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En quoi le retour du concept d’incertitude favorise-t-il l’anticipation et l’initiative dans un contexte de santé ? Alexis BATAILLE nous explique.

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Nouvelle chronique littéraire rédigée pour ManagerSante.com par Alexis BATAILLE , Aide-Soignant militaire de réserve, depuis Septembre 2019, aujourd’hui étudiant en Soins Infirmiers au sein d’un Institut de Formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France.

Il est auteur d’un nouvel ouvrage publié en Octobre 2020 intitulé  « Le Guide de survie de l’aide-soignant : 100 questions-réponses sur le métier et la pratique », aux éditions Vuibert. Il est également auteur d’un autre ouvrage intitulé « Vous avez mal où ? », publié aux éditions City, en Mars 2019.

Juin 2021

Le Monde a soif de certitude. Notre quotidien est pavé de ces innombrables moment d’évidences. Ils conditionnent et fortifient un matériel altérable que nous assaillons tous les jours : l’assurance. Dans un monde soumis à d’importantes contraintes contextuelles, y compris sanitaire, il n’est pas à douter qu’il vaut mieux disposer d’une profonde et solide espérance afin de ne pas subir trop rapidement les aléas de la vie.

En effet, le biais de confirmation à toutes les étapes, de tous les instants, nous garantit sans conteste une certaine forme de maîtrise sur ce qui nous entoure et ce que l’on est car cela ne nous désarçonne pas. Bien au contraire ! Retenir et entretenir ce qui nous sécurise, c’est demeurer, a priori, stable…

Or, parfois, de cette réalité souvent biaisée par nos propres mécanismes de fonctionnement psychique, nous n’en retirons pas toujours une essence positive. Celle-ci peut même se montrer délétère en l’état en nous approchant de fausses croyances et d’une vision dogmatique assimilable à un sentiment de persuasion qui n’est absolument pas gageure de sûreté.

 

La crise sanitaire en est le dernier exemple le plus frappant. Le jour où l’incertitude devient la norme, peu possède les outils et des stratégies d’adaptation efficaces dès lors qu’il faut vivre avec, et cela dans tous les domaines de l’existence. Par ce fait, faute d’y être efficacement préparé, l’incertitude ouvre la boîte de Pandore de nos faillibilités psychiques jusqu’alors peu sollicitées et bien enfouies sous d’épaisses couches d’apprêts illusoires…

Face à ce simple constat factuel, qui peut notamment être confirmé par les rayons dévalisés de papier WC lors de la première vague de SARS-COV2 ou l’adhésion béat envers la première fake-news qui passe, il n’est alors pas inutile de remettre en question la notion de certitude dans un univers où l’on évoque de plus en plus son contraire et, très vite, arrive cette première interrogation liminaire : au fond, l’incertitude avait-elle vraiment disparue de nos vies ?

Dissimulée ou oubliée, il semblerait d’abord que nous n’en ayons eu cure, la transbahutant au rang de plus en plus honni du catastrophisme. Effrayant dans un premier temps, tout particulièrement pourvoyeur de grandes idées scénaristiques, nous avons choisi d’en faire une fiction plutôt qu’une réalité afin d’éviter de nous y confronter. C’est la dictature du monde parfait dont la nouvelle idéologie est le bonheur plongé dans son océan de démagogie, les réseaux sociaux.

Terminé les maladies, adieu le terrorisme, ciao les catastrophes écologiques, hasta la vista le dérèglement climatique ! Aujourd’hui, la volonté du commun est simple : ne plus de vivre l’incertitude mais plutôt de la dissimuler derrière un épais fard virtuel. Pour autant, bien loin s’en faut, ne pas regarder la réalité en face c’est une nouvelle fois se persuader de son contraire en choisissant de ne pas s’y confronter et donc, in fine, ne pas y être prêt.

Aussi dans un contexte de soins, qui n’est pas non plus épargnée par son incompatibilité manifeste avec le dogme majoritaire de la réussite et du beau, on peut néanmoins s’accorder sur un point : depuis l’année dernière l’incertitude est bien là, réelle, perceptible et objective. Si pour certain elle semble avoir été un frein, pour d’autre, elle a depuis actionné des leviers d’anticipation et d’initiatives.

