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Quel sens peut-on donner entre “être militaire et soigner” ? Alexis BATAILLE nous dévoile l’éloge du service.

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Chronique littéraire rédigée pour ManagerSante.com par Alexis BATAILLE , Aide-Soignant militaire de réserve, depuis Septembre 2019, aujourd’hui étudiant en Soins Infirmiers au sein d’un Institut de Formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France.

Il est membre du comité de rédaction du site Infirmier.com et auteur d’un nouvel ouvrage publié en Octobre 2020 intitulé  “Le Guide de survie de l’aide-soignant : 100 questions-réponses sur le métier et la pratique”, aux éditions Vuibert. Il est également auteur d’un autre ouvrage intitulé “Vous avez mal où ?”, publié aux éditions City, en Mars 2019.

Il est des situations professionnelles où les salves de questions curieuses d’un autre interlocuteur mettent en lumière des conditions paradoxales d’exercice. Être militaire et soigner fait partie de celles-ci. A cet égard, nombreux sont celles et ceux qui s’interrogent encore sur cette dichotomie des Armées. Comment peut-on porter, d’une main, une arme à feu et, de l’autre, le bâton d’Esculape ?

Au demeurant, ce questionnement fait d’abord émerger la notion transversale du service qui sied intrinsèquement à la fonction militaire. En cela que la signature au bas de la page du contrat, engage à servir une cause, la France, et des intérêts communs, la patrie, dans toutes composantes et ses nuances. Aussi bien que le soldat est un serviteur de son pays mais avant tout de ses compatriotes avec lesquelles il forme une unité, la Nation.

Partant de ce premier constat didactique, celui-ci n’est-il pas, en tant que tel, une homologie parfaite de l’engagement du soignant ? En effet, nous retrouvons la même sensibilité altruiste chez tous les professionnels de santé. Si le premier est serviteur de la paix, l’autre sert l’apaisement du corps, du cœur et de l’esprit.

Sur ce point, en conséquence, les militaires engagés au Service de Santé des Armées s’engagent à servir doublement en se promettant de faire l’exégèse perpétuelle de cet axiome qui guide tout ou partie de leur action : être un Homme au service de l’Autre.

Ainsi, aborder l’éloge du service en explicitant l’engagement militaire et soignant c’est lever le voile sur le « paradoxe du képi ». Une situation singulière mais très peu antinomique tant elle transcende le bloc de valeurs humanistes sociétales et fraternelles avec force.

Devenir militaire, devenir soignant, à la croisée des engagements.

L’Institution militaire se caractérise par une ambiance prégnante. Celle d’un sentiment bien particulier qui flotte partout où l’on se trouve. Il est nommé « esprit de corps ». Ce dernier forme un liant inconscient entre les Hommes. Il absout les origines, il lisse les velléités individuelles. « L’esprit de corps » forme un même tissu social, selon que l’on soit militaire du rang ou officier supérieur.

Pour s’en imprégner, nouvellement engagé, il faut d’abord vivre un cheminement processionnel qui conduit à vivre l’expérience obligatoire de l’incorporation. En effet, l’on ne naît pas soldat, on le devient. Aussi, les rites, les codes, les franchissements de difficultés sont tout autant d’étapes importantes qui revêtent un caractère immuable tant elles favorisent l’assimilation individuelle, à la force du collectif, au sein des Armées. A l’issue, civil, tu deviens soldat.

Devenir soignant s’établit sur la même construction sociale qui permet, dans sa forme la plus aboutie, de faire valoir « l’esprit soignant ». Celui qui fait dire à chaque professionnel de santé qu’il semble appartenir à une même communauté, à un même tissu social, en quelque sorte. Si bien que, pour y parvenir, la plupart des formations de santé se construisent selon une progression précise où chaque néo-soignant grandit, mûrit, « incorpore » des savoirs, des savoirs-faires et des savoirs-êtres, manipule et parle un nouveau langage, abscons pour le quidam, intègre des codes et des traditions. De la même façon, on ne naît pas soignant, on le devient. A l’issue de la formation, civil, tu deviens soignant.

Si pour le premier le treillis est une marque d’appartenance, la blouse blanche est celle du second. Ils en connaissent le prix des larmes, le goût de la sueur, les doutes et les craintes. Leurs engagements se rejoignent à un unique carrefour, celui de la fierté. Celui des valeurs.

Valeurs humanistes et fraternelles, le souci du prendre soin.

