AIDES-SOIGNANTES : plaidoyer pour une reconnaissance & l’expression de la gratitude…

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N°1, Août 2017


Article publié avec l’aimable autorisation de Dsirmtcom, ancien webmaster du Site directeur-des-soins.com 

Souvenirs, souvenirs…

Sonia, Annie, Claudine, Françoise… Et bien d’autres prénoms me reviennent en mémoire, dans ma précédente et maintenant quelque peu lointaine vie d’infirmier.. J’ai le sentiment de mieux me remémorer des prénoms de mes anciennes collègues aides-soignantes que de ceux des infirmières avec qui j’ai travaillé.

Je me souviens encore de nos tournées de “changes”, ce drôle de nom que l’on donne à la réfection des lits et aux toilettes partielles des personnes soignées dans un service de soins ou un établissement d’hébergement.

Mes yeux revoient encore  leurs mains affairées, toujours bienveillantes et si attentives à ces corps abîmés, émaciés, usés par la maladie, recroquevillés par l’âge avancé. Elles passaient dans chaque chambre avec un petit mot personnalisé pour chacun. Une fois leur soin terminé, venait le tour de leurs petits gestes supplémentaires : frotter un dos endolori avec un peu d’eau de Cologne, retourner l’oreiller pour que la fraîcheur du tissu fasse s’évanouir un instant les douleurs par trop présentes, ou simplement tenir la main, ne serait-ce qu’un instant.

Note : lire partout dans ce document aide-soignante pour aide-soignant et réciproquement.

Les textes de référence

Le répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière, document de référence pour tous les métiers de cette fonction publique, classe les aides-soignants dans la famille – il ne s’agit aucunement ici du jeu des 7 familles utilisé dans d’autres optiques – de “l’Assistance aux soins”.

La définition donnée par le répertoire de l’aide-soignant est la suivante :

Dispenser,en collaboration avec l’infirmier, des soins de prévention, de maintien, de relation et d’éducation à la santé pour préserver et restaurer la continuité de la vie, le bien-être et l’autonomie de la personne.

Nous verrons plus loin que le concept d’autonomie fonde la profession d’aide-soignant.

L’arrêté du 22 octobre 2005 relatif à la formation conduisant au diplôme d’Etat d’aide-soignant donne cette autre définition :

L’aide-soignant exerce son activité sous la responsabilité de l’infirmier, dans le cadre du rôle propre dévolu à celui-ci, conformément aux articles R. 4311-3 à R. 4311-5 du code de la santé publique.
Dans ce cadre, l’aide-soignant réalise des soins liés aux fonctions d’entretien et de continuité de la vie visant à compenser partiellement ou totalement un manque ou une diminution de l’autonomie de la personne ou d’un groupe de personnes. Son rôle s’inscrit dans une approche globale de la personne soignée et prend en compte la dimension relationnelle des soins. L’aide-soignant accompagne cette personne dans les activités de sa vie quotidienne, il contribue à son bien-être et à lui faire recouvrer, dans la mesure du possible, son autonomie.
Travaillant le plus souvent dans une équipe pluriprofessionnelle, en milieu hospitalier ou extrahospitalier, l’aide-soignant participe, dans la mesure de ses compétences et dans le cadre de sa formation, aux soins infirmiers préventifs, curatifs ou palliatifs. Ces soins ont pour objet de promouvoir, protéger, maintenir et restaurer la santé de la personne, dans le respect de ses droits et de sa dignité.

Nous y retrouvons le concept d’autonomie, et la notion également majeure d’accompagnement.

Notons enfin que la profession d’aide-soignant est apparue très récemment, puisque le premier diplôme est apparu en 1946 et les aides-soignants sont “entrés” dans l’hôpital public en 1949.

Helping the needy

Étymologiquement votre

Comme toujours, pour mieux comprendre un terme, attardons-nous sur l’étymologie des mots qui le composent.

