Peut-on clarifier les critères de “la médiation” dans le secteur de la santé ? Michèle GUILLAUME HOFNUNG nous éclaire. (Partie 1/4)

 

Article publié par notre experte, la Professeure Michèle GUILLAUME-HOFNUNG , docteure en Droit, experte à l’UNESCO, experte à l’Union Européenne et au Conseil de l’Europe, fondatrice de  l’Institut de la Médiation Guillaume Hofnung), formatrice & consultante en médiation et en éthique et auteure de l’ouvrage « La Médiation » Que sais je ? (PUF. 8ème édition 2020).

 


N°5, Novembre 2020


 

Plus qu’il n’y paraît, la médiation occupe une place prépondérante dans la perception du malade et de la maladie, que ce soit pour l’équipe médicale ou pour le patient lui même. Je vous présente l’état actuel de la relation entre médiation et la santé. Les besoins de médiation et d’intervention d’un tiers deviennent incontournables dans la gestion des conflits comme dans la guérison du malade.

Qu’on la définisse : 

  • …”Processus de création et de réparation du lien social et de règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et indépendant tente, à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose”. Selon la recommandation des experts de l’Union Européenne, très proche de ma proposition de départ (acte du séminaire de Créteil, pp 12, 70 et 128, éd. DIV 2001)

 

  • ou, comme le Conseil national consultatif de la médiation familiale auquel l’arrêté conjoint de la Garde des Seaux et de la ministre de la famille confiait à cette mission : “un processus de construction ou de reconstruction du lien familial, axé sur l’autonomie et la responsabilité des personnes concernées par des situations de rupture ou de séparation dans lequel un ties, impartial, indépendant et qualifié et sans pouvoir de décision : le médiateur familial favorise à travers l’organisation d’entretiens confidentiels, leur communication la gestion de leur conflit dans le domaine familial entendu dans sa diversité et dans son évolution”.

 

  • ou selon une étape supplémentaire s’appuyant sur les acquis pour atteindre l’essence de la médiation : un processus de communication éthique reposant sur la responsabilité et l’autonomie des participants, dans lequel un tiers – impartial, indépendant, sans pouvoir de trancher ou de proposer (sans pouvoir décisionnel ou consultatif) avec la seule autorité que lui reconnaissent les médieurs (les partenaires de la médiation), – favorise par des entretiens confidentiels l’établissement, le rétablissement du lien social, la prévention ou le règlement de la situation en cause.

  • définitions qui ont en commun :
    • d’avoir été pensées dans le respect de l’unité fondamentale de la médiation, et dans la plénitude de ses fonctions. En enlevant mentalement l’adjectif social ou familial, elles valent pour tous les secteurs de médiation par simple adaptation de l’adjectif, de ce qui évite son atomisation en secteurs,
    • d’insister sur la totalité de ses fonctions : la construction comme la reconstruction du lien social, en reléguant la fonction de gestion des conflits (prévention ou règlement) et en fin de définition.

Très précises grâce aux critères du tiers et du processus, en même temps elles décollent la médiation de l’indifférencié para-juridictionnel.

  • ou qu’on la réduise à un mode alternatif de règlement des conflits (un MARC) comme dans le “Livre vert” de l’Union Européenne.

La médiation est un concept rigoureux, en dépit du flou terminologique dû aux contrefaçons désireuses de capter son image, ou tout simplement à la négligence de ses promoteurs. Elle se trouve au milieu d’un gué que seule une prise de conscience salutaire lui permettra de franchir sans tomber dans un indifférencié à terme destructeur.

Au primat de l’urgence pratique qui a prévalu jusque dans les années 1999-2000, qui consistait à opposer aux vigilances terminologiques un supposé réalisme “peu importe le mot utilisé conciliation, médiation, ce qui compte c’est de faire”, a enfin succédé une phrase de primat de l’urgence théorique, qui a abouti à l’élaboration d’un “SMIC” (Seuil Minimum d’Intelligibilité Conceptuelle), qui comme son homologue économique (le salaire minimum interprofessionnel de croissance) devrait permettre sa survie.

Deux critères lui assurent une définition suffisamment rigoureuse pour rompre avec le syncrétisme qui l’a menacée, mais suffisamment large pour ne pas la tronquer ou la scléroser.

 

Les deux critères de la médiation.

L’intervention d’un tiers tout d’abord.

