Two hospital staffs - surgeon, doctor or nurse standing with arms crossed in the hospital. Medical healthcare and doctor service.

En quoi les compétences infirmières revêtent-elles une dimension politique ? Alexis BATAILLE nous partage sa réflexion soignante.

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Nouvelle chronique littéraire rédigée pour ManagerSante.com par Alexis BATAILLE , Aide-Soignant militaire de réserve, depuis Septembre 2019, aujourd’hui étudiant en Soins Infirmiers au sein d’un Institut de Formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France.

Il est auteur d’un nouvel ouvrage publié en Octobre 2020 intitulé  « Le Guide de survie de l’aide-soignant : 100 questions-réponses sur le métier et la pratique », aux éditions Vuibert. Il est également auteur d’un autre ouvrage intitulé « Vous avez mal où ? », publié aux éditions City, en Mars 2019.

Septembre 2021

La seconde partie de l’année 2021 et le début de l’année 2022 annoncent de longues semaines de débats politiques à l’aune du scrutin présidentiel.

Probablement imprégnés des enjeux de la crise pandémique et des projections à venir pour le système de santé, les débats politiques auront à coup sûr un argumentaire tissé au plus proche des événements sanitaires qui accompagnent notre actualité depuis février 2020.

Dans cet esprit, nous constatons d’ores et déjà que les limites entre le politique et le sanitaire deviennent poreuses, tant le pouvoir de l’un s’assujetti à la nécessité de l’autre, et cela vaut vice versa !

Si bien que, nous pouvons le dire sans craintes : la santé a une dimension politique.

De surcroît, la crise sanitaire nous l’a prouvé, la dimension politique de la santé dépasse nos frontières. Elle admet d’être internationale considérant le poids diplomatique conséquent de ce domaine dans les relations avec les autres Nations, y compris au sein de l’Union Européenne, et notamment sur la question de la politique vaccinale.

Cependant, la mise en exergue de cette double dimension n’est pas nouvelle. De tout temps, la santé s’est avéré un puissant outil de pouvoir, draguant avec lui la cohésion ou la division sociale.

Par-delà nos frontières, la santé démontre aussi toute son importance politique. Elle profile la qualité des relations internationales, au travers des échanges de biens et de services en santé, administrés a priori selon une triade prônant la fraternité, le secours et la solidarité entre les pays.

Fort de cet esprit, la dimension politique de la santé nous permet en outre d’entrevoir l’importance donnée à toutes celles et ceux qui portent sa parole sur le terrain.

Pour ainsi dire, les professionnels de la santé peuvent être considérés comme des acteurs politiques au sens noble du terme. En effet, collectivement, ils exercent une autorité dans ce domaine, l’exercent au plus proche des citoyens et rendent effectif une vieille utopie : le bien commun.

Aussi, dans ce domaine, moins de 800 000 (744 307) d’entre eux sont au centre de cet enjeu humaniste, il s’agit des professionnels de santé infirmiers.

Or, cette catégorie de professionnels de la santé semble connaître une mutation profonde au regard des conséquences socio-professionnelles de la crise sanitaire. De départs annoncés aux reconversions professionnelles, tout en passant par une augmentation de la souffrance au travail, celles et ceux qui incarnent de façon la plus sincère la dimension politique de la santé apparaissent aujourd’hui très fragile.

De ce fait, fort de l’enjeu cardinal des préoccupations de santé sur le territoire et à l’international, il apparaît impérieux que le débat présidentiel s’approprie réellement la dimension politique des compétences infirmières car celles-ci s’avèrent plus que fondamentales !

Compétences infirmières, une dimension sociale.

Sans surprise, les compétences infirmières incarnent la dimension sociale de la Nation.

Dans une société désincarnée par de multiples préoccupations individuelles, les compétences infirmières réactualisent les principes fondateurs : la liberté, l’égalité et la fraternité.

A juste titre, les compétences infirmières « incarnent ». Elles apparaissent comme le symbole d’une réalité devenue maintenant abstraction sociétale : le sens du collectif.

Aussi, naturellement, celles-ci ont été le premier liant communautaire durant une période d’instabilité sanitaire majeure.

Très vite, les compétences infirmières ont su se saisir des multiples enjeux (ex. isolement social, précarité, débordement des établissements de santé) de la crise pandémique afin de renforcer et/ou de maintenir un espoir collectif. Celui de la continuité des soins « en tout temps et en tous lieux » ainsi que de de la perpétuation de la vie dans un moment où s’égrenait tous les jours le nombre de morts.

« Le manque de soin fait plus mal que le manque de science » disait Benjamin Franklin. Au moment où faisait momentanément défaut la science, les compétences infirmières n’ont-elles pas manquées à leur souci de soigner. Un engagement envers l’Autre qui souligne la dimension sociale de ces dernières.

