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L’Ostéopathie peut-elle participer à la prévention des risques de TMS des professionnels ? Retour d’expérience du CH d’Avignon (3/3).


N°3, Février 2018


Nous avons vu dans les articles précédents (1er article et 2ème article) que l’ostéopathie présente un intérêt certain dans les démarches de prévention des Troubles Muscolo-Squelettiques (TMS), en particulier au titre de la prévention « centrée sur l’individu », en complément des actions de prévention organisationnelle et technique.

Je vous ai présenté une démarche qui a été initiée et qui perdure encore aujourd’hui au sein du Centre Hospitalier d’Avignon en partenariat avec l’école d’ostéopathie locale. Cette démarche a pour objectif d’évaluer la prise en charge ostéopathique du personnel soignant vis-à-vis des douleurs professionnelles.

Au delà de l’évaluation quantitative de cette démarche, le retour d’expérience du personnel concerné est pertinent d’être présenté.

Je les remercie pour leurs témoignages :

Un plan d’action préventif  pour les personnels soignants de l’Hôpital 

Fabienne Testenière, Directrice des soins, nous apporte un éclairage sur la motivation du Centre Hospitalier de se lancer dans le projet, et sur les premiers constats réalisés suite à l’intervention des étudiant(e)s ostéopathes :

En 2014 lors des rencontres mensuelles DRH et médecin de santé au travail plusieurs constats ont été faits :

Parallèlement, l’école d’ostéopathie sollicitait l’établissement de santé pour accueillir des étudiants en stage.

Un  partenariat a été établi par le biais d’étude des bienfaits de l’ostéopathie en prévention et en curatif sur la population aide-soignante, la plus touchée par les TMS. Ainsi des professionnels soignants de l’établissement ont pu bénéficier de soins gratuits dans la clinique de l’école.

Une  satisfaction du personnel qui avait pu bénéficier de ces soins a été constaté mais « l’échantillon » n’était pas suffisant  pour en tirer des conclusions. En effet, les Aides-soignantes  avait du mal à se libérer pour faire le trajet jusqu’à l’institut d’ostéopathie. L’action a été reconduite en 2015 et 2016.

En 2017, sur le secteur personnes âgées qui a un taux d’absentéisme important, la proposition a été que les ostéopathes viennent sur place pour prendre en charge les infirmières et aides-soignants sur 3 séances sur leur lieu de travail.

En plus de l’apport de soins physiques le fait que l’ostéopathie considère la personne dans son ensemble a été apprécié. Les personnels se sont sentis écoutés et reconnus.

L’écoute et la reconnaissance sont deux éléments essentiels du ressenti des salariés quant à leur propre qualité de vie au travail (1 et 2)

Résultats d’une étude  par l’IFOGA : réduction sensible du taux d’absentéisme des soignants à l’hôpital : 

Les conclusions de l’étude faite par IFOGA révèlent des résultats satisfaisants.

Sur le secteur personnes âgées une diminution de l’absentéisme de 7% pour les IDE et de 4% pour les AS a été constatée entre 2016 et septembre 2017 (en comparaison, le taux d’absentéisme général en 2017 a baissé sur l’ensemble des personnels non médicaux  de l’établissement de 0,24%. Rien ne permet encore de corréler avec certitude ce résultat à la prise en charge ostéopathique, bien que ce soit un résultat encourageant!

87 % des salariés estiment qu’une bonne Qualité de Vie au Travail (QVT) profite à la fois aux salariés et aux entreprises (2) et 75% des dirigeants constatent une amélioration de l’efficacité et de la productivité (3)

Un projet en 2018 pour le service de réanimation  : la luminothérapie

La démarche va être reconduite en 2018 et un autre secteur va intégrer au projet : le service de réanimation.

Nous envisageons dans le cadre de la prévention des risques psychosociaux une formation sur l’utilisation de lunettes de luminothérapie pour limiter entre autre pour les personnels de nuit les aspects néfastes de l’activité nocturne. D’autre part, un groupe de Cadres pourra aussi bénéficier de séances de sophrologie.

Les services du Pôle personnes âgées  : un secteur exposé aux TMS

Sylvie Dauvilaire , Cadre de santé, évoque la charge psychologique pour une secteur identifié comme contraignant et les bénéfices supposés de la prise en charge ostéopathique : la prévention des troubles musculo-squelettiques fait l’objet d’une réelle réflexion au sein du pôle personnes âgées.

Des conditions de travail en EHPAD vécues comme difficiles par des personnels très engagés (4)

En effet, de nombreuses absences pour maladie ou accident de travail sont liées à la manutention des personnes dépendantes accueillies dans les différentes unités de soins du pôle, et au déplacement des patients et du matériel.

La mise en place du projet a été facilement réalisable car nous avions les locaux et les tables d’examens  pour accueillir les étudiants ostéopathes. Les équipes ont adhéré à ce projet car ils se sentaient reconnus en tant que personne mais aussi en tant que professionnels de santé travaillant auprès de patients présentant des pathologies invalidantes chroniques avec des troubles cognitifs.

Dans la prise en charge quotidienne, les communications avec les patients étant rarement cohérentes, les familles souvent exigeantes et critiques car elles sont en situation de stress, ainsi qu’une confrontation à la souffrance, à la mort  accentue une charge mentale supplémentaire pour les soignants pouvant  potentialiser les risques psycho-sociaux et les TMS en particulier.

