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Peut-on réinventer la formation « Cadre de Santé » en 2022 ? Nadia PEOC’H présente un parcours innovant orienté sur le « Management en Santé » combiné au Master Santé Publique de l’Université Toulouse 3 (Partie 1/2)

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Article rédigé par notre nouvelle  experte, Nadia PEOC’H, Directrice des soins, Institut de Formation des Cadres de Santé, Ecole d’Infirmiers de Bloc Opératoire, Ecole d’Infirmiers Anesthésistes, Pôle Régional d’Enseignement et de Formation aux Métiers de la Santé, CHU de Toulouse, France.

Elle est Docteur en Sciences de l’Education et de la Formation, qualifiée aux fonctions de Maîtres de Conférences en Sciences Infirmières (CNU, Section 92).

Nadia PEOC’H est co-Coordinatrice pédagogique du DE-IPA, Faculté de Médecine de RangueiL, Université Paul Sabatier, Toulouse III, France.

Elle est également auteure et co-auteure de plusieurs articles et ouvrages professionnels et scientifiques.

En 2021, elle a apporté sa contribution en qualité de  co-auteure d’un chapitre de l’ouvrage collectif de référence publié depuis le 04 Octobre 2021, sous la direction de Jean-Luc STANISLAS  chez LEH Edition, intitulé « Innovations & management des structures de santé en France : accompagner la transformation de l’offre de soins » .

 

N°03, Février 2022

Notre capacité à innover, à trouver les solutions dans l’immédiateté et la contingence des situations s’est avérée un accélérateur primordial dans l’histoire des soins, de l’approche clinique, du management et de la recherche pendant la pandémie de la COVID-19.

Une crise fait apparaitre les vulnérabilités mais aussi les ressources d’un territoire pour construire, réinventer le champ des possibles, le « monde d’après », plus favorable à l’humain et à sa place dans l’environnement. L’évolution de la médecine et des techniques, la prévalence des maladies chroniques, la nécessité d’aller vers et de travailler en réseau pour améliorer le parcours de soin, de santé et de vie des patients amènent les managers à faire émerger de nouveaux acteurs et de nouveaux métiers axés autour de la coordination du parcours patient dans et hors les murs de l’hôpital.

Aujourd’hui, le management s’entrevoit dans l’articulation de 3 orientations :

  • L’animation et la coordination du réseau dont la visée est l’homogénéisation et l’encadrement des pratiques médico-soignantes pour accompagner les professionnels de santé à concilier les actes cliniques, le management d’équipe et l’animation du réseau au sein d’un territoire.
  • Une démocratie en santé affirmée : des citoyens-patients devenant des acteurs de santé co-partenaire au sein du réseau socio-technique.
  • Un Projet de Gouvernance Clinique Territoriale : le partage d’une culture de la performance au service des malades, enjeu managérial de demain.

 

Quel que soit le lieu d’exercice, le projet portant création d’un Master Santé Publique, Parcours « Cadre de Santé – Orientation Management en Santé » a pour ambition de former des cadres de santé dont l’exercice professionnel s’inscrit au sein d’un monde social compliqué, au sein d’organisations complexes où différentes logiques se côtoient (logique de soins versus logique économique ; logique individuelle versus logique collective ; logique d’une approche progressiste versus logique d’une approche conservatrice…). Dans un système contraint, face aux mutations de notre système de santé, à l’accélération des rythmes de travail, à la montée des exigences en termes de qualité et sécurité des soins, il convient de proposer un dispositif de formation et une offre de professionnalisation (Wittorski, 2007) centré sur l’acquisition des compétences et des capabilités dignes de ces défis.

Au commencement était l’expérimentation

La notion d’expérimentation possède un caractère universel au sein du milieu scientifique. Elle occupe une place privilégiée en tant que concept opératoire pour la philosophie et l’enseignement. Pour comprendre la notion d’expérimentation, un détour par les origines de ce terme est nécessaire. Les termes « expérimenter » et « expérience » apparaissent dès la fin du XIIIème siècle. Le verbe « expérimenter » est un emprunt au latin experiri, « faire l’essai de ». La notion d’expérience trouve son origine dans une double acception étymologique. Du latin experientia, « épreuve, essai, tentative, connaissance acquise de la pratique » et experimentum, « provocation d’un phénomène afin de l’étudier ». Dès leurs origines, ces deux termes décrivent des épreuves et des procédures d’enrichissement de la connaissance.

