Voyage au cœur de l’émotion…

Ce mois-ci, je vous propose un voyage un peu particulier, une vision éclairée sur ce qui fait de nous des êtres vivants, ce qui nous met en mouvement, teinte la vie d’une mélodie toute en couleur, nuancée d’un panel de notes faites de rebondissements. Commençons à apprivoiser le monde de l’émotion et affinons notre communication. Nous ne pouvons pas, ne pas communiquer (Paul Watzlawick) Le simple fait de ne pas communiquer est déjà communication puisque quelque part nous délivrons un message, celui de ne pas vouloir être en lien. Nous communiquons avec notre environnement et aussi avec nous même, par le dialogue interne que nous nous tenons et à travers les émotions que nous ressentons. Nous sommes des êtres sensibles, de sensations et d’émotions…

Avançons dans l’univers de l’émotion…

Une émotion est un état d’être interne subjectif et passager, d’intensité variable qui me donne une indication sur comment dans une situation donnée, je me sens. C’est une réponse physiologique. Elle se différencie du sentiment qui lui se prolonge dans la durée. Je vais percevoir une situation « S » à travers la représentation que je m’en fais, et mettre le focus ce qui est important pour moi à ce moment précis et ressentir des indications a travers mes émotions. Cela peut être en lien ou non avec une expérience passée. Les émotions, selon Daniel GOLEMAN, c’est un peu comme notre GPS intérieur, qui nous indique le chemin à suivre pour maintenir notre équilibre. Quand on s’écoute, qu’on sait les décoder, les accueillir, elles nous offrent des informations essentielles sur ce qui est important pour nous, et sur la manière de conserver notre intégrité psychologique (hors pathologie de l’émotion bien entendu). Les émotions permettent d’ajuster la relation, à soi, à l’autre, à son environnement.
  • La peur m’indique un danger réel ou imaginaire, elle m’informe sur le besoin sous-jacent d’être en sécurité. Je vais donc poser des actions pour me sentir protéger.
  • La tristesse me révèle la perte de quelque chose d’important pour moi. Elle m’invite à revenir sur moi, à remettre un lien de qualité avec moi et /ou l’autre.
  • La colère me signale un manque de respect, un désaccord entre la réalité extérieure et ma réalité intérieure. Entre ce que je veux et ce qui est. C’est une énergie de changement. Mon besoin va donc être celui de faire respecter ce qui est important pour moi. Je vais donc mettre un cadre des limites.
  • Le dégoût porte le message de nocivité, de toxicité. C’est un trop plein. Il est facile de s’imaginer pendant une période de festivité, faire quelques excès et se sentir mal ensuite. Le fait d’être malade est la réaction extrême de dégoût que le corps exprime lors d’excès. C’est un indicateur pour prendre de la distance avec l’objet. J’en ai assez
  • La joie m’informe que je suis en phase avec ce qu’il se passe sur le moment, c’est bon pour moi, je suis dans la bonne direction.
  Illustrons à partir d’un exemple : Nous sommes invités mon ami et moi à passer la soirée chez des amis. J’ai une journée importante le lendemain, je présente un projet qui me tient à cœur dans le cadre professionnel. J’ai besoin et envie d’être en forme afin mettre toutes les chances de mon côté pour être convaincante. Nous nous mettons d’accord avant d’arriver sur une heure de départ. La soirée se passe, je m’amuse mon conjoint aussi et viens l’heure de partir. Je marque un temps d’arrêt, j’observe la scène et constate que mon ami prend du plaisir. Un peu confuse de lui couper sa soirée, je décide d’attendre. Dix minutes après l’heure convenue, je sens à l’intérieur de moi une sensation désagréable que j’identifie comme étant de l’agacement. Grrr je commence à me sentir tendue. Qu’est-ce que cela m’indique ? Pourquoi tout à coup je me sens mal, tendue, avec comme une petite envie de « mordre » qui apparaît ? Ce ressenti me rappelle ce qui est important pour moi. Ma journée de demain, l’heure à laquelle j’ai décidé de rentrer pour être en forme. Devant moi, plusieurs options se dessinent. Je peux respecter mon besoin et choisir de rentrer en acceptant que le besoin de mon conjoint ( si c’est le sien) soit de continuer à prendre du plaisir. A ce moment-là, la tension naissante va alors être apaisée. J’ai su m’écouter et prendre en compte ce qui est important pour moi. Je peux choisir de me « suradapter » et continuer à rester en faisant comme si de rien n’était… Que pensez-vous qu’il va se produire ? Ma petite envie de mordre va croître au fur et à mesure que je m’éloigne de mon besoin. C’est un peu comme si vous allumiez un briquet et laissiez votre main au-dessus en faisant « comme si de rien », et même pas mal… Votre corps vous dit « hey oh ça brûle ! » Votre réaction première est de retirer votre main, et vous avez choisi de vous « adapter » sans tenir compte du besoin d’intégrité de votre corps physique. Si vous continuez ce jeu, vous allez finir avec une belle cloque. Revenons-en à notre exemple. Si je choisis de ne rien dire, mon niveau de colère va continuer à augmenter. Normal, je n’ai pas écouté ce qui est important pour moi. Je vais monter en tension, en énervement cela peut aller jusqu’à la haine, enclencher de la violence. Une dispute orageuse… Plus je nie mes besoins et plus mon corps me l’indique. Ceci favorise l’entrer dans un processus de victimisation, je risque d’accuser mon conjoint de l’inconfort que je ressens à l’intérieur, le tenir responsable de mes maux, et faire de lui le méchant… alors qu’au final, c’est moi qui n’ai pas écouté et peut être pas compris le sens de mes sensations.  