Je pense que cette démarche est à pérenniser car cela peut être un moyen complémentaire pour lutter contre les TMS. Elle  permet également au professionnel de santé d’analyser sa posture dans son travail et la corriger si besoin.

Globalement, le retour des équipes est plutôt positif.

Regard des Aides-Soignants sur les effets bénéfiques de l’ostéopathie sur leur bien-être 

Elisabeth C. Aide-soignante au sein de l’unité Mistral nous évoque ses impressions suite aux consultations :

« J’ai eu une très bonne expérience avec les séances d’ostéopathie. Cela m’a procuré un bien-être fondamental même si cela n’a pas solutionné tous mes inconforts.

Je poursuis cette année avec deux séances supplémentaires en espérant qu’elles mettront le doigt sur les petits dysfonctionnements restants. Je conseille vivement ces séances qui se révèlent toutefois très positives.« 

Laury S. Aide-soignante a également souhaiter nous apporte son témoignage :

« Comme on dit les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés. Je ne vais pas forcément chez le médecin, le kiné, ou l’ostéo pour me soigner au moment où j’ai mal. Et le fait que l’on vienne sur mon lieu de travail était plus simple pour moi. Il faut également rajouter que la gratuité d’accès aux séances a été un plus non négligeable.

Après avoir eu beaucoup d’appréhension à passer entre les mains d’étudiantes, j’ai vu le résultat au fil du temps. J’avoue que j’étais sceptique quant aux résultats et je craignais que cela soit pore que mieux. Cependant, entre les résultats, et le fait que les étudiants ont été très à l’écoute de nos questions et préoccupations, c’est une démarche très rassurante. »

En conclusion, nous avons pu voir au travers de cette série d’articles que des nouvelles pratiques telle que l’ostéopathie peuvent apporter un levier supplémentaire dans les démarches de prévention.

Au delà des premiers résultats qui montrent une évolution plutôt positives quant aux douleurs professionnelles, les retours d’expériences – tant des cadres que du personnel soignant – sont bons et nous amènent à pousser plus en avant la collaboration.

Pour compléter ce projet, l’équipe d’EOSE  a également mis en place depuis cette année une étude ergonomique concernant les postes d’infirmiers et d’aide-soignants au sein de l’unité de soins de long durée.

Nous ne manquerons pas de vous faire par des résultats futurs de ces deux projets. Il pourront constituer des pistes de réflexion pour d’autres établissements en France.

Entre temps, j’aborderai d’autres sujets autour de la prévention et des conditions de travail en établissement de santé.


Pour aller plus loin :

  1. ANACT – Dossier thématique – Les salariés font de la reconnaissance un élément clé de la qualité de vie au travail
  2. ANACT – Sondage pour la semaine de la QVT 2013
  3. Etude annuelle Sodexo Services Avantages et Récompenses sur les enjeux des PME et la qualité de vie au travail
  4. Rémy Marquier, Thomas Vroylandt (DREES), Marie Chenal, Pierre Jolidon, Thibaut Laurent, Clémence Peyrot, Thomas Straub, Camille Toldre (ENEIS Conseil) – Des conditions de travail en EHPAD vécues comme difficiles par des personnels très engagés – Les dossiers de la DREES
  5.  Fabrice Bourgeois et François Hubault, « Prévenir les TMS », Activités [En ligne], 2-1 | avril 2005, mis en ligne le 02 avril 2005, consulté le 28 novembre 2017. URL : http://activites.revues.org/1561 ; DOI : 10.4000/activites.1561
  6.  Nicoleta Lesueur, Ariane Leroyer, Jean-François Gehanno, Jean-François Caillard, Laetitia Rollin. Évaluation du retentissement des risques psychosociaux sur l’état de santé du personnel hospitalier : étude comparative à l’aide de la démarche EVREST dans un centre hospitalier universitaire. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, Volume 77, Issue 3, Page 411.

      


Nous remercions vivement notre spécialisteMatthieu PETIT , Ostéopathe Diplômé de l’Institut Supérieur d’Ostéopathie de Lille et Intervenant pour la Prévention des Risques Professionnels, Diplômé du Master 2 Professionnel en « Ergonomie et Gestion des Risques Professionnels »  à l’Université de Bourgogne, Dirigeant (CEO) de EOSE (cabinet de conseil spécialisé dans la prévention au travail), pour partager son expertise pour nos fidèles lecteurs de managersante.com 

Pour information, cet excellent article est partagé sur :

     

Dans le cadre du Salon PREVENTICA, Matthieu PETIT participe au 1er brainstorming de la prévention : 


Inscriptions : contacter PREVHACKTHON  ou aller sur le Site du Salon PREVENTICA 

 

Matthieu PETIT

Dirigeant (CEO) de EOSE (cabinet de conseil spécialisé dans la prévention au travail), Ostéopathe Diplômé de l’Institut Supérieur d’Ostéopathie de Lille, Diplômé du Master 2 Professionnel, spécialité : "Ergonomie et Gestion des Risques Professionnels", Université de Bourgogne. Expert-Intervenant sur la Prévention des Risques Professionnels

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