A partir du XVIIème siècle et de la révolution scientifique, l’« expérience » sera de plus en plus étroitement associée au domaine des sciences, où elle trouve un sens proche d’experimentum en tant qu’intervention et démonstration (Licoppe, 1996).

La notion d’expérimentation, initialement réservée au domaine des sciences expérimentales, est employée aujourd’hui pour qualifier des pratiques socio-politiques. La mobilisation de l’expérimentation permet au législateur et aux pouvoirs publics de définir le périmètre assigné à ce nouvel instrument à finalités multiples. L’expérimentation pédagogique en tant que pratique institutionnelle reconnue, encourage la créativité pédagogique et la création de dispositif de formation favorisant la réussite éducative en accompagnant le changement.

Le 14 mars 2018, Madame Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé et Madame Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont créé le Comité de suivi du processus d’universitarisation des formations en santé. L’objectif étant d’impulser une nouvelle dynamique pour que l’universitarisation devienne opérationnelle dans l’ensemble des formations et territoires dès les rentrées 2018 et 2019. Parmi les 5 objectifs prioritaires ayant fait l’objet d’un premier travail de concertation et d’expertise, l’un d’entre eux portait sur le lancement d’une réflexion sur les référentiels incluant des temps de formation communs à plusieurs filières de formation en santé.

Il convient alors d’ « essayer », de « mettre à l’épreuve », de « proposer » sous réserve de l’autorisation préalable des autorités académiques un projet d’expérimentation pour 5 ans[1] en favorisant la transversalité des formations en santé, à travers la mise en place d’enseignements communs et l’accès à la recherche, l’interdisciplinarité, l’utilisation des outils et ressources numériques avec la formation digitale, la coopération avec les partenaires du système éducatif, les échanges ou le jumelage avec des universités dans l’espace européen et international.

Propos liminaires, la genèse du projet

« La vie est courte, la science interminable, l’opportunité fugace, l’expérimentation faillible, le jugement difficile. Il faut non seulement faire soi-même ce qui convient, mais encore faire que le malade, les assistants et les choses extérieures y concourent» Hippocrate

« Il faut faire soi-même ce qu’il convient ». L’expérimentation n’est pas une science exacte. Une science de l’énonçable. Dans le cadre du dispositif d’expérimentation de l’Article 1 de la LOI n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé (STSS), l’Institut de Formation des Cadres de Santé du Pôle Régional d’Enseignement et de Formation aux Métiers de la Santé du CHU de Toulouse en co-partenariat avec l’Université Paul Sabatier, la faculté de Médecine et le Département d’Epidémiologie, Economie de la santé et Santé Publique a fait le choix de créer une nouvelle formation à titre expérimental par la création d’un parcours « Cadre de Santé – Orientation Management en Santé » au sein de la Mention de Master Santé Publique, Université Toulouse 3.

L’engagement est pris. Il s’inscrit dans une éthique vive et pragmatique reposant sur le pilier de la connaissance, de l’action et de la relation de « soin juste » à la personne singulière malade à savoir le regard clinique authentique qui est « ce battement régulier de la parole et du regard » (Foucault, 1963) car il n’y a de vérité dans le management des hommes au sein des organisations que sous ce double regard : celui qui voit et qui entend. Car penser le soin, le management et la formation ne consiste pas à assimiler des théories et des concepts. C’est à contrario s’inscrire dans une vigilance critique et un questionnement de ces conceptions fondées sur la pratique.