Car, si les compétences infirmières sont un engagement, elles sont, d’abord et surtout une promesse humaniste.

De sorte que, la dimension politique des compétences infirmières s’exprime intrinsèquement dans leur puissance sensible au Monde. Cela est une véritable force politique à l’heure où la parole citoyenne souhaite être écoutée, entendue et participer de façon active à la vie de la cité.

Compétences infirmières, une dimension scientifique & économique.

La dimension politique des compétences infirmières s’affirme également sur un double aspect : scientifique et économique.

Prenant l’exemple de nos pairs Outre-Manche qui déploient, depuis déjà de nombreuses années, une approche systématisée des compétences infirmières au travers de la recherche en sciences du même nom, celles-ci admettent d’avoir une importance fondamentale au travers la production scientifique.

D’abord, de savoirs. Les compétences infirmières permettent sans nul doute d’engager des réflexions polymorphes sur le soin, considérant que c’est une thématique inépuisable autant que les qualités du « prendre soin » sur la durabilité de nos rapports sociaux. D’autre part, investir la production de savoirs infirmiers s’avère être un moyen efficace d’améliorer la qualité des soins mais aussi d’innover dans le domaine de la santé, comme l’ont démontré des initiatives infirmières durant la crise. Hélas, le boulevard scientifique des compétences infirmières est encore trop laissée dans l’ombre, à l’état de ruelle, dans la société des Lumières…

Dans le même temps, les compétences infirmières prennent une dimension économique car elles permettent de modifier le paradigme de notre système de santé exsangue financièrement. En effet, les compétences infirmières regardent la santé selon la perspective du « care » plutôt que du « cure ». Une conception qui prône notamment le rôle socle de la prévention plutôt que du curatif et qui ferait sortir le système de santé à la française d’une organisation strictement médicalisée, encore un peu trop « Knockienne » (« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ! » expliquait de manière docte le praticien-charlatan de Jules Romains).

Aussi, à travers la dimension scientifique et économique, la force politique des compétences infirmières ce n’est pas d’entrevoir l’individu à travers le signe de sa maladie mais plutôt de l’analyser comme le symptôme de notre société.

Compétences infirmières, une dimension diplomatique.

Enfin, les compétences infirmières, si elles sont indispensables sur le plan de la politique nationale, le deviennent aussi sur le plan étranger.

Dans le champ de la diplomatie de la santé, les compétences infirmières dessinent le nouvel état du Monde où l’expertise sanitaire aura une valeur encore plus importante dans la qualité des échanges internationaux. Une valeur qui n’est néanmoins pas abstraite et qui relève de la mécanique de tout un ensemble : le système des Etats.

Aussi, les compétences infirmières devraient intervenir davantage dans les négociations entre les Etats dans un contexte où les systèmes de santé seront à la recherche d’un nouvel élan, d’une inspiration et où la plupart des Etats définissent un nouveau modèle de relations multilatérales, celui de la communauté de destin face à différents enjeux mondiaux tels que l’urgence environnementale ou la résurgence pandémique.

De ce fait, disposer de compétences infirmières solides et denses deviendra un argument diplomatique de poids entre les Etats afin de conforter la qualité et la durabilité des échanges. Celles-ci pouvant être mise à la disposition des uns et des autres sous la forme d’une phalange opérationnelle complète de ces dites compétences, allant du terrain jusqu’à la gouvernance tout en passant par l’innovation.

Sur ce dernier point, les innovations en santé insufflées par les compétences infirmières devront tout particulièrement une valeur précieuse considérant toutes les dimensions politiques précédentes et les enjeux soulevés par la communauté de destin.

Par conséquent, sur le plan diplomatique, les compétences infirmières ne sont pas des outils au service du collectif.

Nous venons de le voir, les compétences infirmières ont définitivement une dimension politique plurielle. Leur valorisation est un enjeu d’anticipation mais aussi de continuité de la dimension humaniste de notre système de santé renouvelé. Toutefois, quid de l’intérêt porté à ces dernières ?

A l’aube de l’entrée en lice des candidat(e)s aux présidentiels et au moment où les équipes de campagnes planchent déjà sur les programmes, il devient urgent d’imposer les compétences infirmières dans le débat politique actuel en tant que projet de société. Une volonté citoyenne et politique d’en faire une variable non ajustable de la qualité et de l’efficience du système de santé et de la diplomatie de la santé, deux domaines absents jusqu’alors des précédentes campagnes mais qui seront sans aucun doute au cœur des colloques animés aux portes de l’Elysée version 2022.

