Peut-on coopérer pour mieux (se) soigner ?

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N°6, Août 2017


 

Conférence donnée le 30 juin 2017 lors d’une rencontre organisée par l’association OPPELIA (http://www.oppelia.fr)

« À l’homme rien de plus utile qu’un autre homme »,

Cette formule de Spinoza est certainement celle qui s’accorde le mieux avec le titre du propos que je vais tenir aujourd’hui devant vous. En effet, coopérer signifie au sens littéral « œuvre ensemble », produire ensemble quelque chose. Il y a donc dans l’idée de coopération l’idée d’entraide et de dépendance mutuelle, l’idée d’une utilité réciproque. Le sens du terme coopération me semble d’ailleurs plus riche que celui de collaboration.

 

Collaborer signifie travailler ensemble, partager un labeur dont le sens n’est déterminé que par le résultat de l’action que l’on accomplit. En revanche coopérer, c’est œuvrer ensemble, en d’autres termes produire ensemble une œuvre. Il me semble que pour préciser le sens de cette distinction, il est possible de faire référence à la distinction à laquelle procède Hannah Arendt entre le travail et l’œuvre.

Le travail désigne l’activité par laquelle nous produisons les biens nécessaires à notre survie aussi bien en tant qu’individu, qu’en tant qu’espèce. En revanche, l’œuvre désigne la production d’un environnement proprement humain.

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De l’individu à la personne : valeurs, vertus et principes, un détour par les concepts (Partie 2/2)

De l'individu à la personne


N°5, Avril 2017

by Éric Delassus


Conférence donnée le 23 janvier 2017 lors de la journée d’échanges « Refaire sens avec nos valeurs » organisée par Centre Hospitalier Théophile Roussel de Montesson.

Relire la 1ère partie de son article

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Sommes-nous tous vulnérables à l’hôpital ?

Qu’est-ce qu’une organisation, comme cet hôpital, sinon une communauté de personnes vulnérables conduites à collaborer et coopérer ensemble dans le but d’augmenter la puissance d’agir des uns et des autres, autrement qui sont amenées à n’avoir d’autres désirs que la promotion de la personne humaine comprise en ce sens.

Le problème, c’est que trop souvent, nous oublions que nous sommes des puissances vulnérables, c’est-à-dire dépendantes les unes des autres. En effet, la vulnérabilité, telle qu’elle est entendue ici, s’inspire de l’usage que font de ce concept les éthiques du care. Elle ne relève pas tant de la faiblesse ou de la fragilité que de la dépendance, et nous ne sommes pas dépendants seulement lorsque nous venons au monde, ou lorsque nous sommes vieux ou malades, nous le sommes toute notre vie et ce qui diminue notre puissance d’agir et nous oppose les uns aux autres, c’est que trop souvent, nous n’assumons pas cette vulnérabilité, nous la nions en nous percevant comme des individus isolés et autonomes.

C’est ce déni de notre vulnérabilité foncière qui nous conduit souvent à cultiver l’illusion que c’est en dominant les autres que nous pouvons accroître notre puissance d’agir. Lire la suite

De l’individu à la personne : valeurs, vertus et principes, un détour par les concepts (Partie 1/2)

 

De l'individu à la personne


N°4, Avril 2017

by Éric Delassus


Conférence donnée le 23 janvier 2017 lors de la journée d’échanges « Refaire sens avec nos valeurs » organisée par Centre Hospitalier Théophile Roussel de Montesson.

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Tout le monde connaît le proverbe, paraît-il chinois, qui dit que « Quand le doigt montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Cet aphorisme pourrait certainement être riche d’enseignements pour qui s’interroge sur la définition des valeurs d’une organisation et plus particulièrement, comme c’est le cas aujourd’hui, d’un établissement hospitalier.

En effet, trop souvent, nous sommes tentés de poser comme valeur ce qui n’a d’autre finalité que de viser une valeur supérieure, et nous définissons nos valeurs en fonction de notre position dans la structure, du point de vue particulier qui est le nôtre, en oubliant de prendre en compte la raison d’être de l’organisation à l’intérieur de laquelle nous nous situons.

