Qu’apportent les Neurosciences dans notre quotidien ? Erwan DEVEZE nous explique

Erwan DEVEZE couverture définitive 24H


N°2, AVRIL 2018


Interview de Erwan DEVEZE, Dirigeant Fondateur de Neuroperformance Consulting, cabinet conseil en neuromanagement, Consultant affilié auprès du Cabinet Julhiet Sterwen, Auteur de l’ouvrage  « Neuro-boostez vos équipes ! » Préfacé par Pierre Gattaz (éditions EMS, 2017). « 24 h dans votre cerveau: Comprendre ses émotions et transformer sa vie » aux Editions LAROUSSE,  Février 2018

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Brain

1/ Question de managersante.com :

Vous êtes Dirigeant Fondateur de Neuroperformance Consulting, cabinet conseil en neuromanagement, et vous venez de publier votre 2ème ouvrage  « 24 h dans votre cerveau : Comprendre ses émotions et transformer sa vie » aux Editions LAROUSSE. Selon vous comment l’apport des neurosciences peut-il aider à rendre une personne plus performante ?

Réponse d’Erwan Deveze 

La recherche en neurosciences a fait des bonds extraordinaires ces dernières années. Nous commençons à avoir une compréhension plus fine du fonctionnement de notre cerveau et sommes au début d’une formidable aventure de la connaissance. Ces découvertes doivent nous permettre de mieux utiliser nos ressources mentales et développer nos potentiels inexploités pour ainsi gagner en aisance, motivation et confiance en nous, gérer plus efficacement notre stress, nos doutes, nos émotions négatives, nos pensées toxiques et surtout, développer notre créativité et notre capacité à agir.

Nous avons fait en management une erreur historique, celle de croire que nous pouvions contraindre notre cerveau à la réalité des contraintes du monde du travail et le résultat est aujourd’hui sans appel dans grand nombre de structures : surcharge mentale, instabilité permanente, burn-out, conflits interpersonnels, démotivation, désengagement… Il faut impérativement changer de paradigme en inversant la logique, c’est-à-dire en adaptant le monde du travail aux ressources et limites du cerveau. Cela signifie faire du sur-mesure en manageant chaque collaborateur en fonction de ses spécificités cérébrales propres, car nous ne sommes pas tous faits du même moule… et heureusement ! Le management des équipes doit s’adapter à cette complexité neuronale et être beaucoup plus pointu s’il veut être efficace.

Mais soyons clair sur un point : le processus de transformation profonde à engager, si nous voulons construire une société plus épanouie et performante, est à un double niveau : au niveau collectif, l’entreprise doit nécessairement, nous l’avons dit, se réinventer dans ses pratiques managériales. Mais nous devons aussi, chacun individuellement, nous mettre en mouvement !  Comme disait Gandhi, « Sois le changement que tu veux voir dans ce monde ». Et la formidable nouvelle venant des neurosciences est que nous avons tous en nous cette capacité à évoluer et progresser grâce à notre plasticité cérébrale ! En clair au niveau du cerveau, rien n’est figé et tout se transforme en permanence. Nous ne sommes ainsi condamnés à rien, et certainement pas à l’échec ou au malheur ! A nous de jouer pour être davantage présent à nous-même, s’ouvrir aux autres, être plus apaisé, épanoui, accompli… et nous serons ainsi de fait plus performants ! Pour cela il faut refaire équipe avec son cerveau au quotidien et s’inscrire dans une démarche d’apprenant permanent. Bref on agit et on ne subit plus !

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2/ Question de managersante.com :

Peut-on augmenter ses performances cognitives à l’infini, notamment grâce aux nouvelles technologies dont l’intelligence artificielle (IA) ?

Réponse d’Erwan Deveze 

Notre monde évolue à une vitesse vertigineuse au niveau technologique : IA, big data, biotechnologies, nanotechnologies, robotisation, thérapie génique, et j’en passe ! Ce sont au moins une dizaine de révolutions majeures que nous vivons aujourd’hui dans le même espace temps ! Conséquence de cela, nous subissons une décorrélation temporelle entre d’une part une « intelligence technologique » qui progresse à pas de géant et d’autre part l’intelligence humaine qui va à son rythme, étant devenue de qu’elle est au fil de l’évolution de millions d’années. Cette décorrélation temporelle est source de stress, de tensions, de doutes, de fractures potentielles aussi, beaucoup se demandant s’ils ont encore leur place dans ce monde qui se présente à nous.

Ma conviction est que ce nouveau monde à la fois fascinant et questionnant doit nous interroger sur ce que nous sommes au plus profond. La question n’est pas tant de savoir comment « artificiellement » booster son cerveau en se greffant des implants cérébraux ou en prenant des psychostimulants, mais plutôt de se demander comment je peux me servir de « l’existant » de façon bien plus efficace ! Non seulement pour être plus performant d’ailleurs, mais aussi plus largement pour être plus heureux, ce qui est un projet de société d’une toute autre ambition !

