Quelle place les femmes “Top managers” occupent-elles aujourd’hui dans le secteur des innovations et de la communication en Santé ? Témoignage de 4 Dirigeantes

4 Leaders Dirigeantes 888


N°1, Novembre 2019


 

Article co-rédigé pour ManagerSante.com par quatre Dirigeantes :

Carole  GLEYZES, Dominique NOEL,  Emmanuelle PIERGA, et Denise SILBER,

 à l’occasion du 30ème  Festival de la Communication Santé  organisé les 29 et 30 Novembre 2019 à DEAUVILLE 

 


 

Nous remercions Jean-Luc STANISLAS Fondateur de la plateforme, ManagerSante.com, de nous avoir proposé à toutes les quatre de nous réunir, en amont du Festival de la Communication Santé et de répondre, au regard de notre parcours à chacune, à quatre questions incisives.

•    Quelle est la place des femmes dans le top management ?
•    Quels sont les leviers politiques et stratégiques pour les femmes ?
•    Quelles sont les initiatives vertueuses du leadership au féminin?
•    Quelles sont les perspectives d’évolution ?

Nous l’avons fait et le constat est sans appel.  Le progrès est lent, très lent, trop lent. En France, comme ailleurs, les caricatures persistent dans la réalité. Aucune femme ne dirige une société du CAC 40, alors que 67% des Dircom sont des femmes. Les comités exécutifs ne dépassent pas les 20 % de femmes. Ce n’est que grâce à la loi Copé-Zimmermann de 2011, qu’aujourd’hui, les Conseils d’Administration comptent 43% de femmes.Et pourtant selon l’Organisation internationale du travail (OIT), suite à une enquête de 13000 sociétés dans 70 pays, « près des trois-quarts des entreprises qui ont développé la mixité dans leur management ont augmenté leurs bénéfices de 5 à 20%. » Une enquête française par Manageo renforce cette observation, en concluant qu’une PME en France dirigée par une femme a 40% de chance de moins de déposer le bilan.

Les secteurs de la Santé, des nouvelles technologies, et de la communication n’échappent pas à cette règle. Par exemple, dans ces domaines  aucun grand Groupe n’est dirigé par une femme, les start ups comptent une poignée de femmes fondatrice sur les 299 listées par la BPCE .

Pour améliorer les perspectives d’évolution,  les initiatives vertueuses telles que le mentoring, les réseaux, les prix pour des sociétés dirigées par des femmes, les chartes de parité aux conférences sont plus que jamais nécessaires, mais sont-elles suffisantes ?

Comment nos parcours peuvent répondre à cette question ? Découvrez nos quatre témoignages.

 

 


Témoignage de Carole  GLEYZES :

 

Carole GLEYZES

Etre une femme directrice d’hôpital est devenu plus courant de nos jours qu’à l’époque où j’ai passé le concours. En effet, en 2018, nous étions 48,7% du corps des directeurs et directrices d’hôpital. Et l’on peut se réjouir de cette progression. Mais ce n’est pas parce qu’elles sont présentes dans les équipes de direction qu’elles dirigent les hôpitaux. Combien d’entre nous sont cheffes d’établissement ou ont un emploi fonctionnel ? Elles ne sont qu’entre 22 et 25 % en 2018 dans les centre hospitaliers mais 34% dans les centres hospitaliers universitaires. Et cette situation va très certainement évoluer car depuis quelques années, plus de femmes sont nommées à la sortie de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique que d’hommes.

Depuis que je suis directrice, j’ai pu voir et mesurer les évolutions positives dans le secteur hospitalier avec une réelle reconnaissance du rôle de femme manageure. Finalement la principale difficulté vient des femmes elles-mêmes. Nous devons avoir confiance dans nos potentiels ! Pour avoir participé au déploiement de démarches en faveur de l’égalité professionnelle, bien souvent les femmes, même si elles représentent près de 80% des personnels hospitaliers n’ont pas conscience de leur valeur professionnelle et n’osent pas « briser le plafond de verre ». Elles sont dans la majorité des cas co-responsables de cette situation du fait notamment de leur éducation et de leurs doutes. C’est la raison pour laquelle les démarches collectives en faveur de l’égalité portées par une équipe au service de professionnel.le.s d’un établissement de santé doivent se multiplier dans les hôpitaux sous l’impulsion d’une politique nationale volontariste. Ces dernières doivent être accompagnées notamment sur le plan de la communication. Car elles ne doivent pas être clivantes, mais inclusives ; Les démarches en faveur de l’égalité professionnelle ne sont pas une lutte entre les genres, elles sont un pas vers l’intelligence collective, vers la réussite d’une institution publique de santé. Elles permettent de proposer des actions comme le mentoring ou le coaching qui (re)donnent confiance aux femmes. C’est la dynamique que nous sommes en train de lancer au Centre Hospitalier de Béziers avec l’ensemble des professionnel.le.s, médecins, soignants, logistiques, administratifs et techniques.

