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La « médiation » : que sais-je ? La Professeure Michèle GUILLAUME HOFNUNG nous en parle dans son dernier ouvrage de référence.

Article introductif de l’ouvrage « La Médiation » Que sais je ? (PUF. 8ème édition 2020) publié par notre experte, la Professeure Michèle GUILLAUME-HOFNUNG , docteure en Droit, experte à l’UNESCO, experte à l’Union Européenne et au Conseil de l’Europe, fondatrice de  l’Institut de la Médiation Guillaume Hofnung), formatrice & consultante en médiation et en éthique et auteure 

Nous avons reçu l’aimable autorisation officielle de la maison d’édition des Presses Universitaires de France, collection Que sais-je ?, pour sa mise en ligne sur la plateforme interdisciplinaire de référence ManagerSante.com.

N°19, Janvier 2023

L’ancienneté de la médiation explique sa présence constante dans l’histoire de la pensée humaine. Elle constitue un concept majeur, qui figure dans tous les dictionnaires de philosophie. Elle prend aujourd’hui une importance sociale qui la renouvelle complètement et rend urgent un effort théorique sérieux. Avec le recul, quarante ans après le début de la « décennie de la médiation »[1], la perception de l’originalité profonde de la médiation contemporaine impose pour se consolider d’utiles mises à jour. 

On l’a parfois apparentée à tort à des modes de régulation existant de longue date dans les sociétés traditionnelles, qui pourtant en diffèrent par des aspects essentiels [2]. Exercés le plus souvent par des notables, ils reposent sur des systèmes  internes de pouvoir. La mission de pacification entre les paroissiens, confiée aux clercs par les évêques de l’ancienne France ou les palabres d’Afrique [3] illustrent bien cette régulation par l’autorité sociale interne. Or, la médiation contemporaine repose sur le tiers extérieur, sinon on doit parler de conciliation. Les modes traditionnels étaient comme distillés naturellement par le groupe et revenaient naturellement aux chefs sociaux, à la différence de la médiation contemporaine qui se signale par son caractère délibérée et hors pouvoir.

 

L’actualité du sujet se manifeste par l’utilisation à tout propos du terme « médiation ». Ce foisonnement s’il reflète le besoin vital de médiation, rend urgent de préciser sa définition, son champ théorique et pratique, ainsi que la problématique de son insertion institutionnelle dans une société qu’elle reflète et qu’elle peut modifier.

La méthode inductive s’impose. La première partie proposera sous forme d’enquête phénoménologique un inventaire non sélectif des expériences  se réclamant, même abusivement, de la médiation ou assimilées à elle. Leur insertion dans ce tableau cautionne en rien l’utilisation du terme « médiation » à leur propos, en attendant un éclaircissement qui viendra en seconde partie. Il faut une définition suffisamment rigoureuse pour rompre avec le syncrétisme qui menace la médiation, mais suffisamment large pour ne pas la tronquer ou la scléroser. La présentation de pistes relatives à son régime juridique, son institutionnalisation en rapport avec la société civile mais aussi avec d’autres modes de régulation (dont la justice et l’administration), consolidera sa cohérence. Au primat de l’urgence pratique qui a prévalu jusque dans les années 1999-2000, qui consistait à opposer aux vigilances terminologiques un supposé réalisme (« peu importe le mot utilisé, conciliation, médiation, ce qui compte c’est de faire »), a enfin succédé à une phase de primat de l’urgence théorique. Elle a abouti à l’élaboration d’un seuil minimal d’intelligibilité conceptuelle, qui devrait permettre sa survie. Le rapport « célérité et qualité de la justice, la médiation une autre voie » issu du troupe de travail sur la médiation, installé par le premier président de la cour d’appel de Paris le 11 février 2008, appuie la préconisation de « bien nommer pour bien faire ». Malgré ces acquis encourageants, l’exigence théorique demeure vitale pour deux séries de raisons au moins : 

  • la persistance de stratégies d’instrumentalisation et de contrefaçon captant l’image positive de la médiation. Les pouvoirs publics et les entreprises mettent, à peu de frais, leurs conciliateurs en atours de médiateurs ;
  • l’absence de capitalisation des efforts conceptuels antérieurs qu’alimentent de bonne foi ceux qui, quarante ans après ses débuts, découvrent la médiation avec enthousiasme, mais aussi avec un total manque de rigueur, de vigilance et de modestie, et qui utilisent le terme sans vérifier sa justification. Le temps que ces ardents propagateurs de ce qu’ils pensent être de la médiation prennent conscience de leur erreur, ils ont nourri la propagation de sa contrefaçon. Deux syndromes frappent nos contemporains quand ils abordent la médiation. Dans le « syndrome de M. Jourdain », ils pensent faire de la médiation, comme lui faisait de la prose : sans le savoir. Dans le « syndrome du médiateur naturel », ils pensent tirer de leur statut personnel ou professionnel une posture innée de médiateur. Les utilisateurs intempestifs du terme ne perçoivent pas l’urgence de l’effort théorique. Ils manifestent  souvent le scepticisme immodeste des praticiens pour qui l’action prime la réflexion. La réflexion n’engendrerait que retard et impuissance dans un domaine où il faudrait parer au plus pressé et innover à tout prix. On ne pourra éviter d’évoquer les danger que la négligence terminologique fait courir à la médiation, mais aussi aux personnes qui y recourent et à la justice elle-même. 