De sorte que, sans certitude à ce stade de la réflexion, le moment est alors venu de se demander tout simplement : En quoi le retour du concept d’incertitude favorise-t-il l’anticipation et l’initiative dans un contexte de santé ?

Le besoin de sécurité, un besoin primaire.

Si la nature a horreur du vide, l’Homme a horreur du doute. Et cela depuis la nuit des temps ! Du fond de leur caverne, nos ancêtres préhistoriques étaient déjà des modèles de prévoyance face à l’incertitude des éléments hostiles qui les entouraient. Feux, pièges, tour de surveillance…etc. D’aucun ne pourrait contester le fait qu’ils savaient demeurer éternellement sur leur garde autant que leur moyens rustiques le permettaient. Un souci de l’éventualité qui était inscrit comme une réelle norme de la vie, plus spécifiquement collective, afin de garantir l’épanouissement d’un besoin primaire de l’être humain : le besoin de sécurité.

Dans sa célèbre pyramide des besoins, le psychologue Maslow place celui-ci immédiatement après les besoins physiologiques. Lui accordant une place fondamentale dans l’organisation de l’être humain, le besoin de sécurité apparaît comme une nécessité à l’accomplissement de besoins plus psycho-affectifs. La synergie de cet ensemble favorisant l’épanouissement individuel dans sa globalité. Pour ainsi dire, la personne qui vit dans un contexte de conflits armés, donc d’insécurité, aura a priori des difficultés à satisfaire ses besoins sociaux, notamment de rencontre et de lien social, impactant dès lors sa réalisation personnelle.

De façon plus contemporaine, le désormais besoin impératif de sécurité sanitaire est une réalité qui nous fait accepter, quoi qu’on en pense, les contraintes imposées afin de mieux retrouver un espace social, une vie professionnelle et une interaction à l’Autre dont on connaît maintenant l’importance dans la balance de l’équilibre mental à la lumière des difficultés psycho-affectives ressenties durant les confinements.

De ces enseignements de la crise sanitaire il faut cependant y revenir. Tout n’a pas été si simple et nous a prouvé assez vite que nous manquions tous, à tous les niveaux de la société et de l’Etat, de flexibilité et de préparation. L’étiologie est simple. A la différence de nos ascendants en peaux de mammouth qui vivaient dans une réalité vraie, dans un danger permanent, beaucoup d’entre-nous ont perdus l’habitude de considérer l’environnement qui les entoure parce qu’ils baignent de plus en plus dans ce faux univers cité un peu plus haut.

En définitive, le rejet de l’insécurité, donc de l’incertitude est réel car elle est l’endroit de nos peurs.  Elle nous inquiète, elle nous bouscule. Alors, on le cache, on l’oublie… Une télé-réalité, un Tik-Tok, un Instagram et je file dans mon lit ! Simple mais partiellement efficace, c’est un réflexe très primaire ne satisfaisant que de manière très artificielle ce dit besoin de sécurité. Une poudre de perlimpinpin qui, hélas n’est pas fixe et s’envole à la moindre petite bise de réel, le SARS-COV2 fut une tornade !

Les vertus de l’incertitude.

Face à cela, il devient conditionnel de renouer avec la réalité de l’ici et du maintenant afin de surseoir au besoin de sécurité face à l’incertitude concrète. Un impératif déterminant pour l’efficience de la préparation individuelle et collective devant les risques potentiels et réels de notre Monde contemporain. L’incertitude aurait ainsi plus de vertus renouvelées que de vices confirmés en demeurant le liant de notre apprentissage perpétuel et efficient de la vie. La maxime socratique « Je sais que je ne sais rien » concrétise en peu de mots de cette idée. En somme, l’incertitude doit être la dynamique de toute existence car elle une école, si bien la seule, de la découverte. Les scientifiques ne peuvent affirmer le contraire en posant sur papier leurs hypothèses de recherche. En effet, un brin naïve, l’incertitude nous pousse par-delà nos limites et nous permet d’en redéfinir le cadre à l’aune de nos expériences individuelles et collectives. Stricto sensu, l’incertitude est une tentation de l’initiation à l’inconnu qui, après cette rencontre, nous offre la force de l’empirisme comme modèle de « pouvoir d’agir ». Un savoir que l’on peut mettre à profit de la préparation par l’expérience vécue que l’on appelle aussi l’anticipation.

