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Comment le réseau hospitalier SAVE-Berlin s’est-il coordonné pour contrer la COVID-19 ? Emilie LEBEE-THOMAS nous présente leur stratégie.

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Nouvel Article de notre experte  Emilie LEBEE-THOMAS  (Directrice d’Hôpital résidant aux Etats-Unis, Rédactrice en Chef du Blog www.hopital-trotter.com et à la tête du Pôle Santé de l’entreprise Dialog Health, spécialisée dans l’organisation de voyages d’études professionnels dans la santé et le médico-social.

Elle est également co-auteure avec Ines GRAVEY, d’un chapitre de l’ouvrage collectif de référence publié depuis le 04 Octobre 2021, sous la direction de Jean-Luc STANISLAS  chez LEH Edition, intitulé « Innovations & management des structures de santé en France : accompagner la transformation de l’offre de soins« .

N°15, Octobre 2021

L’Allemagne a souvent été citée comme modèle pour sa gestion de l’épidémie du COVID-19. Du fait de organisation décentralisée du système de santé, chaque Land allemand a dû s’adapter pour faire face aux vagues épidémiques consécutives. Les Etats de Berlin et du Brandenbourg ont mis en place une organisation centralisée autour du CHU de la Charité, qui s’appuyait sur la télésanté pour garantir les meilleurs soins aux patients accueillis au sein d’un réseau d’hôpitaux de la région. 

Le système de santé allemand face au COVID : entre décentralisation et coordination

L’élément fondamental du système politique allemand – et du système de santé en particulier – est le partage des pouvoirs décisionnels entre les Länder, le gouvernement fédéral et les organisations professionnelles.

Au niveau fédéral, l’Assemblée fédérale (Bundestag), le Conseil fédéral (Bundesrat) et le ministère fédéral de la Santé (Bundesministerium für Gesundheit) sont les principaux acteurs du système de santé. Le ministère fédéral (composé de 600 employés seulement) a un budget en propre limité à 11,5 milliards d’euros de budget dont 11 milliards sont reversés directement aux caisses d’assurance maladie. Son rôle est donc un rôle de supervision, d’influence politique, mais il est dans l’impossibilité d’imposer quoi que ce soit aux acteurs de santé.

Les 16 gouvernements régionaux des Bundesländer ont un rôle primordial. Dans le domaine de la santé, les gouvernements des Etats délèguent traditionnellement des compétences à différentes organisations paritaires : celles des « payeurs » (assurances maladie publiques ou privées) et celles de prestataires de soins, auto-réglementés et fondés sur le principe de la représentation. C’est la cogestion (paritarisme à l’allemande), qui est le fondement de l’économie sociale de marché allemande.

Ce système décentralisé a été mis à rude épreuve par la crise du COVID-19. La gouvernance a eu lieu a plusieurs niveaux : fédéral et Länder mais aussi dans 5 nouvelles zones interrégionales en trèfle permettant des transferts de patients en proximité en cas de débordement des capacités au niveau d’un Land. Chaque Länder s’est organisé pour faire face aux vagues épidémiques, soit en

Ces nouvelles solidarités entre Länder se sont aussi traduite dans des dispositifs de centralisation des informations sur les capacités. En effet, il n’existait pas de registre national des capacités en soins intensifs avant avril 2020. A partir de février l’Institut Robert Koch a donc coordonné en urgence la création d’un système de recensement des lits armés dans toute l’Allemagne, en travaillant main dans la main avec les associations représentant les hôpitaux et la société savante de soins intensifs DIVI.

Le concept SAVE-Berlin : une coordination régionale des patients COVID

Les Länder de Berlin et Brandenbourg ont décidé coopérer pour mettre en place une organisation structurée pour faire face à l’épidémie de COVID-19. L’objectif était d’éviter l’engorgement des capacités en soins intensifs en structurant les parcours patients. Un algorithme (SAVE) a été créé pour identifier le niveau de soins requis par chaque patient atteint de COVID et nécessitant une hospitalisation.

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Charité a été chargé de créer l’infrastructure de communication et de coordination pour la région. Tous les patients admis en soins intensifs dans les hôpitaux des deux Länder font l’objet d’une évaluation clinique conjointe de la gravité de la maladie par les experts du CHU. Après un bilan des capacités actuelles sur site et dans le réseau (le réseau est constitué de l’ensemble des hôpitaux publics et privés de la région), le centre de coordination détermine la localisation ultérieure du patient : dans un hôpital de niveau 2 ou 3 ou, pour les patients les plus graves dans le centre de de niveau 1 (le CHU de la Charité).