« Il faut non seulement faire soi-même ce qui convient, mais encore faire que le malade, les assistants et les choses extérieures y concourent » nous rappelle Hippocrate. Sur la base des évolutions en santé et dans nos organisations sanitaires et médico-sociales, le questionnement éthique et pragmatique de l’expérimentation est évoqué en termes de qualité, sécurité et efficience de la formation pour des soins justes et conformes dans un management qui ne se pare pas d’illusions mais au contraire de réalisme, de vigilance éthique et de professionnalisme.

« Le monde nous forme et nous formons le monde » (Honoré, 2001). Dans cette coexistence et cette co-appartenance, la création d’une formation au management dans un cadre expérimental s’entend dans cette démarche d’« aller vers » :

  • La démarche de santé comme manière de concevoir la santé comme mission essentielle de nos sociétés dans sa mission ontologique visant le bien-être de l’être social et des groupes.
  • La démarche de projet dans sa manière d’agir, de décider, de proposer afin que le projet soit porteur de sens.
  • La démarche stratégique comme manière d’anticiper, en repérant les enjeux et les atouts d’une telle expérimentation.

Pour s’adapter aux exigences actuelles dans le champ du management et de la formation, le comité de pilotage est parti du postulat qu’il fallait faire évoluer la formation cadre de santé (décret n° 95-926 du 18 Août 1995 portant création d’un diplôme de cadre de santé) en se projetant dans l’exercice professionnel du cadre de santé de demain, à savoir l’élaboration d’une offre de formation qui tient compte des nouveaux modes de prises en charge des patients et d’un contexte en mutation (Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé ; organisation de l’exercice professionnel au sein de groupements hospitaliers de territoires (GHT) avec les parcours de soins, de santé et de vie des patients dans toutes les dimensions sanitaire, médico-sociale et sociale ; la place du patient partenaire en tant que patient ressource, formateur et chercheur ; la forte demande de nouvelles méthodes managériales avec la LOI n° 2021-502 du 26 avril 2021 visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification ; la préoccupation croissante vis-à-vis de la qualité de vie au travail ; prévention des risques psycho-sociaux ; l’universitarisation des formations paramédicales et innovations pédagogiques (serious game ; simulation ; escape game ; Le K-lab (Knowledge Lab) ou l’apprentissage en faisant « learning by doing »), la recherche.

Plus récemment encore, l’adoption au Conseil des ministres du 30 octobre 2019,  d’un décret (Décret n° 2019-1107 du 30 octobre 2019 modifiant le décret n° 87-31 du 20 janvier 1987 relatif au Conseil national des universités pour les disciplines médicales, odontologiques et pharmaceutiques) qui ouvre la voie à la création de trois sections de qualification du Conseil National des Universités en sciences infirmières (CNU 92), en maïeutique (CNU 90), en sciences de la rééducation et de la réadaptation (CNU 91) a une double portée : elle vaut reconnaissance institutionnelle pour les champs de recherche concernés et elle potentialise l’intervention de l’Université en matière de formation paramédicale. S’inscrire dans cette double approche, la recherche et la pédagogie d’une part, l’organisation et le management d’autre part est une des clés de l’intégration universitaire.

La Création du parcours « Cadre de Santé – Orientation Management en Santé » répond à cette exigence d’une Intégration Pédagogique Universitaire entre l’université et l’IFCS avec une rénovation dans le cadre de l’expérimentation d’un dispositif de formation contemporain, actualisé répondant à ce paysage en mutation et aux nouvelles exigences de l’exercice professionnel du Cadre de santé. Ce parcours innovant repose sur :

  • L’acquisition de compétences transversales : concepts en management stratégique, pratiques managériales, gestion des services de santé, gestion des problèmes juridiques des établissements de soins, sciences sociales de la santé, santé travail.
  • L’acquisition de compétences spécifiques permettant la réalisation d’activités telles que : l’analyse d’une organisation sanitaire ou médico-sociale afin d’élaborer un diagnostic et définir un plan stratégique ; la conception et la mise en œuvre d’outils de pilotage des institutions et services de santé ; la mobilisation et la mise en œuvre des outils de la qualité et gestion des risques ? ; l’accompagnement du changement dans une organisation ; l’évaluation de la performance d’un dispositif mis en place ; la conduite ou l’accompagnement d’un projet ; le positionnement de son rôle et de sa mission au sein d’une organisation.
  • La mobilisation d’activités et de blocs de compétences spécifiques à l’agir professionnel de Cadre de santé dans un double exercice professionnel (en fonction du projet professionnel de l’étudiant) : cadre de santé encadrant un secteur de soins et cadre de santé en formation et ingénierie de la formation aux soins.

