant aider. Voici donc pour la deuxième partie de cette série. Nous nous retrouverons en début d’année prochaine pour conclure autours de la résilience…

 


Pour aller plus loin :

 

 

Eugénie THEVENON

 


 


Biographie d’Eugénie THEVENON
Eugénie THEVENON , Infirmière en Santé Mentale depuis 2010, exerce dans différents services, notamment en centre de réinsertion psychosociale en santé mentale, en service d’admissions psychiatriques ainsi qu’aux urgences.
Elle intègre l’école de coaching Linkup Coaching (Accrédité EMCC Praticien Senior, European Quality Award – EQA) et obtient un Master 2 en se spécialisant en communication interpersonnelle à l’assertivité.
Elle poursuit ensuite sa route avec la PNL (programmation neuro linguistique) et obtient le titre de maître praticien (certifiée NLPNL et INLPTA).
Sur son chemin, Eugénie rencontre l’hypnose et se forme à l’Arche, école réputée de Kévin Finel. Elle complète sa caisse à outils avec de précieuses clefs, l’hypnose et aussi le RITMO (déclinaison de l’EMDR) de Lili Ruggieri.
Elle a également ouvert son cabinet Ter’Happy, qui a pour objectif d’aider les personnes à créer par eux même, grâce à leur ressources intérieures, le changement et l’apaisement auxquels ils aspirent.

 


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