Aider

Aider, c’est “Prêter son concours à quelqu’un pour lui faciliter l’accomplissement d’un acte, la réalisation de quelque chose ; secourir une personne dans le besoin.”

Le mot est dérivé du latin Adjuvare qui a pour sens aider, seconder. Rapprochons cette racine du mot “adjuvant”, dont il dérive également. Même si nous ne faisons ici pas la comparaison entre un être humain – l’aide-soignant – et ce qui est le plus souvent un produit, le rapprochement de ces termes peut nous éclairer. L’adjuvant est “Ce qui sert de moyen auxiliaire pour favoriser ou renforcer une action.” L’aide-soignant est celui qui va être l’auxiliaire – pas celui du verbe être, comme me disait ma grammaire, entendons-nous bien -, l’assistant de la personne soignée.

Face à la dépendance qui diminue la capacité d’un être humain à accomplir un geste de la vie courante, l’aide-soignante a pour rôle d’accompagner la personne à le réaliser au mieux. Nous voilà en présence de Virginia Henderson et de ses quatorze besoins : respirer, boire, manger, éliminer…

Il s’agit donc de contribuer au maintien de l’autonomie autant qu’il est possible de l’envisager. Évoquons ici la notion fondamentale qui guide le soin aide-soignant : faire avec mais ne pas faire à la place de la personne. Comme l’indiquait la première définition du mot “aider”, il s’agit de faciliter l’accomplissement d’un acte par une personne, mais pas de tout accomplir à sa place.

L’exemple de la toilette est parmi les plus parlants : si la personne n’est plus en mesure que de se laver le visage, il est essentiel de chaque fois lui permettre de réaliser ce geste qui signe sa capacité d’être, sa dignité humaine ; plutôt que de faire sa toilette complète, gagnant certes ainsi un peu de temps sur la journée de travail, mais au détriment d’une déshumanisation des personnes soignées, reléguées au rang d’objet de soin et non plus de sujet.

Si ce dernier exemple me semble parmi les plus explicites, c’est que, de nos jours, la contrainte à laquelle sont soumises les aides-soignantes – devoir réaliser toutes les toilettes du service avant telle heure pour enchaîner sur d’autres tâches – les oblige à ce sacrifice du soin aux arcanes de la “rentabilité” et du temps à ne pas perdre. Le choix de ne pas faire à la place est une valeur fondamentale, mais ô combien mise à mal par les organisations actuelles fondées sur des valeurs médico-économiques uniquement. En résumé, comprenons bien que les aides-soignantes n’ont pas toujours ce choix, et que ce n’est pas de leur fait dans la majorité des cas si elles doivent se soumettre à cela.

Soignant

Voici une définition en quasi-forme de parfaite lapalissade du mot “Soignant” :

“Celui, celle qui donne des soins, qui soigne.”

Soigner les soignants ou soigner les patients ?

Étonnons-nous tout d’abord de la possible ambiguïté du terme “aide-soignant”. Est-il celui qui aide les soignants ou bien celui qui apporte une aide aux personnes dans leurs soins ? Autrement dit, et en dérivant vers l’absurde (ou pas) : l’aide-soignante est-elle “la petite main” des infirmières voire des médecins ? C’est ce qui est avancé dans la page de la définition donnée ci-dessus.

L’histoire peut nous aider à mieux comprendre ce paradoxe. La création d’un diplôme d’aide-soignant en 1946 a engendré une évolution “darwinienne” de la fonction de soignant, en distinguant les infirmières des aides-soignantes. Nous pourrions presque ici imaginer la séparation de soeurs siamoises ou la naissance de l’aide-soignante à partir de la côte de l’infirmière, à chacun de choisir selon sa culture.

Nursing or not nursing ? That is the question

Avec l’apparition de ce chaînon manquant de l’évolution soignante, le Nursing a commencé à vaciller.

Le terme nursing est un anglicisme (traduction anglaise du terme soin) qui désigne les soins infirmiers et plus précisément l’ensemble des soins d’hygiène et de confort qui sont donnés à un malade ayant perdu son indépendance (autonomie).