En effet, il n’y a pas de hasard. Le drapeau tricolore ne résonne pas en nous de façon équivalente au regard que nous posons sur l’autre, sans raisons. Le professionnel de santé militaire vibre d’une incommensurable énergie qui lui permet de vivre au diapason de ses valeurs humanistes. Il a simplement le souci de « prendre soin ». Une attention doublement portée à l’Autre, « en tout temps et en tous lieux » selon la formule consacrée.

Être militaire et soigner suppose d’être mue de valeurs humaines mais aussi fraternelles. D’abord, envers son ou sa camarade, son « frère » ou sa « sœur d’armes ». Une personne qui porte en elle une dimension particulière car elle incarne l’esprit de corps. Nous ne formons qu’un, toujours. De sorte que, si cette unité exige d’être pérenne, elle doit être préservée. Le professionnel de santé sait mieux que quiconque sa fragilité. Alors, sa présence est souhaitée, sa fonction de soutien des troupes est indispensable. Une mission ne saurait être effectuée sans la présence effective des « gens » du Service de Santé des Armées.

Être militaire et soigner, c’est être aussi celui qui incarne jusqu’auboutisme l’humanité dans zones où ce sentiment a déserté depuis bien longtemps. Le professionnel de santé militaire, parce qu’il est soldat, est faiseur de paix, son arme de pointe est son savoir et sa technicité. C’est son principal vecteur afin de raviver la flamme de la solidarité et de l’accompagnement. Deux valeurs soignantes incontestables mises à profit de ce que l’on appelle pudiquement « l’aide médicale à la population ». Une main tendue vers les peuples locaux qui ne se limite pas uniquement, bien loin s’en faut, à ce seul aspect.

Education à la santé, éducation thérapeutique, prévention et promotion de la santé… Là où la vie semblait définitivement morte, le professionnel de santé militaire déploie une force d’âme humaine et ses connaissances scientifiques afin de terrasser un ennemi invisible, aussi pernicieux que les armes à feu et qui est bien imprégné dans de nombreux cœurs, le désespoir.

Enfin, être militaire et soigner, c’est faire-valoir l’expertise et la haute technicité de la médecine des Armées. Une valeur de l’ambition collective qui contribue, d’une part, au développement de nouvelles formes de prises en soin et, d’autre part, à placer l’excellence au cœur de la pratique quotidienne, notamment dans les Hôpitaux d’Instruction des Armées. Des établissements qui ont démontré, discrètement, que le monde de la santé militaire et ses principaux acteurs relevaient avec brio l’unique défi constamment fixé par le Service de Santé des Armées : prendre soin et servir l’Autre.

Servir

Le professionnel de santé militaire est d’abord militaire. C’est un fait. Il porte une arme, il sait s’en servir et est au plus proche des combats dans certaines situations. Cet engagement par-delà les frontières, pour la Nation, nous oblige, au même titre que les autres militaires engagés à servir leurs compatriotes jusqu’au « sacrifice suprême ».

Or, le paradoxe du képi commence déjà par ce premier biais : connaissons-en nous la valeur ?

Le militaire, en soi, n’est pas promoteur de la guerre, un chevalier servant les armes, le feu et le sang. Non. Celui qui s’engage à servir la France, son pays, sa Nation, s’engage à servir ses compatriotes. Il est un artisan de paix plutôt qu’un démolisseur de fraternité. C’est un fait.

A cet égard, riche de ses stigmates d’antan, le paradoxe du képi nous fait souvent adresser un regard ambivalent envers la moindre tenue camouflage. Une sorte de relation d’haine et d’amitié qui n’est pas nouvelle. Elle fluctue, elle balance entre deux eaux. Elle est relativement instable, hélas…

C’est ici que commence le second biais du paradoxe du képi. Nous oublions parfois qui sont ces femmes et ces hommes au service de l’Autre. Aussi, il entraîne vers ce second et dernier questionnement : qui regardons-nous, l’individu ou le képi ?

Servir est certes un choix, servir l’Autre est un engagement, soigner est un acte d’humanité. Le professionnel de santé est ainsi doublement assujetti à ce contrat tacite passé avec nous en conscience, en totale adéquation avec ses valeurs. Pour autant, parce qu’il est militaire et soignant, regardons chacun d’entre eux avec le même regard qu’ils nous portent dès lors que femmes ou hommes enfilent la blouse blanche et le treillis afin de servir humblement ce seul credo « votre vie, notre combat ».