Et avec la réforme #MaSanté2022, nous devons travailler sur tous les thèmes en même temps, l’égalité, la qualité de vie au travail, la qualité des soins, l’efficience, car tous sont liés aux perspectives d’innovation. En effet, l’hôpital public se transforme, dans son management et dans son pilotage stratégique. Il se transforme rapidement et s’adapte aux innovations en santé, aux nouvelles formes de soins et aux parcours. Ainsi, faire émerger de nouvelles personnalités, des parcours inspirants, utiliser l’ensemble des potentiels humains qu’ils soient femmes ou hommes, tels sont les enjeux de cette transformation que nous devons anticiper.

 


Témoignage de Dominique NOEL :

 

Dominique NOEL

Nous le constatons les inégalités hommes-femmes restent une réalité.

Les femmes sont sous-représentées dans le top management nous l’avons vu.

Du côté des inégalités salariales, selon l’Insee, les femmes touchent 21% de moins que leurs homologues masculins pour les postes cadres, alors même que la mixité est reconnue comme un enjeu majeur de management d’entreprise.

Avant de reprendre le Festival de la Communication Santé, je dirigeais une société de négoce international. Il y avait fort peu de femmes dans ce secteur et dans certains pays je n’avais pas la moindre interlocutrice féminine. Il était évident qu’en tant que femme française j’étais une privilégiée, libre de ses choix, de ses décisions.

Puis j’ai repris, il y a 8 ans, le Festival de la Communication Santé.

J’ai naturellement constaté que les directions de la communication étaient souvent dirigées par des femmes. Le public du Festival est tout à fait mixte.

Les professions médicales sont elles aussi très féminines. Pour ce qui concerne les médecins, en 2018, les femmes représentaient 47% en activité régulière. Les nouveaux inscrits en faculté de médecine étaient des femmes pour 59%. Dans quelques années les femmes devraient être plus nombreuses que les hommes.

Au Festival de la Communication Santé, nous sommes une équipe majoritairement féminine. Nous voyons une progression nette des projets dédiés uniquement aux femmes, à leur santé, à leur bien-être. Les industries de santé s’engagent davantage chaque jour sur ces sujets. D’ailleurs de plus en plus de filiales françaises de grand-groupes pharmaceutiques sont dirigées par des femmes.

Mais en y regardant de plus près j’ai pu constater quelques petits bémols.

Par exemple, la difficulté à trouver des speakers femmes ou encore les prises de paroles en groupe et là, surprise, les femmes sont moins écoutées et beaucoup plus interrompues.

Alors au début de ma nouvelle activité dans le monde de la santé, j’ai pensé que les jeunes allaient tout changer et qu’être femme ou homme n’aurait aucune incidence sur la création de start-up par exemple …et bien non ! Dans ce domaine les femmes se heurtent à certains comportements discriminatoires des investisseurs.

Une enquête du Boston Consulting Group nous apprend que sur le montant total des fonds levés depuis 2008 par des startups françaises, celles fondées par des femmes ont recueillis 2% des financements.

La parité hommes-femmes fait désormais partie des enjeux RSE des entreprises mais reste un sujet plus largement débattu que mis en application. La place des femmes dans le top management ne se fera pas par une gestion naturelle de la parité, seules les lois d’encadrement permettront de faire évoluer cette situation.