En effet, l’ensemble des hôpitaux du réseau ont été classé dans une catégorie 2 ou 3, en fonction de leurs capacités en soins intensifs et de leur localisation. Les hôpitaux de niveau 2 devaient recevoir en priorité les patients COVID-19 requérant des soins intensifs, et les hôpitaux de niveau 3 ceux requérant une surveillance. Les hôpitaux de niveau 4, généralement spécialisés, n’étaient pas mobilisés. Les établissements de chaque niveau devaient pouvoir monter en charge en fonction de l’évolution de l’épidémie, en réservant un pourcentage croissant de leurs lits aux patients COVID-19.

L’usage de la télésanté au sein du réseau SAVE

La prise en charge en soins intensifs est cruciale pour les patients COVID-19 gravement malades et ventilés. Le traitement est médicalement très exigeant et l’expérience des médecins de soins intensifs et des infirmières spécialisées joue un rôle central. Or, face à l’afflux de patients pendant la pandémie, de nombreux professionnels ont été mis à contribution sans nécessairement avoir une longue expertise en soins critiques. Afin de garantir un standard de qualité élevé pour tous les patients en soins intensifs, les experts de la Charité ont mis en place un soutien pour les autres hôpitaux du réseau (niveau 2 et 3). Ce soutien prend la forme de télévisites.

Ces télévisites (qui s’appuient sur le projet ERIC, financé par le Fond de l’innovation allemand), sont réalisées depuis le centre de télésanté du CHU de la Charité. Les hôpitaux partenaires ont été équipés du robot Vita qui permet aux experts de la Charité de se joindre à la visite au chevet du patient avec l’équipe médico-soignante de l’hôpital partenaire. Grâce au robot Vita, les réanimateurs du CHU bénéficient d’une transmission audio et vidéo qui leur permet d’évaluer l’état du patient et d’élaborer des stratégies avec l’équipe chargée du traitement sur place, de les conseiller et de les soutenir.

Au-delà de la réalisation des télévisites, l’équipe en charge de la télésanté du CHU de la Charité a joué un rôle central pendant l’épidémie en remplissant plusieurs missions centrales : 

– hotline et évaluation des demande de transfert de patients COVID-19 émanant de l’ensemble des hôpitaux et soins primaires,

– suivi des capacités disponibles au sein de la région pour organiser les parcours patients (soins critiques, soins de suite, soins à domicile…),

– gestion des transferts de patient COVID-19 entre hôpitaux,

– évaluation des urgences médicales et des besoins en soins des patients COVID-19,

– organisation d’un support médical via des téléexpertise en mobilisant les médecins spécialistes de la Charité selon les besoins (cardiologues, néphrologues, neurologues…).

– documentation et partage d’information sur le COVID-19 via l’organisation de réunions hebdomadaires entre les chefs de service des 32 hôpitaux membres du réseau SAVE.

Conclusion

L’objectif principal du programme ERIC (dont l’étude s’est déroulée de 2017 à mars 2020 avant de monter en charge pendant la pandémie) est l’amélioration de la qualité des soins pour éviter les conséquences négatives à long terme du traitement en soins intensifs. Ceci est permis grâce au suivi coordonné des patients hospitalisés et au développement des compétence de l’ensemble des professionnels de santé mobilisés. Le réseau SAVE inclut une phase post-hospitalisation, qui prévoit le suivi des patients COVID-19 après leur séjour en soins intensifs et permet l’organisation de consultations ciblées pour limiter les séquelles comme les troubles du sommeil ou l’anxiété.

Nous remercions vivement  Emilie LEBEE-THOMAS  (Directrice d’Hôpital résidant aux Etats-Unis, Rédactrice en Chef du Blog www.hopital-trotter.com et à la tête du Pôle Santé de l’entreprise Dialog Health, spécialisée dans l’organisation de voyages d’études professionnels dans la santé et le médico-social., pour partager son expertise professionnelle auprès de nos fidèles lecteurs de ManagerSante.com

Biographie de l'auteure : 

Emilie LEBEE-THOMAS, diplômée de l’Université du Minnesota – Carlson School of Management est également Directrice d’Hôpital française (EHESP) au parcours professionnel atypique.
Après quelques 10 ans de carrière en France (Hôpitaux de Chartres, puis Assistance Publique – Hôpitaux de Paris), elle a pris un tournant à l’international en s’installant aux Etats-Unis.
En novembre 2017, elle a pris la tête du Pôle Santé de l’entreprise Dialog Health,  spécialisée dans l’organisation de voyages d’études professionnels dans la santé et le médico-social.
Elle décrit les innovations qu’elle identifie au cours de ses missions internationales sur son Blog (www.hopital-trotter.com).
Émilie LEBEE-THOMAS partage avec www.managersante.com des retours d’expériences internationaux susceptibles d’apporter des pistes très intéressantes pour les managers du secteur de la Santé.
Elle est également co-auteure avec Ines GRAVEY, d’un chapitre de l’ouvrage collectif de référence publié depuis le 04 Octobre 2021, sous la direction de Jean-Luc STANISLAS  chez LEH Edition, intitulé « Innovations & management des structures de santé en France : accompagner la transformation de l’offre de soins« .

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