Les soins d’hygiène (toilette, capiluve…) et de confort (refaire le lit d’une personne alitée, l’installer et l’aider pour le repas…) ont depuis lors peu à peu glissé depuis l’escarcelle de l’infirmière vers celle de l’aide-soignante. Lorsque j’étais élève infirmier (eh oui, il y a d’abord eu des élèves avant qu’ils ne deviennent des étudiants), il était de coutume de confier à ceux qui étaient en première année les toilettes dont personne ne voulait. Une manière de “faire rentrer le métier” qui n’a sans doute pas eu que des suites toujours positives.

Ouvrons aussi une parenthèse pour souligner que ce qui semble être considéré comme une tâche ingrate – nous allons explorer ce concept dans le chapitre suivant -, en l’occurrence, la toilette de la personne adulte, aura un tout autre retentissement culturel lorsqu’il s’agira de la toilette d’un nourrisson. Tout est relatif, comme disait Albert… Fermeture de la parenthèse.

Dirty Nursing

Nous allons mieux comprendre ce report de tâches considérées comme ingrates vers des personnels “subalternes” ou des stagiaires avec la notion de “dirty-work” ou “sale boulot”.

Marc Catanas, Directeur des Soins, explique cette notion dans son article intitulé “La question du “sale boulot” à l’hôpital : petite sociologie de la délégation des actes dans les professions du soin” :

Cette notion de « dirty-work » , c’est la sociologue AM Arborio qui l’a reprise en France en s’intéressant de près au travail des aides-soignants dans les hôpitaux. Dans sa thèse, elle reprend l’exemple de la température qu’avait déjà expliqué Hughes en son temps. En effet, selon Hughes, le développement constant des technologies médicales ne pouvait qu’accentuer le phénomène de « glissement de tâches ». Le thermomètre, instrument considéré comme sacré par la médecine au début du XXème siècle, a par la suite été délégué aux infirmières puis aujourd’hui aux aides-soignants. Il en est de même pour la prise de tension artérielle qui est depuis peu autorisée aux aides-soignants par la création du diplôme d’Etat d’aide soignant.

Nous voyons que, face à l’accroissement exponentiel des actes médicaux/soignants à réaliser, il se produit un report des actes considérés – ou ressentis – comme peu valorisants, parce n’appartenant plus à la sphère “savante” du soin. La valeur d’un soin ne résiderait-elle seulement que dans sa technicité toujours plus haute ? A en croire les politiques de santé de ces dernières années, qui ont introduit la tarification à l’activité, la réponse ne peut qu’être absolument affirmative. La valeur médico-économique dont nous avions déjà parlé plus haut écrase de sa primauté la valeur humaine du soin : comment quantifier l’aspect relationnel qui s’établit entre une personne en fin de vie et l’aide-soignante qui lui fait une toilette de confort dans le cadre de soins palliatifs ?

Cela demande du temps, mais qui a aujourd’hui le temps de “prendre le temps” ? Combien d’actes valorisés financièrement ne seront pas effectués à cause de ce temps pris ? Qui aura le temps, avec cette perte financière, de venir compléter ce soin de confort, puisque sans rentrée de ressources, il sera impossible de recruter, de remplacer ? L’hôpital est à la recherche du temps gagné, et à la fuite du temps perdu. Mais se posera un jour la question du temps perdu pour qui ? Pour cette personne qui aura vécu, grâce au (peu de) temps que lui aura consacré cette aide-soignante, une fin de vie digne, apaisée, respectueuse ?

Il reste qu’aujourd’hui ne subsiste plus qu’une balance qui penche vers la valeur financière de l’acte au détriment de la valeur humaine du soin. Mais sans doute l’hôpital n’est plus en mesure d’être le lieu de l’humain. L’avenir de la valeur humaine du soin ou du prendre soin reviendra aux établissements sociaux et médico-sociaux, ce qui sera une excellente chose, mais pour combien de temps encore ? Les hôpitaux ont leur procédure de certification et désormais les établissements médico-sociaux ont aussi leur procédure d’évaluation, serait-ce là un signe des temps sombres à venir ?