En plus des chartes de bonnes pratiques, il est nécessaire que les femmes osent, se battent, n’oublient jamais que comme le disait T.E. Lawrence « La Liberté ne se demande pas, elle se prend ! »

 


Témoignage d’Emmanuelle PIERGA :

 

Emmanuelle PIERGA

Ce que j’observe dans ma pratique de tous les jours puisque j’occupe un poste de directrice de la communication dans un secteur innovant qui est la santé numérique c’est qu’il y a encore très peu de femmes dans des fonctions de top management en communication et dans « la  santé digitale ». C’est d’autant plus frappant que la communication fait partie de ces métiers hautement féminisés mais lorsqu’il s’agit de prendre des responsabilités de management  soit elles n’osent  pas soit elles  ne constituent  pas le premier choix de leur hiérarchie. La santé et le secteur numérique rencontrent  un peu les même difficultés 70% des étudiants en médecine  inscrites en première année sont des étudiantes donc une corporation avec beaucoup de femmes mais qui, pour les mêmes raisons, ne se retrouveront  pas à des postes de responsabilités, Elles choisiront  une voix plus classique pour sécuriser leur avenir et aussi par manque de confiance en elles. Seulement 28 % des professeurs des universités en médecine sont des femmes. Le constat est plus sombre dans le secteur du « digital « ou une études remise au Secrétaire d’Etat au début du mois de novembre enregistre que le nombre de femmes diplômées de la Tech a baissé de 6% . La baisse du nombre de diplômées s’accompagne d’une baisse de la mixité dans le milieu professionnel : les femmes ne représentent que 17% des effectifs dans le numérique en 2018 contre 20% en 2009.

Ces constats appellent une réaction de deux ordres :

Lancer des initiatives pour améliorer la situation : en juin 2019 nous avons lancé avec un groupe de femmes du secteur santé et sous l’impulsion d’Alice de Maximy ,fondatrice de la start up HKind le collectif femmes de santé

Il constitue un réseau d’entraide et a pour vocation de mettre en lumière les réalisations de femmes, encore peu connues.

Intégrer une démarche volontariste du  développement de la diversité dans la politique des ressources humaines de l’entreprise, Orange fait partie des premières entreprises du CAC 40 à avoir imposé un quota de femmes dans les comités de directions. Les jeunes filles dès le lycée sont stimulées et orientées par des mentors issus de l’entreprise pour aller vers les études d’ingénieurs , une fois dans l’entreprise elles sont accompagnées et encouragées pour ne pas connaitre d’entrave dans leur évolution et avoir un parcours professionnel avec les mêmes chances que leur collègues masculins.

En conclusion, je reste persuadée qu’une évolution positive nous attend dans les années à venir  car ce qu’il y a de fantastique dans ce secteur de la communication et de la santé digitale c’est que nous sommes au début d’une histoire  donc il y a des places à prendre et les femmes qui se trouvent majoritaires dans le domaine de la communication et de la santé par leur formation et leur compétence devraient constituer  un vivier important  pour ce qui est devenu un relais de croissance.

En effet la santé n’a pas encore accompli sa transformation digitale. Elle est en retard par rapport à d’autres secteurs comme la banque, le divertissement ou la distribution. 

Par conséquent pour accélérer cette mutation qui s’avère désormais indispensable, le gouvernement  a lancé depuis septembre 2018 Ma santé 2022 qui fait la part belle au numérique  en santé. Dans ce contexte politique et sociétal, la martingale compétence, mixité et croissance pourra donc être  favorable aux femmes dans ce secteur de la communication et du numérique  en santé.


Témoignage de Denise SILBER :

 

Denise SILBER

Je suis entrée dans l’univers de la Santé par le marketing dans l’industrie. Occuper un poste de junior en tant que femme, ne posait pas de problème. En revanche,  il n’y avait quasiment que des hommes aux postes de direction en santé. Les PDG, les professeurs de médecine, les grands de la finance étaient des « patrons ».  Mon diplôme de MBA me préparait à  occuper « la direction » de toute entreprise, mais les exemples féminins étaient bien rares.

J’ai quitté l’industrie, non pas pour cette seule raison, mais parce que j’étais attirée par l’entrepreneuriat et la communication. Je voulais, par la communication, contribuer à l’amélioration de la qualité des soins.  Je me suis spécialisée très tôt dans deux domaines très porteurs d’espoir,  la Santé Digitale et l’expérience patients. En les promouvant, moyennant des événements, des rédactions, et des actions sur les réseaux sociaux, j’étais en phase avec mon sens de mission. C’est ainsi que je suis devenue « Digital Opinion Leader » ou influenceure en santé.