Elle sort les médieurs d’un face à face réducteur. Ce noyau dur de la médiation la distingue à coupe sûr de la négociation  ou de la conciliation qui laisse en présence deux parties en conflit, chercher une solution avec l’assistance éventuelle d’avocats, d’experts. Le tiers joue le rôle important dans de nombreuses théories qu’il s’agisse du dépassement du rapport dialectique pour Hegel, de la figure du tiers impartial pour Simmel (v.J.Freund, Sociologie du conflit, Paris, PUF, 1983).

Dans la définition de la médiation, il doit cumuler des qualités précises (neutralité, indépendance), ayant pour objectif d’en faire un tiers mettant en œuvre un processus vraiment ternaire (l’absence de pouvoir institutionnel du tiers). Tout troisième n’est pas tiers. En effet, dans le langage juridique, l’extériorité constitue le signe distinctif du tiers, donc si le troisième entretient un lien juridique, de subordination ou de représentation (c’est le cas de l’avocat) avec un des médieurs, il ne sera pas tiers. Il pourra être conciliateur, puisqu’on peut se concilier à deux, mais pas médiateur.

Le processus de médiation 

La médiation repose sur un processus propre, qui ne se réduit pas à une procédure informelle de gestion des réclamations. L’absence de pouvoir impose une méthode très précise, et interdit de trancher ou d’influencer selon un système binaire. Les deux grande sortes de médiation (la médiation de différends et la médiation de différences) requièrent la même méthode exigeante respectueuse de la complexité des situations humaines, comme la liberté des partenaires.

Le passage du deux au trois est l’autre caractéristique qui marque le plus le processus de la médiation. Il va imposer de se démarquer de la représentation, la prise de partie, l’identification, l’assistanat.

Le processus repose sur l’autonomie de la volonté des personnes concernées y compris le médiateur, et sur leur responsabilité.

Pour cette raison, il faudrait prêter une plus grande attention à l’élément intentionnel de la médiation, au lieu de se contenter d’une intention indifférenciée de se tourner vers un MARC quel qu’il soit. L’animus devrait être clairement identifié, l’animus de médiation ne se confond pas avec celui de conciliation ou de transaction ou de négociation.

La terminologie, utilisée dans le processus de médiation révèle tout un état d’esprit. On ne parle pas de parties, même dans l’hypothèse d’une médiation de conflits, car la notion de partie appartient à une pensée binaire. Elle opère une partition entre les éléments en situation complexe, en particulier elle occulte le fait que les deux éléments sont aussi les partenaires de ce conflit, qu’ils l’ont forgée et qu’ils on ce conflit en commun (parfois le seul lien qui subsiste).

 

Qu’il s’agisse de la médiation de différences, ces différences qui font la complexité et donc la difficulté des relations humaines, ou de la médiation de différends quand les différences font conflit au lieu de faire richesse, la médiation s’étend à tous les secteurs de l’activité humaine.

Elle commence à se développer dans le domaine de la santé. A un moment où comme on vient de le voir son statut épistémologique s’affermit, il serait regrettable de ne pas capitaliser l’acquis conceptuel permettant d’éviter dans un domaine où ils seraient particulièrement dommageables, celui de la santé, les faits mal accomplis, résultant du mal nommé qui révèle les lacunes de la préparation de l’action. 

 

Lire la 2ème partie de cet article le mois prochain

 

Michèle GUILLAUME HOFNUNG

Nous remercions vivement la Professeure Michèle GUILLAUME-HOFNUNG , docteure en Droit, experte à l’UNESCO, experte à l’Union Européenne et au Conseil de l’Europe, fondatrice de  l’Institut de la Médiation Guillaume Hofnung), formatrice & consultante en médiation et en éthique et auteure de l’ouvrage « La Médiation » Que sais je ? (PUF. 7ème édition du 28 Janvier 2015).

Elle propose de partager son expertise juridique pour nos fidèles lecteurs de www.managersante.com