Or, définir les valeurs auxquelles doit se référer une organisation, n’est-ce pas d’abord envisager celle-ci de manière globale et s’interroger sur ce qui donne sens à son fonctionnement ?

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Manager selon le « care »: de quoi parle-t-on ? (Partie 3/3)

Eric DELASSUS, Image 1


N°3, Mars 2017

by Éric Delassus


Lire la 1ere partie de l’article de l’auteur paru en Décembre 2016 sur MMS

Lire la 2ème partie de l’article de l’auteur paru en Février 2017 sur MMS


Certes, l’autorité du manager sur le managé n’est pas de même nature que celle du parent sur l’enfant, la relation ne s’établit pas entre un être mineur et un être majeur, mais entre deux personnes considérées comme responsables et faisant preuve de la maturité nécessaire pour se comprendre l’une et l’autre. Il n’empêche que pour maintenir un climat de confiance entre les deux termes de la relation, il faut que se manifeste de la part du manager une exigence bienveillante et de la part du managé le souci de bien faire et de prendre des initiatives lorsque cela s’avère nécessaire.

Il reste cependant à mettre en place les conditions d’un tel management que certains pratiquent probablement déjà sans peut-être savoir qu’ils prennent en considération cette dimension de vulnérabilité de la condition humaine lorsqu’ils se soucient de ce que pensent et ressentent ceux avec qui ils travaillent.

Ces conditions sont essentiellement humaines et relèvent principalement des dispositions dans lesquelles nous entrons en relation les uns avec les autres dans le monde du travail.

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Manager selon le « care »: de quoi parle-t-on ? (Partie 2/3)

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N°2, Février 2017

by Éric Delassus


Lire la 1ere partie de l’article de l’auteur paru en Décembre 2016 sur MMS

2) Les origines féministes de l’éthique du « care » : 

Le modèle qui est à l’origine de l’éthique du care est celui de la relation mère / enfant. Le choix d’un tel paradigme a eu pour effet de nourrir un certain nombre de critiques accusant l’éthique du care de « maternalisme », alors qu’en réalité la sollicitude qui est à l’oeuvre dans une telle manière de concevoir et d’établir le rapport à autrui dépasse largement le cadre du simple maternage.

Les origines féministes du care donnent d’ailleurs lieu à certaines ambiguïtés dans la mesure où tout en valorisant certains comportements relevant des rôles sociaux le plus souvent dévolus aux femmes, certains auteurs ont eu parfois tendance à essentialiser ou à naturaliser certains comportements s’enracinant dans la sollicitude et la compassion, comme si ces vertus étaient inscrite dans la nature même de la femme.

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Manager selon le « care »: de quoi parle-t-on ? (Partie 1/3)

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N°1, Décembre 2016

by Éric Delassus


Management : De quoi parle-t-on ? 

Le terme de management présente cette particularité d’apparaître aux francophones que nous sommes comme un anglicisme, alors qu’en réalité, il tire son origine de la langue française. Parti du français vers l’anglais, il nous est revenu pour désigner ce que certains nomment la gestion des ressources humaines et qu’il serait peut-être plus judicieux d’appeler l’art de diriger et d’accompagner les hommes au travail.

Ce terme présente une telle polysémie qu’il peut aussi bien évoquer le dressage des animaux – la ménagerie – que l’administration domestique – la gestion du ménage. D’un côté, il évoque l’exercice d’une autorité qui n’est pas nécessairement bienveillante et qui laisse peu de place à l’initiative et à la liberté, de l’autre, il évoque une forme d’administration – la gestion – qui apparaît comme relevant plus de la prise en considération de données quantitatives que du souci de la qualité de vie des êtres humains dans une organisation à l’intérieur de laquelle ils ont à accomplir des tâches qu’ils n’ont pas toujours le désir d’effectuer.

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