A contrario, être pétri de certitude c’est rester enfermé dans un monde qui ne nous appartient pas. Limitatif, se détachant du réel et créant de l’indifférence envers les éléments extérieurs, la certitude n’est pas une idéologie positive même si elle nous préserve. Non. La certitude est un dogme de la négation qui nous fait subir le déterminisme d’une solution ou d’une situation préconçue. Un état ne nous rendant pas libre, à l’initiative de l’arrêt d’un des principaux moteurs de notre existence : l’initiative.

Anticipation et initiative dans un contexte de soins :

Deux mots, deux états, deux caractères mais pourtant bien indissociables. L’anticipation et l’initiative dans un contexte de soins établissent l’idéal de « l’attention porté » en tant que protagonistes de la prévention et de promotion de la santé. Au sens le plus large, faire preuve d’anticipation et d’initiative dans une démarche de soins c’est relever le défi du prévisionnel et de l’amélioration des pratiques professionnelles au service d’un seul et même objectif : la personne soignée. 

En ces domaines, la crise sanitaire est une nouvelle fois riche de ses enseignements autant que les professionnels du soin ont su mobiliser ces dites compétences dans le vaste champ de la réduction du risque pandémique. Allant de la vaccination jusqu’à la création de visières ou de protocole de bionettoyage, tout en passant par la mise en œuvre d’une nouvelle organisation des soins relationnels, la plupart des professionnels de santé ont su se véritablement saisir de l’incertitude de la période. Nous leur devons beaucoup, leur action altruiste et humaniste fût salutaire. Ils ont agi dans l’urgence en activant un réflexe semi-conscient, celui du questionnement, qui active en permanence une seule interrogation en forme de ritournelle : « Est-ce que cela fonctionne ? »

De cette étape fondamentale à la création d’initiative et à l’anticipation de soin, durant la pandémie la majeure partie des professionnels ont fait preuve d’une extrême agilité ainsi que d’une faculté d’introspection professionnelle qui n’est pas sans rejoindre les vertus expérientielles de l’incertitude. Des compétences qui ont démontré toute leur efficacité au profit de l’intelligence collective tandis que d’autres semblaient englués, isolés dans le goudron de leurs certitudes…

En fin de compte, valoriser le retour du concept d’incertitude doit être notre nouvelle force car elle permet d’agir sur le réel tout en préparant à l’éventualité d’un après que l’on peut modéliser de façon objective. En dépit du fait que l’incertitude fasse peur, cela, comme dit l’adage, ne nous évite pas le danger alors, autant le regarder en face et aller à sa rencontrer afin de mieux s’y préparer. Un modèle de gestion de crise vecteur d’initiatives et d’innovations contributif du modèle de la résilience individuelle et collective. Effectivement, dans un monde rempli d’incertitude, mieux vaudra toujours avoir confiance en aujourd’hui et garder ses doutes pour demain plutôt que de ressasser ses regrets d’hier car comme le dit Alain Séjourné « sans l’incertitude, l’aventure n’existerait pas ». La vie en est la plus grande de notre existence, osons en profiter !

Nous remercions vivement Alexis BATAILLE , Aide-Soignant et, depuis Septembre 2019, étudiant en Soins Infirmiers au sein d’un Institut de Formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France, pour avoir partager régulièrement ses réflexions, à travers ses chroniques passionnantes,  pour nos fidèles lecteurs de ManagerSante.com.