 

L’évolution depuis la précédente édition nourrit des craintes et des espoirs : 

  • les craintes. Les pouvoirs publics multiplient les dispositifs qui utilisent abusivement le terme médiation. Même la suppression de la Médiateure de la République qui pratiquait en réalité de la conciliation institutionnellement assistée n’a rien changé. Ses services continuent à afficher une activité de médiation. L’inconvénient de telles contrefaçons labellisées par l’Etat est double. Leur inévitable échec risque de discréditer la médiation. Il encourage d’autres acteurs à mésuser du terme médiation ;
  • les espoirs. Ils viennent surtout de la capacité dont les médiateurs ont fait preuve pour surmonter leurs divergences pour élaborer le Code national de déontologie de 2009 et de rallier à une définition commune de la médiation. 

[1] J.-F. Six, Le Temps des médiateurs, Seuil, 1990.

[2] F. Ben Mrad, « Médiation et régulations négociées », in Penser la médiation, L’Harmattan, 2008.

[3] J.-G. Bidima, La Palabre, Michalon, 1997.

Nous remercions vivement la Professeure Michèle GUILLAUME-HOFNUNG , docteure en Droit, experte à l’UNESCO, experte à l’Union Européenne et au Conseil de l’Europe, fondatrice de  l’Institut de la Médiation Guillaume Hofnung), formatrice & consultante en médiation et en éthique et auteure de l’ouvrage « La Médiation » Que sais je ? (PUF. 7ème édition du 28 Janvier 2015).

Elle propose de partager son expertise juridique pour nos fidèles lecteurs de www.managersante.com

Biographie de l'auteure : 

Michèle GUILLAUME-HOFNUNG est Docteure en droit, Professeure émérite de droit public à l’Université Paris-Sud où elle a dirigé le Collège d’Etudes Interdisciplinaires, le Master Diplomatie & Négociation Stratégique) et le 3ème cycle de droit de la santé.
Elle a créé le diplôme « La médiation » à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas.
Elle est également Conférencière, Consultante, Formatrice et Experte en médiation et en éthique. Elle est auteure de nombreux articles et d’un ouvrage sur la « médiation » aux éditions PUF (7ème édition en 2015).
Elle est fondatrice de l’Institut de la Médiation Guillaume Hofnung (IMGH) qui propose des formations et des médiations.
Elle est aussi Directrice du CERB (Centre d’Etude et de Recherche en Santé Publique et en Bioéthique). Dans le champ de la médiation, Michèle GUILLAUME-HOFNUNG a participé à la création en 1987 de la première formation de médiation en Europe. Elle est Présidente de l’Union Professionnelle Indépendante des Médiateurs et est présidente d’honneur de l’association des médiateurs diplômés de Paris 2 Panthéon-Assa (MDPA).
Dans le domaine de l’éthique, elle a apporté sa contribution à la création en 1989 des premiers diplômes d’éthique médicale à l’Université de Paris V. Elle apporte son expertise dans la gestion des ressources humaines par la communication éthique. Michèle GUILLAUME-HOFNUNG est également Vice-présidente de l’Académie de l’éthique.
Elle a été vice-présidente du comité éthique et droits de l’Homme de la Commission Nationale française pour l’Unesco entre 1995 et 2010 (en qualité d’Experte en éthique de l’Unesco, Experte en éthique de l’Union Européenne).
Elle a participé à l’accompagnement des politiques publiques dans le domaine de la médiation auprès de plusieurs ministères et diverses organisations internationales.
Son institut de médiation l’IMGH est partenaire d‘Universités, Grandes Ecoles, entreprises, hôpitaux, collectivités territoriales, associations interculturelles.
Michèle GUILLAUME-HOFNUNG s’est impliquée depuis de nombreuses années à l’internationale sur les questions liées à la médiation à travers plusieurs missions au Conseil de l’Europe, l’Union européenne et l’Unesco.
Ouvrages de l’auteure  :
Qu’il s’agisse du Diplôme d’Université (DU) « La médiation » de l’université Panthéon-Assas Paris-2, pris comme modèle de tronc commun par le Conseil national consultatif de la médiation familiale (CNCMF), ou des enseignements que l’IMGH (Institut de la Médiation Guillaume Hofnung) assure à la demande des établissements de santé, les contenus fondamentaux demeurent.
Le socle de principes consiste à :
  • présenter, analyser et justifier la définition de la médiation, en soulignant l’importance de ses quatre fonctions et de son unité ;
  • former au processus de communication éthique, maïeutique reposant sur l’autonomie et la responsabilité des «médiés » ;
  • poser le cadre de la médiation, du respect de l’ordre public ;
  • apprendre à respecter en toutes circonstances la confidentialité qui justifie la confiance sans laquelle la médiation n’existe pas.
La formation intègre également : « un axe sociologique (évaluer les besoins, les obstacles, les contre indications), » un axe psychologique (travailler sur soi-même pour être et rester tiers, fonctionner sans pouvoir, rechercher l’impartialité, écouter, reformuler, intégrer les éléments de psychologie, d’analyse transactionnelle, de programmation neurolinguistique), »un axe juridique (connaître les règles d’ordre public, la hiérarchie des règles de droit, la déontologie ; savoir passer le relais aux professionnels du droit), »un axe pratique (jeux de rôles reprenant des situations vécues par les enseignants ou les personnes en formation).

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