L’innovation de cette expérimentation réside dans le fait que la formation des cadres de santé est réalisée avec une ingénierie pédagogique réactualisée par blocs de compétences.

Il s’agit d’un nouveau cursus avec la visée d’une double expertise, en santé publique d’une part, avec la compréhension du système de santé dans un environnement en évolution constante. En management et gestion d’autres part, avec l’apport de connaissances de l’organisation et du fonctionnement du système de santé, de savoir-faire, de savoir-être, de pratiques managériales nécessaires au pilotage d’une institution, d’un service.

Dans cette approche, il s’agit de promouvoir le changement par l’évolution d’une formation sur un modèle juxtaposé et associé (Formation cadre de santé et convention de partenariat avec une Université) vers un modèle intégré (une formation maillée étroitement avec des enseignements intégratifs et mutualisés).

  • Le « modèle juxtaposé et associé » : fait cohabiter deux lieux de formation (IFCS et Université), deux systèmes d’informations distincts sans véritable articulation pédagogique directe.
  • Le « modèle intégré » : ce changement repose sur une structure organisationnelle ayant établi les modes de collaboration et de coopération et défini les frontières, l’interaction et l’interdépendance des établissements, des organisations et des organismes impliqués au sein même de l’université et de la formation professionnelle.

De quelle intégration universitaire parle-t-on ?

La première université, celle qu’on appelle la « mère nourricière des études », Alma Mater studiorum, naît à Bologne à la fin du XIe siècle plus précisément en 1088, quand des maîtres de grammaire, de rhétorique et de dialectique (les arts libéraux du trivium hérité de l’Antiquité)[2] entreprennent de s’intéresser au droit canon. La date de 1088 retenue traditionnellement correspond à cette première rupture avec l’école cathédrale, soumise à l’autorité ecclésiastique (l’autorité dirigeante de l’Église) concernant le gouvernement d’une organisation ou d’une église chrétienne et de ses membres. Bouleversant la transmission du savoir jusque-là entièrement soumis à l’autorité biblique, le droit romain est l’affaire de commentateurs privés, liés contractuellement à leurs étudiants, avec qui ils forment une société indépendante : universitas.

La seconde université, celle de Paris, a été créée au XIII siècle autour de la théologie. Certaines universités, comme Salerne et Montpellier, sont nées de la transmission des savoirs médicaux. Ainsi les écoles de médecine de Montpellier existaient depuis fort longtemps quand fut créée la faculté de médecine qui alors constitua à elle seule l’université. Quant à l’université de Paris, on pourrait faire remonter ses débuts probablement jusqu’à Charlemagne. Les premières universités avaient une dimension professionnelle réelle. Pour Bourdoncle (1994 ; 2007), l’université se distingue de la transmission de savoirs de métiers selon une division qui différencient « les savoirs du corps et de l’action et ceux des mots et des écrits », selon une partition les savoirs incorporés dans des gestes que l’on imite versus les savoirs professés mis en mot et transmis oralement et par écrit.

Cette succincte évocation laisse entrevoir la complexité des liens entre les activités professionnelles et l’université. La notion d’« universitarisation », appliquée ici aux formations en santé et aux institutions et écoles professionnelles qui les délivrent, désigne le processus qui les rend universitaires alors qu’elles existaient auparavant ailleurs qu’à l’université. Pour Bourdoncle (2007), il y a universitarisation « lorsque les institutions de transmission des savoirs d’un secteur professionnel, ces savoirs eux-mêmes et les formateurs qui les transmettent se trouvent en quelque sorte absorbés par l’université ».