La réalité est que nous passons notre temps, par méconnaissance, à martyriser notre cerveau. Apprenons, et ce dès les premières classes, à l’aimer, le comprendre et l’utiliser et nous renverserons des montagnes, que ce soit individuellement comme collectivement ! Nous avons renoncé à comprendre notre cerveau devant sa complexité, sous-traitant son bon fonctionnement à la médecine et à la chimie (en consommant de manière déraisonnable des anxiolytiques, des hypnotiques, des antidépresseurs, etc.), le temps est venu pour chacun de se réapproprier son cerveau ! C’est aussi un message de responsabilisation personnelle.

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3/ Question de managersante.com :

Réponse d’Erwan Deveze 

Doit-on craindre la fin de l’intelligence humaine au profit des performances de l’intelligence artificielle et de la robotique ?

Il existe beaucoup de craintes, voire de fantasmes, sur cette question éminemment importante des futures relations entre l’IA et l’intelligence humaine. La première chose à rappeler, c’est qu’il n’existe pas de consensus actuellement de la part des spécialistes et prospectivistes sur le scénario à 30 ans : aurons-nous une IA dite faible n’ayant pas de conscience d’elle-même et dont la seule fonction sera de résoudre une tâche avec une puissance de calcul et de traitement infiniment supérieure à l’homme (sa « faiblesse » serait de fait toute relative…). Ou nous-dirigeons nous à terme vers une IA dite forte, susceptible de se doter d’une conscience propre et d’une réflexivité, avec tous les risques potentiels induits pour l’humanité. Si tel était le cas, cette IA forte pourrait devenir autonome et libre de ses choix, de ses décisions et ses actes. Et donc potentiellement incontrôlable. Personne ne peut à ce stade prévoir l’évolution à venir mais une chose est sure : l’IA sera aussi ce que l’homme décidera d’en faire et, sur cette question, il y a urgence à voir le politique, et non seulement le marché privé, se saisir de ces questions fondamentales pour notre avenir et celui de nos enfants.

Si l’on revient au concret et à notre vie de tous les jours, l’IA aujourd’hui a des capacités très intéressantes, notamment en matière de traitement et d’analyse de la donnée… mais a aussi des limites évidentes et sur beaucoup d’aspects essentiels de la vie, elle n’est pas prête de rattraper l’intelligence humaine ! Je veux parler des émotions, des relations à l’autre, de l’empathie, de la capacité à s’adapter, de la créativité, de l’esprit critique, etc. Et c’est justement sur ces champs que nous devons concentrer tous nos efforts pour nous distinguer avantageusement de la machine ! Un bon médecin exploitera certes les capacités d’analyse de l’IA pour avoir un diagnostic plus précis… mais in fine devra toujours établir cette relation humaine d’intimité et de confiance avec son patient pour l’aider à surmonter sa maladie. Et cela le robot n’est pas près de le faire !

Notre avenir repose ainsi à mon sens sur la complémentarité et l’inclusion, et non sur l’opposition ou l’exclusion. Servons-nous de la technologie pour nous aider à progresser et gagner du temps… et utilisons ce temps retrouvé pour travailler ce que nous nous avons de plus précieux en nous, à savoir l’intelligence émotionnelle, relationnelle, collective, et situationnelle ! Il est essentiel, sur le plan cérébral, de se mettre joyeusement en mouvement. Rien n’est pire pour le cerveau que d’être figé en proie à ses propres peurs. Construisons ensemble une société bienveillante de l’enthousiasme et de l’apprentissage permanent, et alors le meilleur sera à venir !


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Nous remercions vivement Erwan DEVEZE, Dirigeant Fondateur de Neuroperformance Consulting, cabinet conseil en neuromanagement, Conférencier,Executive coach – Recherche, Auteur de l’ouvrage  « Neuro-boostez vos équipes ! » Préfacé par Pierre Gattaz (éditions EMS, 2017), Diplômé de l’Institut Supérieur de Gestion, pour partager son expertise professionnelle pour nos fidèles lecteurs de www.managersante.com

 


Biographie de l’auteur :

Dirigeant Fondateur de Neuroperformance Consulting, cabinet conseil en neuromanagement (application des neurosciences au management).
Auteur : « Neuro-boostez vos équipes ! » Préfacé par Pierre Gattaz (éditions EMS, 2017). Prochain ouvrage aux Editions Larousse (sortie février 2018)
Conférencier : Référencé chez A-Speakers – Formateur : En binôme avec Bernard Anselem, Médecin neuropsychologue spécialisé en imagerie cérébrale fonctionnelle, auteur (Ed Eyrolles) et conférencier
Executive coach – Recherche : Co-organisateur d’une étude pilote sur le burn-out élaborée avec une équipe de neuroscientifiques d’un grand hôpital parisien.
Parcours professionnel antérieur :
Postes de direction et missions opérationnelles & stratégiques en France et à l’international dans des environnements complexes et exigeants, dont :
– Organisations internationales (Direction générale du CICR & missions humanitaires / négociateurs dans de nombreux pays en guerre)
– Secteur privé (Développement stratégique)
– Collectivités territoriales (campagnes électorales / Directeur de Cabinet) Diplômé Institut Supérieur de Gestion 1989 , Artiste peintre professionnel (Nom d’artiste : Deçan – www.decan.ch).

 

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