Pour aller plus loin

  • Fabius, Laurent. « Chapitre 7 – La santé au cœur de la politique étrangère française », Dominique Kerouedan éd., Santé mondiale. Enjeu stratégique et jeux diplomatiques. Presses de Sciences Po, 2016, pp. 177-184.
  • Kerouedan, Dominique. « Diplomatie de la santé mondiale », Santé Publique, vol. 25, no. 3, 2013, pp. 253-253.
  • Paillette, Céline. « Diplomatie et globalisation des enjeux sanitaires. Camille Barrère, un itinéraire diplomatique du Caire à l’Office international d’hygiène publique (1883-1926) », Hypothèses, vol. 17, no. 1, 2014, pp. 129-138.
  • Tabuteau, Didier. « Santé et politique en France », Recherche en soins infirmiers, vol. 109, no. 2, 2012, pp. 6-15.

Nous remercions vivement Alexis BATAILLE , Aide-Soignant et, depuis Septembre 2019, étudiant en Soins Infirmiers au sein d’un Institut de Formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France, pour avoir partager régulièrement ses réflexions, à travers ses chroniques passionnantes,  pour nos fidèles lecteurs de ManagerSante.com.

Biographie de l'auteur : 

Aide-soignant diplômé en 2013. Alexis Bataille rejoint le Service de Santé des Armées la même année et servira dans différents Hôpitaux d’Instruction des Armées jusqu’en 2019. Durant son parcours de soignant militaire, Alexis aura en plus l’occasion d’être projeté en opération extérieure mais aussi d’être membre du Conseil de la Fonction Militaire du Service de Santé des Armées.
Dorénavant aide-soignant militaire de réserve, depuis Septembre 2019, Alexis Bataille est étudiant en soins infirmiers au sein d’un institut de formation de la Croix-Rouge Française situé dans le Nord de la France.
En parallèle de son activité professionnelle et étudiante, Alexis Bataille est également membre du comité de rédaction du site infirmiers.com, membre du Cercle Galien et auteur d’un ouvrage intitulé « Vous avez mal où ? Chroniques d’un aide-soignant à l’hôpital » paru chez City Editions en 2019.

[DERNIER OUVRAGE DE L'AUTEUR]

Préface de cet ouvrage
Aide-soignant…
S’il fallait oublier le mot « aide » pour ne retenir que celui de « soignant » ? Ignorés du plus grand nombre, sans exposition médiatique – bien que la récente crise sanitaire ait éclairé leurs fonctions – qui parle de ces professionnels du « care », du « prendre
soin » ? Qui leur donne la parole, les écoute et les valorise ?
Je me souviens du témoignage de l’un d’entre eux qui affirmait : « Qu’un geste, un regard, une accolade, une parole ou un fou rire partagé avec la personne dont on a la charge, redonne foi en ce métier, en l’humain. À cet instant précis on sait pourquoi on est là… »
Oui, affirmons-le et ce n’est pas les infirmiers(ères), cadres de santé, médecins… et surtout patients qui nous contrediront : chacun connaît la valeur et le rôle indispensable des aides-soignants au sein d’une équipe soignante. Il n’y a pas si longtemps, le binôme infirmière/aide-soignante était le « duo gagnant » d’une prise en soin optimale. En effet, grâce à
cet apport de compétences mixtes, le temps du soin et du confort s’opérait pour le patient de façon fluide et dans la continuité : du petit-déjeuner à la toilette, en passant par la réfection du lit, la mise au fauteuil, le renouvellement du pansement ou tout autre soin
technique. Nous ne pouvons que constater aujourd’hui combien cette valeur du travail en binôme est malmenée.
Pourtant, ce qui en résulte, grâce notamment au rôle propre de l’aide-soignant qui ne lui est pourtant pas accordé, c’est cette attention, cette disponibilité, cette écoute, cette gestuelle, cette qualité relationnelle et, au-delà, cette observation clinique qui fait toute la différence. Toutes ces qualités sont la valeur-ajoutée du prendre soin dans la « globalité » du patient, un terme tellement usité qu’il en a perdu sa valeur intrinsèque. Quiconque se retrouve en position de « malade » va l’éprouver très vite. Le travail de l’aide-soignant n’est donc pas seulement une aide, il s’agit bel et bien d’un soin précis et réel.
À l’heure où notre système de santé opère nécessairement de profondes mutations, où l’on parle enfin « d’attractivité » dans les métiers du soin, gageons que celui d’aide-soignant, riche d’un savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être qui lui est propre, puisse exprimer l’essence même de son cœur de compétences. Il est en effet grand temps que de nouvelles perspectives s’ouvrent à lui, qu’il soit reconnu comme professionnel de santé à part entière, et ainsi valorisé comme il le mérite !
Bernadette FABREGAS, Infirmière
Directrice des rédactions paramédicales, Infirmier.com
Groupe Profession Santé  @FabregasBern

Témoignage d'Alexis BATTAILLE (source : ActuSoins)

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