Précisons chacun des trois aspects de la réflexion :

  • Les structures : rapprochement structurel et institutionnel ? : Les institutions de formation d’origine disparaissent ou sont profondément transformées au profit des structures universitaires habituelles et de leurs modes ordinaires de fonctionnement.
  • Les savoirs : disciplinarisation des savoirs. Les savoirs professionnels y sont désormais non seulement transmis, mais aussi créés et accumulés selon les règles particulières de l’université faisant une large place à l’activité de recherche.
  • Les statuts : formateurs et enseignants-chercheurs. Les personnels de formation eux-mêmes se voient confrontés à un nouveau statut dominant, celui d’enseignant-chercheur, qui exige, pour y accéder, un doctorat.

Les instituts et écoles de formation devront passer une convention avec l’université et le conseil régional pour déterminer les modalités de participation de l’université à la formation. Le cadre de ce rapprochement avec une université peut prendre la forme [3] :

  • D’une intégration pédagogique (cursus, outils ou locaux)
  • D’une intégration fonctionnelle (création d’un département de formation au sein d’une UFR)
  • D’une intégration structurelle organique (composante de l’université sous la forme d’UFR)

Le Master de Santé Publique parcours « Cadre de Santé – Orientation Management en Santé » s’inscrit dans le modèle d’une intégration pédagogique. Limitée à 5 ans à compter de la rentrée 2021, cette expérimentation prendra fin en 2026. Il nous appartiendra chaque année d’adresser aux Ministres chargés de la Solidarité et de la Santé et de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) l’évaluation n-1 de ce nouveau cursus de formation intégratif.

Conclusion provisoire :

Toute provisoire qu’elle soit, cette conclusion clôt hic et nunc la réflexion portée par les questions soulevées autour des apports réflexifs et théoriques des notions d’expérimentation et d’universitarisation.  

Il a été question dans les trois paragraphes précédents de cette première PARTIE du soin, de la formation et du management dans les aspects de la conduite de l’action, à savoir l’expérimentation en tant qu’encouragement à la créativité pédagogique visant à la création d’une offre de formation nouvelle.

Cette création du parcours « Cadre de Santé – Orientation Management en Santé » au sein de la Mention de Master Santé Publique, Université Toulouse 3 avec l’institut de Formation des Cadres de Santé (IFCS) du CHU de Toulouse trouve son ancrage dans l’historicité sociale et la valeur pionnière de cet institut de formation.

Il nous faut maintenant éprouver ce dialogue entre l’ancien et le nouveau, relier le présent au futur dans une mise en perspective. Car il n’y a pas de hasard. « L’Ecole des cadres infirmiers de Toulouse ouvre en février 1960. Elle est la seconde école ouverte en France après celle de la Croix-Rouge à recevoir l’agrément ministériel. La directrice est Melle Revol. La première monitrice Mme Verdun. La première promotion comprend 10 élèves : 5 surveillantes et 5 monitrices. La « Cabane du jardinier » de l’hôpital de Purpan l’héberge durant plusieurs années. Le programme comprend 100 heures de formation technique, 80 heures de formation générale et deux stage extérieurs en milieu professionnel » (Frexinos, 2001). L’importance de l’organisation du travail des équipes est soulignée. En 1961, la visée du projet pédagogique de l’école est d’initier, orienter et développer des savoirs nouveaux, utiles à l’action et nourris des échanges entre théorie et pratique.

Ce rappel historique permet d’entrevoir et de prendre en considération en lui donnant du sens, la projection de cet institut de formation – entré trop souvent à bas bruit dans la modernité mais mû par un souci constant de se projeter, de « pouvoir exister » et persévérer et s’accomplir dans l’existence, selon l’expression de Spinoza – dans le projet et l’innovation. C’est en nous projetant aujourd’hui, dans l’existence, sur les possibilités offertes par l’expérimentation de créer une nouvelle formation à destination des cadres de santé, que nous avons ensemble une liberté créatrice, une visée, un « à dessein de ».

Dans la PARTIE II intitulée « Du projet à l’expérimentation ou comment concilier l’exigence d’un diplôme professionnel et d’un diplôme universitaire » (à paraître en Mars 2022), le lecteur découvrira la conduite du projet et l’ingénierie pédagogique de cette intégration pédagogique universitaire.