Elargissons ce champ de vision, aux situations quotidiennes de travail du manager

Imaginez-vous que chacun ait une représentation de ce qu’est la perfection dans la réalisation d’un dossier. Que le manager au retour du travail de son collaborateur ne soit pas satisfait du rendu. Il peut ressentir de la colère, puisque le résultat attendu est différent de celui qu’il s’était imaginé. Cela lui indique qu’un réajustement est à effectuer. Il est cependant le seul responsable de son émotion de colère qui lui délivre le message d’un écart entre le réel présent et son réel imaginé. Le travail achevé est à l’image de la représentation que se faisait le collaborateur des attentes du manager. Chaque individu perçoit le monde a travers ses propre filtres. Vous comprenez sans doute la nécessité de communiquer de manière précise sur ses attentes. Le manager a donc le choix de réagir à sa colère, d’accuser son collaborateur de mauvais travail. Il peut aussi la transformer en prenant en compte le message qu’elle lui indique et co-construire dans la créativité avec son collaborateur. L’émotion est un joyau qui cache un message important. Elle me dévoile un besoin auquel répondre pour être en équilibre.

Allons encore un peu plus loin…

Derrière tout point de vue se cache une émotion. La personne en défendant ses idées défend le ressentis de la représentation qu’elle voit et entend des choses. Parce que ce qu’elle ressent, ses émotions, c’est vrai ! Subjectif certes et vrai ! Autant de ressentis que de personnes. 7 milliards d’individus me direz-vous, imaginez toute cette palette de possibles, les nuances de couleurs, les dégradés, les teintes… L’accueil des émotions est la première étape dans la création d’une communication de qualité. Puisque quoi qu’il arrive chaque personne à raison pour elle. Faite le test avec un ami. Regardez une œuvre d’art, écoutez une composition de musique et partagez vos point de vue vos ressentis… Qui a raison ? Qui a tort ? Si j’aime le bleu, je vais m’attarder sur le bleu. Si vous préférez le jaune, vous focaliserez votre attention sur le jaune et me direz sans doute que « Waouh ! Le jaune c’est ce qu’il y a de mieux. » Et c’est vrai, seulement pour vous…. à travers vos goûts et ce que cela vous entraîne à ressentir….   Et alors comment réagir face à une émotion ?
  • Accueillir : ok je ressens ça, j’accepte l’émotion, de toute façon elle est, elle existe…
  • Questionner : qu’est-ce que cela m’indique d’important pour moi ? Derrière chaque émotion se cache un besoin….
  • Choisir des actions : ok j’ai identifié mon besoin, quelles actions je peux poser pour y répondre et le satisfaire en étant respectueux de moi et des autres…
  • Communiquer : j’ai besoin de …. Je décide de…
  • Mettre en action : mon ventre gargouille, j’ai faim, je mange…

Amusez-vous à pratiquer, et observez les résultats…

En savoir plus : Ilios Kotsou, « Intelligence émotionnelle et management : Comprendre et utiliser la force des émotions » Doctorant en psychologie à l’Université Libre de Bruxelles, , formé à l’approche de Palo Alto et à la mindfulness (MBSR et MBCT) Goleman, D. (1999). L’intelligence émotionnelle: Comment transformer ses émotions en intelligence. Paris: Robert Laffont.

Un commentaire sur “Voyage au cœur de l’émotion…

  1. L’intelligence émotionnelle est désormais reconnue dans les entreprises. Auparavant seule l’intelligence du QI était reconnue comme étant une véritable compétence. Désormais, l’intelligence émotionnelle devient une vraie compétence, notamment dans le cadre du management.
    Un manager doit pouvoir être à la fous ouvert et empathique pour pouvoir gérer au mieux ses équipes et développer ses équipes. Par ailleurs, un manager sera plus fort s’il se connaît lui-même, s’il sait ressentir ses émotions, les exprimer et y faire face, voire les utiliser. Ce n’est pas courant dans notre éducation « Sois fport », mais la PNL et la méditation permettent de s’exercer et de s’ouvrir avec la pratique.

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