Biographie de l'auteur : 

Aide-soignant diplômé en 2013. Alexis Bataille rejoint le Service de Santé des Armées la même année et servira dans différents Hôpitaux d’Instruction des Armées jusqu’en 2019. Durant son parcours de soignant militaire, Alexis aura en plus l’occasion d’être projeté en opération extérieure mais aussi d’être membre du Conseil de la Fonction Militaire du Service de Santé des Armées.
Dorénavant aide-soignant militaire de réserve, depuis Septembre 2019, Alexis Bataille est étudiant en soins infirmiers au sein d’un institut de formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France.
En parallèle de son activité professionnelle et étudiante, Alexis Bataille est également membre du comité de rédaction du site infirmiers.com, membre du Cercle Galien et auteur d’un ouvrage intitulé « Vous avez mal où ? Chroniques d’un aide-soignant à l’hôpital » paru chez City Editions en 2019.

 

[DERNIER OUVRAGE DE L'AUTEUR]

Préface de cet ouvrage
Aide-soignant…
S’il fallait oublier le mot « aide » pour ne retenir que celui de « soignant » ? Ignorés du plus grand nombre, sans exposition médiatique – bien que la récente crise sanitaire ait éclairé leurs fonctions – qui parle de ces professionnels du « care », du « prendre
soin » ? Qui leur donne la parole, les écoute et les valorise ?
Je me souviens du témoignage de l’un d’entre eux qui affirmait : « Qu’un geste, un regard, une accolade, une parole ou un fou rire partagé avec la personne dont on a la charge, redonne foi en ce métier, en l’humain. À cet instant précis on sait pourquoi on est là… »
Oui, affirmons-le et ce n’est pas les infirmiers(ères), cadres de santé, médecins… et surtout patients qui nous contrediront : chacun connaît la valeur et le rôle indispensable des aides-soignants au sein d’une équipe soignante. Il n’y a pas si longtemps, le binôme infirmière/aide-soignante était le « duo gagnant » d’une prise en soin optimale. En effet, grâce à
cet apport de compétences mixtes, le temps du soin et du confort s’opérait pour le patient de façon fluide et dans la continuité : du petit-déjeuner à la toilette, en passant par la réfection du lit, la mise au fauteuil, le renouvellement du pansement ou tout autre soin
technique. Nous ne pouvons que constater aujourd’hui combien cette valeur du travail en binôme est malmenée.
Pourtant, ce qui en résulte, grâce notamment au rôle propre de l’aide-soignant qui ne lui est pourtant pas accordé, c’est cette attention, cette disponibilité, cette écoute, cette gestuelle, cette qualité relationnelle et, au-delà, cette observation clinique qui fait toute la différence. Toutes ces qualités sont la valeur-ajoutée du prendre soin dans la « globalité » du patient, un terme tellement usité qu’il en a perdu sa valeur intrinsèque. Quiconque se retrouve en position de « malade » va l’éprouver très vite. Le travail de l’aide-soignant n’est donc pas seulement une aide, il s’agit bel et bien d’un soin précis et réel.
À l’heure où notre système de santé opère nécessairement de profondes mutations, où l’on parle enfin « d’attractivité » dans les métiers du soin, gageons que celui d’aide-soignant, riche d’un savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être qui lui est propre, puisse exprimer l’essence même de son cœur de compétences. Il est en effet grand temps que de nouvelles perspectives s’ouvrent à lui, qu’il soit reconnu comme professionnel de santé à part entière, et ainsi valorisé comme il le mérite !
Bernadette FABREGAS, Infirmière
Directrice des rédactions paramédicales, Infirmier.com
Groupe Profession Santé  @FabregasBern

Témoignage d'Alexis BATTAILLE (source : ActuSoins)

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initiées par l’Association Soins aux Professionnels de Santé 
en tant que partenaire média digital

 Parce que les soignants ont plus que jamais besoin de soutien face à la pandémie de COVID-19, l’association SPS (Soins aux Professionnels en Santé), reconnue d’intérêt général, propose son dispositif d’aide et d’accompagnement psychologique 24h/24-7j/7 avec 100 psychologues de la plateforme Pros-Consulte.

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