Lire la 2ème partie de cet article, le mois prochain.

Pour aller plus loin :

Arrêté du 10 juin 2021 portant dispositions relatives aux autorisations des instituts et écoles de formation paramédicale et à l’agrément de leur directeur en application des articles R. 4383-2 et R. 4383-4 du code de la santé publique

Bourdoncle, R. (2007). « Universitarisation » ». Dans Recherche et formation, 54 | 2007, 135-149

Bourdoncle, E R. (1994). L’Université et les professions. Un itinéraire d’étude sociologique, Paris : L’Harmattan.

Décret n° 2020-553 du 11 mai 2020 relatif à l’expérimentation des modalités permettant le renforcement des échanges entre les formations de santé, la mise en place d’enseignements communs et l’accès à la formation par la recherche.

Foucault, M. (1963). Naissance de la clinique. Paris, PUF, « Quadrige ». [Édition de 1995]

Frexinos, J. (2001). Annales des hôpitaux de Toulouse. 1939-2010. Toulouse : Editions des Hôpitaux de Toulouse.

Hippocrate (1955). Œuvres complètes (trad. Émile Littré, préf. Georges Duhamel), t. I, Union Littéraire et artistique.

Honoré, B. (2001). Soigner : Persévérer ensemble dans l’existence. Paris : Séli Arslan.

Licoppe, C. (2013). La formation de la pratique scientifique : le discours de l’expérience en France et en Angleterre (1630-1820). Editions La Découverte.

LOI n° 2021-502 du 26 avril 2021 visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification

[1] Voir à ce sujet le Décret n° 2020-553 du 11 mai 2020 relatif à l’expérimentation des modalités permettant le renforcement des échanges entre les formations de santé, la mise en place d’enseignements communs et l’accès à la formation par la recherche

[2] L’organisation des savoirs s’appuie sur un programme plus encyclopédique reposant sur une distinction de sept arts libéraux, regroupés au sein du trivium, rassemblant les arts de la parole et du signe (grammaire, rhétorique, dialectique), et du quadrivium, c’est-à-dire l’art des nombres et des choses (géométrie, arithmétique, astronomie, musique). Voir la figure tutélaire de Charlemagne (742-814) : « Apprendre sera retenir par cœur » avec un apprentissage fondé sur la mémorisation mécanique de savoirs limités : lire, écrire et compter.

[3] Art. 3 : Arrêté du 10 juin 2021 portant dispositions relatives aux autorisations des instituts et écoles de formation paramédicale et à l’agrément de leur directeur en application des articles R. 4383-2 et R. 4383-4 du code de la santé publique

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Nous remercions vivement Nadia PEOC’H, MSc., PhD, Directrice des soins, PREFMS CHU de Toulouse IFCS EIA EIBO et Co-coordinatrice du DE-IPA Faculté de Médecine, UPS III, pour partager son expertise auprès de nos fidèles lecteurs de notre plateforme média digitale d’influence et de référence ManagerSante.com

Biographie de l'auteure :

Nadia PEOC’H est directrice des soins, directrice des Ecoles et Instituts (EIBO, EIA et IFSI, IFCS) du PREFMS du CHU de Toulouse et coordinatrice pédagogique du diplôme d’état d’infirmier en pratique avancée (DE-IPA) au sein de la Faculté de Médecine de l’Université Paul Sabatier Toulouse III.
Docteure en Sciences de l’Education et de la Formation, qualifiée aux fonctions de Maître de Conférences en Sciences Infirmières (CNU, Section 92), ses travaux de recherche sont centrés sur la question de la double posture intriquée du praticien et du chercheur, sur l’accompagnement au changement du point de vue de l’acteur et des collectifs dans le champ de la santé, dans un contexte sociétal évolutif de l’universitarisation des formations en santé.

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Une réponse

  1. Bonjour,
    Je suis très intéressée par cet article et je souhaite m’abonner afin de suivre vos publications.
    Je suis cadre de santé

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