Biographie de l’auteure : 
Michèle GUILLAUME-HOFNUNG est Docteure en droit, Professeure émérite de droit public à l’Université Paris-Sud où elle a dirigé le Collège d’Etudes Interdisciplinaires, le Master Diplomatie & Négociation Stratégique) et le 3ème cycle de droit de la santé.
Elle a créé le diplôme « La médiation » à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas.
Elle est également Conférencière, Consultante, Formatrice et Experte en médiation et en éthique. Elle est auteure de nombreux articles et d’un ouvrage sur la « médiation » aux éditions PUF (7ème édition en 2015).
Elle est fondatrice de l’Institut de la Médiation Guillaume Hofnung (IMGH) qui propose des formations et des médiations.
Elle est aussi Directrice du CERB (Centre d’Etude et de Recherche en Santé Publique et en Bioéthique). Dans le champ de la médiation, Michèle GUILLAUME-HOFNUNG a participé à la création en 1987 de la première formation de médiation en Europe. Elle est Présidente de l’Union Professionnelle Indépendante des Médiateurs et est présidente d’honneur de l’association des médiateurs diplômés de Paris 2 Panthéon-Assa (MDPA).
Dans le domaine de l’éthique, elle a apporté sa contribution à la création en 1989 des premiers diplômes d’éthique médicale à l’Université de Paris V. Elle apporte son expertise dans la gestion des ressources humaines par la communication éthique. Michèle GUILLAUME-HOFNUNG est également Vice-présidente de l’Académie de l’éthique.
Elle a été vice-présidente du comité éthique et droits de l’Homme de la Commission Nationale française pour l’Unesco entre 1995 et 2010 (en qualité d’Experte en éthique de l’Unesco, Experte en éthique de l’Union Européenne).
Elle a participé à l’accompagnement des politiques publiques dans le domaine de la médiation auprès de plusieurs ministères et diverses organisations internationales.
Son institut de médiation l’IMGH est partenaire d‘Universités, Grandes Ecoles, entreprises, hôpitaux, collectivités territoriales, associations interculturelles.
Michèle GUILLAUME-HOFNUNG s’est impliquée depuis de nombreuses années à l’internationale sur les questions liées à la médiation à travers plusieurs missions au Conseil de l’Europe, l’Union européenne et l’Unesco.
Ouvrages de l’auteure  :

 


UN OUVRAGE DE RÉFÉRENCE 

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QU’EST-CE QUE LA MÉDIATION,

selon la Professeure Michèle GUILLAUME-HOFNUNG

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SE FORMER SUR LA MÉDIATION 

 

L’IMGH (Institut de la Médiation Guillaume Hofnung) est fondé par la Professeure Michèle GUILLAUME-HOFNUNG, formatrice et consultante en médiation et en éthique, auteure de l’ouvrage « La Médiation » Que sais je ? (PUF. 8ème édition 2020), docteure en Droit,  experte à l’UNESCO, experte à l’Union Européenne et au Conseil de l’Europe.

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L’institut de Médiation :

 Est tournée entièrement vers des activités pratiques,
 Contribue depuis sa création à la professionnalisation du métier de médiateur,
 Garantie une démarche qualité à ceux qui la mettent en œuvre, comme à ceux qui y ont recours,
 Intervient en France et à l’international.

L’IMGH s’appuie sur :

 un réseau national et international
 une équipe de médiateurs, formateurs, consultants, et auditeurs ayant suivi une formation exigeante à la médiation, et en complément de parcours professionnels et personnels riches et aboutis.


 

DU MEDIATION PANTHEON ASSAS

Qu’il s’agisse du Diplôme d’Université (DU) « La médiation » de l’université Panthéon-Assas Paris-2, pris comme modèle de tronc commun par le Conseil national consultatif de la médiation familiale (CNCMF), ou des enseignements que l’IMGH (Institut de la Médiation Guillaume Hofnung) assure à la demande des établissements de santé, les contenus fondamentaux demeurent.
Le socle de principes consiste à :
  • présenter, analyser et justifier la définition de la médiation, en soulignant l’importance de ses quatre fonctions et de son unité ;
  • former au processus de communication éthique, maïeutique reposant sur l’autonomie et la responsabilité des «médiés » ;
  • poser le cadre de la médiation, du respect de l’ordre public ;
  • apprendre à respecter en toutes circonstances la confidentialité qui justifie la confiance sans laquelle la médiation n’existe pas.
La formation intègre également : “un axe sociologique (évaluer les besoins, les obstacles, les contre indications),” un axe psychologique (travailler sur soi-même pour être et rester tiers, fonctionner sans pouvoir, rechercher l’impartialité, écouter, reformuler, intégrer les éléments de psychologie, d’analyse transactionnelle, de programmation neurolinguistique), »un axe juridique (connaître les règles d’ordre public, la hiérarchie des règles de droit, la déontologie ; savoir passer le relais aux professionnels du droit), »un axe pratique (jeux de rôles reprenant des situations vécues par les enseignants ou les personnes en formation).

 


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