De l’aide-soignant à l’aide-soigné

Pour en terminer avec le “sale boulot”, Marc Catanas fait cette réflexion qui peut de prime abord paraître séduisante :

Finalement, par le jeu des délégations d’actes, les aides-soignants sont de plus en plus investis dans le champ des soins infirmiers. Pourquoi ne les appellerions nous pas infirmiers finalement ? Des infirmiers de 1er niveau par exemple. Ce serait tellement plus simple et cela les valoriserait ainsi que les soins qu’ils font. Et surtout, cela permettrait de contrebalancer cette idée du « dirty-work » que l’on se délègue à bout de bras au fur et à mesure de l’évolution des métiers de soins.

Mais ne sommes-nous pas là encore à revenir sur la valeur technique, financière des actes de soins ? Et si, plutôt que de parler d’aides-soignants, d’assistants de soins, d’infirmiers de premier niveau, nous parlions plutôt d’aide-soigné ? Car, contrairement à ce que nous évoquions au début de ce chapitre, c’est bien d’abord et avant tout les personnes soignées qu’aident les aides-soignants. Ils ne sont pas les aides des soignants, ceux qui “récupèrent” les actes  – en français politiquement correct nous parlerions de “délégation” – dont personne ne veut plus parce qu’ils coûtent trop et n’ont plus de valeur économique aux yeux des ministères.

Gageons aussi que bientôt, le “sale boulot” sera confié à des peuples de robot programmés pour exécuter au mieux les tâches ingrates. Mais que restera-t-il de l’humain dans ces temps peut-être plus proches que nous ne le pensons ?

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Du côté du symbolique

Aller au-delà du genre vers le véritable humanisme

La figure de la femme soignante et notamment de l’aide-soignante a depuis longtemps été nimbée d’une aura “maternelle”, à l’instar du médecin qui lui ne pouvait être qu’un homme.

Dans l’inconscient collectif, la femme soignante a acquis un savoir autour de la fécondité et de la mort – Freud aurait adoré l’idée avec son Éros et son Thanatos –  transmis “par les mains” (voici qu’à nouveau apparaissent les visions mémorielles de mes collègues à l’oeuvre).

Pour ce qui est de l’homme, il se voyait confier le rôle de celui qui soigne les blessés – le chirurgien – ou qui fait reculer la mort – le médecin – , en un mot celui qui combat la maladie.

Il y aura donc deux mouvements dans les pratiques soignantes :

  • Prendre soin : stimuler la vie
  • Faire des soins : lutter contre les maladies avec des traitements

Il me semble trop simpliste, au moins de nos jours, de se limiter à un seul rôle maternant ou maternel pour la fonction d’aide-soignante. Il s’agit là d’une fonction dépassant toute notion sexuée ou culturellement sexuée.

Reprenons deux définitions de l’aide-soignant donnée par l’arrêté du 22 octobre 2005 cité au début de cet article :

  • Son rôle s’inscrit dans une approche globale de la personne soignée et prend en compte la dimension relationnelle des soins.
  • Ces soins ont pour objet de promouvoir, protéger, maintenir et restaurer la santé de la personne, dans le respect de ses droits et de sa dignité.

Il y a là une véritable approche humaniste, qui transcende tout clivage culturel ou sexué. Un être humain prend soin d’un autre être humain, sans conditions de sexe, de couleur de peau, de croyances ou de tout autre pensée discriminatoire. C’est un soin inconditionnel.

L’approche est holistique : la personne soignée est considérée dans sa globalité. Ce n’est pas l’approche parcellaire, organiciste, du soin technique. Ici, l’être humain est un tout qui , comme en systémie, vaut bien plus que ses parties.

L’approche est humaniste. L’humanisme, c’est l’“Attitude philosophique qui tient l’homme pour la valeur suprême et revendique pour chaque homme la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines.”