Pour aller plus loin :

  • Gouraud, Anne-Claire. « Le Service de santé des armées, une chaîne santé complète et autonome au service du combattant », Revue Défense Nationale, vol. 826, no. 1, 2020, pp. 81-82.
  • Généro-Gygax, Maryline. « Le Service de santé des armées : une histoire ancienne en plein renouveau [1]», Revue Défense Nationale, vol. 809, no. 4, 2018, pp. 46-53.
  • Godart, Patrick. « Le service de santé des armées : histoire, enjeux et défis », Inflexions, vol. 20, no. 2, 2012, pp. 165-175.
  • Godart, Patrick. « Militaires et médecins », Inflexions, vol. 11, no. 2, 2009, pp. 105-121.

Alexis BATAILLE et JL STANISLAS, 22 07 2020 Version 5

Jean-Luc STANISLAS,  Fondateur de la plateforme média digital d’influence ManagerSante.com remercie vivement  Alexis BATAILLE , Aide-Soignant et, depuis Septembre 2019, étudiant en Soins Infirmiers au sein d’un Institut de Formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France. pour avoir accepté de partager son expérience, à travers ce nouvel article,  pour nos fidèles lecteurs de ManagerSante.com.


Biographie de l’auteur : 
Aide-soignant diplômé en 2013. Alexis Bataille rejoint le Service de Santé des Armées la même année et servira dans différents Hôpitaux d’Instruction des Armées jusqu’en 2019. Durant son parcours de soignant militaire, Alexis aura en plus l’occasion d’être projeté en opération extérieure mais aussi d’être membre du Conseil de la Fonction Militaire du Service de Santé des Armées.
Dorénavant aide-soignant militaire de réserve, depuis Septembre 2019, Alexis Bataille est étudiant en soins infirmiers au sein d’un institut de formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France.
En parallèle de son activité professionnelle et étudiante, Alexis Bataille est également membre du comité de rédaction du site infirmiers.com, membre du Cercle Galien et auteur d’un ouvrage intitulé “Vous avez mal où ? Chroniques d’un aide-soignant à l’hôpital” paru chez City Editions en 2019.

 


[OUVRAGES DE L’AUTEUR]

Préface de cet ouvrage

Aide-soignant…
S’il fallait oublier le mot « aide » pour ne retenir que celui de « soignant » ? Ignorés du plus grand nombre, sans exposition médiatique – bien que la récente crise sanitaire ait éclairé leurs fonctions – qui parle de ces professionnels du « care », du « prendre
soin » ? Qui leur donne la parole, les écoute et les valorise ?
Je me souviens du témoignage de l’un d’entre eux qui affirmait : « Qu’un geste, un regard, une accolade, une parole ou un fou rire partagé avec la personne dont on a la charge, redonne foi en ce métier, en l’humain. À cet instant précis on sait pourquoi on est là… »
Oui, affirmons-le et ce n’est pas les infirmiers(ères), cadres de santé, médecins… et surtout patients qui nous contrediront : chacun connaît la valeur et le rôle indispensable des aides-soignants au sein d’une équipe soignante. Il n’y a pas si longtemps, le binôme infirmière/aide-soignante était le « duo gagnant » d’une prise en soin optimale. En effet, grâce à
cet apport de compétences mixtes, le temps du soin et du confort s’opérait pour le patient de façon fluide et dans la continuité : du petit-déjeuner à la toilette, en passant par la réfection du lit, la mise au fauteuil, le renouvellement du pansement ou tout autre soin
technique. Nous ne pouvons que constater aujourd’hui combien cette valeur du travail en binôme est malmenée.
Pourtant, ce qui en résulte, grâce notamment au rôle propre de l’aide-soignant qui ne lui est pourtant pas accordé, c’est cette attention, cette disponibilité, cette écoute, cette gestuelle, cette qualité relationnelle et, au-delà, cette observation clinique qui fait toute la différence. Toutes ces qualités sont la valeur-ajoutée du prendre soin dans la « globalité » du patient, un terme tellement usité qu’il en a perdu sa valeur intrinsèque. Quiconque se retrouve en position de « malade » va l’éprouver très vite. Le travail de l’aide-soignant n’est donc pas seulement une aide, il s’agit bel et bien d’un soin précis et réel.
À l’heure où notre système de santé opère nécessairement de profondes mutations, où l’on parle enfin « d’attractivité » dans les métiers du soin, gageons que celui d’aide-soignant, riche d’un savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être qui lui est propre, puisse exprimer l’essence même de son cœur de compétences. Il est en effet grand temps que de nouvelles perspectives s’ouvrent à lui, qu’il soit reconnu comme professionnel de santé à part entière, et ainsi valorisé comme il le mérite !
Bernadette FABREGAS, Infirmière
Directrice des rédactions paramédicales, Infirmier.com
Groupe Profession Santé  @FabregasBern


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Interviews de l’auteur : 

 


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