Il y a dix ans, puisque l’intérêt pour le numérique en santé était encore réservé aux geek et que l’intervention d’un patient dans un colloque frôlait l’impensable, j’ai lancé Doctors 2.0 & You, congrès franco-international à Paris, avec ces deux mêmes piliers et en assurant, sans difficulté, une présence significative d’intervenantesDes événements e-santé  pour managers en santé étant courants, Doctors 2.0 a changé de positionnement. Nous accompagnons les colloques et congrès pour médecins, en y apportant notre expérience d’animations et intervenants en « santé digitale » et « expérience patients ».

Les femmes sont aujourd’hui présentes dans les structures avec lesquelles nous organisons ces actions, même si les dirigeantes ne sont pas nombreuses. Là où c’est plus compliqué c’est dans le débat des idées. Faire partie d’une table ronde, lorsqu’il y a très peu ou pas d’autres intervenantes, et être entendue n’est pas évident.  Les colloques et les jury concernant l’innovation en santé ne respectent pas souvent la parité.  Nous progressons, mais lentement.

Je suis surprise d’écrire ceci en 2019, pour plusieurs raisons. A entendre les uns et les autres, personne ne souhaite que perdure la situation de sous-représentation des femmes dans les hiérarchies.  La Santé concerne tout le monde, et  enfin, la majorité des décisions de Santé au sein d’une famille sont prises par les femmes !

Si les start-up doivent nous sauver, rappelons que les capitaux vont à  90-95% vers les start-up dirigées par des hommes. Ajoutons que sur le plan de la recherche médicale, il persiste une sous-représentation féminine dans les cohortes de patients ainsi que dans les connaissances de la pharmacovigilance chez la femme[1].

Et puis, je vois émerger un phénomène qui me pose question. C’est l’idée que les réseaux féminins vont résoudre le problème de la position de la femme.  Ces réseaux sont très utiles, mais on ne peut pas laisser aux seules femmes la responsabilité de la création d’une Société plus paritaire.   La relation homme-femme est une question qui concerne toute la Société.

La  vraie solution dans notre secteur, ne viendra-t-elle que lorsque les hommes voient ce qu’ils ont à gagner dans la parité ? Par exemple, de vivre dans un monde où leurs enfants, garçons et filles bénéficient des mêmes opportunités. Ne serait-t’elle pas l’initiative la plus vertueuse de toutes ?

 


 

Nous remercions vivement Carole  GLEYZESDominique NOEL,  Emmanuelle PIERGA, et Denise SILBER. pour avoir accepté de partager leur expertise, à travers cet article,  pour nos fidèles lecteurs de www.managersante.com

 


Pour aller plus loin : 

[1] https://qz.com/1657408/why-are-women-still-underrepresented-in-clinical-researc


Dominique NOEL :

Dominique NOEL est Présidente du Festival de la Communication Santé. Spécialiste de la communication sur les réseaux sociaux, son réseau digital est suivi par plus de 52 000 personnes sur l’ensemble des réseaux.
Dominique NOEL est aussi membre du conseil de surveillance de Planet.fr qui détient entre-autres Médisite, le leader des sites santé grand-public et e-santé.fr.

Emmanuelle PIERGA :

Emmanuelle PIERGA est Directrice de la communication et membre du Comité de Direction d’Orange Healthcare, la Direction Santé d’Orange Business Services, regroupant Enovacom depuis 2018. Emmanuelle est diplômée de La Sorbonne, du Conservatoire National des Arts et Métiers et du CELSA où elle s’est spécialisée en traduction, business intelligence et communication.
Dans le cadre de ses missions actuelles chez Orange Healthcare, Emmanuelle PIERGA contribue au développement des activités e-santé, en s’appuyant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication en France et à l’international.
Avant de rejoindre Orange Healthcare, Emmanuelle PIERGA a dirigé des activités de communication et de business intelligence pour le groupe Orange.
Emmanuelle PIERGA est également membre du Comité d’organisation du Festival de la Communication Santé, membre du Conseil d’Administration de la Fondation du Conservatoire National des Arts et Métiers , du Healthcare Data Institute, Think tank sur le big data en santé et de l’Advisory Board du réseau pour le développement de la mixité à Orange Business Services et contribue au collectif Femmes de santé qui rassemble les initiatives des femmes dans le domaine de la santé.
Elle est également intervenante pour différents MBA Marketing et Communication Santé à l’IAE, l’Institut Leonard de Vinci et l’EFAP. Emmanuelle poursuit son engagement dans le cadre d’interventions dans de nombreux colloques et conférences pour illustrer les impacts des nouvelles technologies sur les modes d’organisation dans la santé.

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