Le respect des droits et de la dignité de la personne sont ce qui lui permet de rester humain, même face à la maladie, à la dépendance, à la fin de vie et à la mort. Quelle plus belle façon d’appliquer ce respect, de garder son humanité à l’Autre que nous soignons, qu’en l’accompagnant dans le souci permanent de son autonomie, si ténue soit-elle. Voilà ce qu’est le “prendre soin” aide-soignant, fondé sur l’altruisme et la bienveillance.

Bien veiller

La bienveillance, c’est la “Qualité d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui.”

L’étymologie de ce mot vient du latin benevolentia, autrement dit, la bonne volonté, ou plutôt la volonté bonne, terme qui résonne au passage avec la “vie bonne” d’Aristote ou encore de Paul Ricoeur.

Rappelons la définition que donne Ricoeur de l’éthique : “L’éthique, c’est le désir d’une vie accomplie, avec et pour les autres ; dans des institutions justes”.

N’est-ce pas là, si nous avions des institutions de santé réellement justes et non seulement orientées désormais vers les préoccupations financières, la plus belle définition que nous pourrions donner de l’aide-soignante : accomplir sa vie de soignante avec les autres soignants et pour les personnes soignées.

Terminons ce chapitre en revenant vers la bienveillance, le bien veiller.

Veiller c’est prendre soin de quelqu’un. Comprenons le soin aide-soignant avec un détour vers la poésie. Lors des recherches faites pour cet article, j’ai découvert un texte de Jean-Louis Aubert sur ses adieux à son père en fin de vie. C’est ce que bien des personnes soignées et leur entourage auraient pu exprimer comme une reconnaissance envers les aides-soignants qui les ont accompagnées :

Veille Sur Moi, Veille Sur Moi
ne me laisse pas m’endormir
Veille Sur Moi, Veille Sur Moi
ne me laisse pas me trahir
ne laisse pas le froid m’envahir

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Cure et Care sont dans un bateau

En guise de conclusion de cet article qui se veut un modeste plaidoyer pour une reconnaissance des aides-soignants et l’expression de notre gratitude envers eux, éclairons encore notre réflexion sur le Cure et le Care. Ces termes anglais pourraient être respectivement traduits par “guérir” et “prendre soin”.

Cynthia Fleury donne cette définition du Cure :

Qu’est-ce que le cure ? La tentative d’éradication de la maladie, guérir et pas seulement soigner, objectiver la maladie pour la traiter le plus indépendamment du sujet qui l’éprouve. Cynthia Fleury, Le care-cure.

Nous restons ici sur un soin “savant”, technique, organiciste, qui ignore presque la personne soignée pour ne se focaliser que sur la pathologie. Le Cure n’a pour seul objectif que de détruire la maladie ou de remplacer l’organe malade, sans avoir la nécessité de prendre en compte l’être qui en souffre. Il faut rappeler ici que la consécration des droits des usagers – que nous sommes tous – est très récente, avec la Loi du 4 mars 2002, il y a seulement quinze ans. Elle introduit notamment la notion de consentement libre et éclairé et le droit du patient d’être informé sur son état de santé. De maladie soignée, le patient devient une personne ayant des droits véritables. Le soin “savant” ne peut donc plus s’imposer au malade “ignorant”. La culture de la relation “subordonnée” du patient à “son” médecin tend à disparaître.

Dans la notion de Care, la relation soigné-soignant n’est plus ce lien subordonné du soignant qui combat la maladie “indépendamment du sujet qui l’éprouve”. Une relation symétrique, d’égal à égal, s’instaure.

Le care, lui, sous-entend autre chose : le sujet précisément, la relation avec le médecin, la confiance qu’on lui témoigne, une sorte de parachèvement du holding (qui commence avec le bébé dans le ventre de la mère), mais surtout un sentiment d’égalité malgré la dépendance, et même, une vision active de la dépendance au sens où il s’agit de pouvoir « s’appuyer sur » (depend on). Cynthia Fleury, Le care-cure.

