1- Le Départ (Nouvelle litteraire mensuelle d’Arnaud BOVIERE)

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1- Le Départ


Les voitures filaient au loin. Elles dévoraient la chaussée puis disparaissaient rapidement, englouties par la nuit noire. Marc n’avait pas bougé. Il fixait ce ballet incessant depuis la fenêtre de sa chambre, et, impassible, comptait les silhouettes qui passaient devant ses yeux d’enfant. Il ne parvenait pas à distinguer avec précision la carrosserie des voitures, ni même les formes. Seuls deux néons vaporeux, deux immenses lignes filandreuses, qui semblaient vouloir s’échapper des phares, lui indiquaient que le compte venait d’augmenter. Déjà soixante-douze véhicules ! La circulation était intense ce soir !

À peine eut-il le temps de se satisfaire de sa découverte que deux nouveaux néons l’éblouirent. Soixante-treize… Le nombre était-il toujours aussi important la nuit ? Ou alors, c’était peut-être juste aujourd’hui ? Marc pensa naturellement que le monde entier devait être au courant de ce qui lui arrivait, oui, tout le monde. C’était évident. Même Ruffy, le chien des voisins, l’avait regardé avec un air plus insistant ce matin, comme s’il savait. Pauvre Ruffy, quand allait-il le revoir ? Et cette maison, cette chambre, dans laquelle il passait toutes ses nuits depuis qu’il avait vu le jour, ce bureau et ces murs… tout cela, quand le reverrait-il ?

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Soudain, un crissement de pneus obligea Marc à regarder à nouveau par la fenêtre. Tout semblait calme au dehors. Aucun néon ne voilait son regard. Une grosse voiture venait de se garer et son chauffeur avait coupé le contact, permettant aux phares de se reposer un peu. Ils doivent avoir froid quand même, tous seuls comme ça dans la nuit, pensa Marc. Le conducteur s’éloigna sans un regard, condamnant ces pauvres gardiens lumineux à l’attendre dans le noir. Marc se tourna, entendant un nouveau bruit qui venait cette fois du salon. Les voix de ses parents s’entrechoquèrent. Les mots de l’un semblaient manger les mots de l’autre et l’empêchait de comprendre quoi que ce soit. Marc s’emparait de Teddy et avança de quelques pas pour quitter sa chambre. Les voix se firent plus fortes. Les yeux fermés pour se concentrer sur la forme des mots, Marc réussit à saisir plusieurs morceaux de phrases. Des mots affolants qu’il préféra rapidement oublier. La porte de la chambre crissait elle aussi, comme les pneus de la voiture, et lorsqu’il sortit dans le couloir, Marc aperçut une silhouette assise sur une chaise, placée entre ses deux parents. Les mots s’étaient tus. Il avança encore, tenant toujours Teddy avec fermeté, puis se planta devant l’inconnu pour le dévisager.

– C’est vous qui avez laissé la voiture attraper froid ?

– La voiture ? demanda l’inconnu sans comprendre.

– Bah oui, la voiture, là-bas, précisa Marc en désignant sa chambre d’un geste de la main. Et puis, vous êtes qui d’abord ?

– Marc ! rétorqua sa mère en lui lançant un regard noir.

– C’est bon Lisa, ce n’est pas nécessaire, répondit l’inconnu qui adressait un sourire à la mère de Marc. Je m’appelle Théodore, je suis neurologue. Ca veut dire que je m’occupe du cerveau des gens.

– Merci, je sais ce que c’est ! Je suis juste un enfant, pas un idiot.

– Marc !

– Mais quoi, papa ! C’est vrai.

– Comment tu te sens aujourd’hui ? repris Théodore. Il fixait Marc avec toute la douceur qu’un médecin pouvait mettre dans un regard à cet instant.

– Si vous êtes là, c’est que je ne me sens pas super.

– Oui. Théodore jetait un rapide coup d’œil en direction de Lucas et Lisa avant de revenir à Marc. Et la perfusion ? Est-ce que tu sens qu’elle te fait du bien ?

– Ça ? Mais c’est pas une perfusion, c’est Teddy !

– D’accord, répondit Théodore amusé. Est-ce que Teddy te fait du bien ?

– Oui. Enfin, il m’aide surtout à ne pas me sentir seul. Je lui parle beaucoup.

Les doigts de Lisa cherchaient subrepticement ceux de Lucas, puis, les trouvant, les serrèrent avec une force insoupçonnée.

– Bien. Est-ce que ça te dirait de venir avec moi ? Je te propose d’aller dans un endroit où tu rencontreras d’autres enfants comme toi. Un endroit où nous pourrons essayer de t’aider à aller mieux.

Marc regardait ses parents, l’un après l’autre, puis soupira.

– Je préfère rester à la maison…

– Mon chéri, commença Lisa. Je pense qu’on devrait suivre Théodore. On vient avec toi, évidemment, mais il faut lui faire confiance.

Un silence s’installait dans le salon. Même les voitures, les néons et Ruffy se terraient dans la pénombre. Lucas s’agenouillait puis essuya une larme qui coulait sur la joue de son fils.

– Je peux emmener Teddy ? prononça Marc d’une petite voix.

– Bien sûr.

– Alors, oui, dans ce cas, allons-y….

Découvrez la suite de cette Nouvelle, dès le mois prochain sur www.managersante.com 

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N’hésitez-pas à laisser vos impressions, Arnaud BOVIERE vous répondra avec plaisir !!!

Nous remercions vivement  Arnaud BOVIERE (Ambassadeur LinkedIn France, Chargé de Mission au  Ministère de la Culture, Journaliste chez Gallimard, Ambassadeur chargé des projets culturels, Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, Ancien patient des hôpitaux de Paris) , pour partager ses talents d’écriture  en proposant cette Rubrique mensuelle « Culture littéraire & santé », pour nos fidèles lecteurs du Site www.managersante.com

5 commentaires sur “1- Le Départ (Nouvelle litteraire mensuelle d’Arnaud BOVIERE)

  1. Excellent! 👍👍!
    Un décor et un scénario qui s’implante d’une manière très originale …
    On sent une profonde empathie inonder de son souffle une situation pathologique que l’on devine …
    La suite ne peut être donc que passionnante car les ingrédients primaires sont de très haute qualité. 😊👏

  2. bravo Arnaud cette nouvelle est très bien écrite, on s’imagine très bien la scène j’ai hâte de lire la suite…Merci

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