Nous retrouvons ici la notion de dépendance, antonyme de l’autonomie. Le “prendre soin” que réalise l’aide-soignante auprès de la personne soignée s’inscrit parfaitement dans cette philosophie du Care.

Reconnaître et remercier

Nous voici arrivés au bout de ce petit périple autour du monde aide-soignant. Nous avons pu constater combien le “prendre soin” aide-soignant s’inscrit dans une dimension relationnelle holistique, prenant en compte la globalité de la personne soignée.

Nous avons vu également que l’approche aide-soignante visait l’accompagnement de la personne dans l’accomplissement des actes de la vie quotidienne, gardant toujours à l’esprit que l’acte réalisé est un soin respectant la dignité humaine et non une tâche mécanisée sur un objet de soin.

L’histoire de la profession d’aide-soignant nous a montré comment le nursing, qui était la base du soin infirmier, a pu devenir peu à peu un soin dévalorisé parce que pas assez technique, pas assez “rentable”.

La réflexion nous a mené à envisager autrement le rôle d’assistant des autres soignants qui peut revenir aux aides-soignants, en reconsidérant leur rôle premier comme celui d’aider les soignés.

Nous avons pu (re)découvrir combien l’approche aide-soignante est soeur de l’humanisme, dans son altruisme et dans sa bienveillance.

Enfin, la distinction entre les notions de Cure et de Care nous a permis de compléter les éléments précédemment décrits, dans une relation véritablement humaine et d’égal à égal.

Il nous reste à affirmer notre reconnaissance de l’importance de la place des aides-soignantes et aides-soignants dans l’accompagnement des personnes soignées et de leur entourage. Un accompagnement qui se fait au quotidien, sans relâche, même si les contraintes externes sont nombreuses.

Merci donc à toutes ces femmes et tous ces hommes qui œuvrent dans les coulisses du soin, dans la moindre des choses, celles qui sont les plus fondamentales pour un être humain, pour garder sa dignité et sa place dans les sociétés humaines.

 


 

 Dsirmtcom est créé en 2012, par un philosophe des soins du courant des Néophytes….

Biographie de l’auteur :
« Philosophe des Soins du courant des Néophytes, Directeur des soins honoraire en retraite depuis le 1er février 2017, mes centres d’intérêts sont la Philosophie et l’Éthique. Je porte bien sûr beaucoup d’intérêt également à toute l’actualité autour de la santé et de l’hôpital public. Présent sur Twitter depuis avril 2012 sous le pseudo de @dsirmtcom, je gère un fil d’actualité autour de de ces différents domaines. J’ai été le webmaster du site directeur-des-soins.com de 2000 à 2016 et j’ai exercé comme Directeur des Soins de 1999 à 2017. Mon parcours dans la Fonction Publique Hospitalière a commencé en décembre 1977. Ayant débuté comme agent des services hospitaliers (ASH, le premier grade en bas de l’échelle), j’ai été successivement infirmier (D.E. 1981), puis cadre de santé (1992) et enfin Directeur des Soins. »

Source : www.managersante a obtenu l’aimable autorisation du Blog de Directeur des Soins.com  Dsirmtcom, pour la publication de cet article (Février 2017).

Article rédigé à la suite d’une sollicitation de Dsirmtcom par une aide-soignante, Marion alias @solenus sur le réseau social Twitter, qui gère le site de l’association L’Envolée d’Or, association d’accompagnement pour les aidants familiaux de l’annonce de la maladie jusqu’à la perte d’un proche.  Article, publié pour la première fois sur le site de Marion, en suivant ce lien :

 


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5 commentaires sur “AIDES-SOIGNANTES : plaidoyer pour une reconnaissance & l’expression de la gratitude…

  1. Euh… soignant (et parfois soigné) , je reconnais dans ce texte émouvant (si si !) quelques considérations respectables et surtout justes…
    Remarques :
    quelques a-priori sur le fonctionnement (je trouve) des professionnels proches ou des patients: la plupart des patients ou pro de santé connaissent le prénom de l’aide-soignant ou soignante, et par là reconnaissent la personne et non le titre ou la fonction ou le grade ou l’indice ou l’échelle pyramidale habituelle … Que le système ne reconnaisse pas les aides soignant(e)s à leurs justes valeur et rôle de soin à part entière est indiscutable, mais faut-il opposer les aides soignants aux autres soignants? Je veux vous rassurer, si cela est votre inquiétude: sensé avoir une formation diplômante mieux considérée administrativement et « socialement » que l’aide soignant(e ) « de base » je suis souvent envieux de leur considération par le patient, de mon incompétence face à certaines situations pratiques mais essentielles pour le patient, et de leur humanité.
    Mais méfiance: ces professionnels de santé ( oui, j’assume) en acceptant certains « glissements de tâche  » ne font-il pas le lit d’une « ubérisation » du soin, à leurs dépens ? Arrivent-ils ( ou elles) à dire NON à un présumé donneur d’ordre, IDE, MK ou médecin ?
    Je me demande si une formation initiale plus conséquente, plus structurée et complète, plus tournée vers leur cœur de métier fondamental, pas forcément technique, ne serait pas la base d’une reconnaissance plus forte des administrateurs et décideurs. Y’a t il un syndicat spécifique des AS? J’ignore … Ordre des AS? Non, ça, je le sais …

    Bref au final, des femmes et des hommes INDISPENSABLES qui doivent se mobiliser et se faire respecter comme acteurs de soins, aussi nécessaires et indispensables que le médecin, l’IDE, le kiné,le manip radio, etc. etc… La hiérarchie du soin n’existe que dans la parole des chefs ou de ceux qui s’y croient, pas dans le sub conscient du patient.

    La conclusion est superbe: « Merci donc à toutes ces femmes et tous ces hommes qui œuvrent dans les coulisses du soin, dans la moindre des choses, celles qui sont les plus fondamentales pour un être humain, pour garder sa dignité et sa place dans les sociétés humaines. » Je me permets de la reprendre, surtout qu’un jour à venir, je serai patient … , 😉

    Biz à tous mes futurs aides soignants et soignantes, surtout quand je sonnerai, because besoin urgent du bassin (les besoins de base, bah oui c’est l’aide-soignant(e) qui est là ! ) !
    TD, MK libéral et hospi (aussi).

  2. Bravo pour cet article ! Merci pour eux .

    En tant que cadre de santé nous avons une grande responsabilité que de maintenir le sens au travail ,de donner à chacun sa place légitime dans le maillon de la chaîne qui nous uni autour du patient et dans ce lien il n’y a pas de petit boulot .

    Je peux encore privilégier (jusqu’à quand ?)dans le service où je travaille une organisation par binôme de soignants AS/IDE tant la dépendance de la personne prise en soins est grande .Je peux vous dire que la douche n’est pas considérée comme un sale boulot mais fait partie réellement de l’évaluation de l’état clinique du patient .Quelle richesse au quotidien que ce travail en collaboration !

    Merci pour ce rappel de définition de l’éthique par Ricoeur , mais n’est ce pas là le fond du problème ? institutions justes ? quelle société prônons nous ?
    C’est me semble -t- notre problème essentiel .

    1. Bonjour Danièle,

      Notre Directeur des Soins, auteur de cet article, vous transmets ses remerciements chaleureux pour votre commentaire.

      La sincérité de vos propos sont à la mesure de la réalité quotidienne vécue par les soignants, avec une éthique professionnelle à préserver dans l’intérêt du patient et de la qualité des soins.

      Merci de votre fidélité et n’hésitez-pas à partager cet article dans votre entourage professionnel.

      A bientôt sur http://www.managersante.com

      Jean-Luc STANISLAS
      Fondateur de http://www.managersante.com

  3. Très bel article pour des professionnels bien souvent trop peu valorisés et reconnus, voire même nommés au sein des services.
    Encore bravo

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