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Que peuvent apporter la « Télémédecine & le « télésoin » ? Le Docteur Pierre SIMON & le Professeur Thierry MOULIN nous en parlent dans leur nouvel ouvrage.

 

 


N°39, Mars 2021


 

Nous remercions les éditions Le Coudrier,  pour nous avoir aimablement autorisé la diffusion du texte introductif du nouvel ouvrage publié en Février 2021 intitulé : « Télémédecine et télésoin – L’essentiel pour pratiquer »  par notre expert, le Docteur Pierre SIMON  (Medical Doctorat, Nephrologist, Lawyer, Past-president of French Society for Telemedicine), et le Professeur Thierry Moulin spécialisé en neurologie, chef du service de neurologie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon, et directeur de l’unité de formation et de recherche (UFR) Santé à l’université de Franche-Comté.

 

Témoignages : 

Alexis est généraliste à Florac-Trois-Rivières dans les Cévennes.

Il s’est intéressé à la télémédecine pendant l’hiver 2019 après avoir été sollicité par son neveu parti au Laos pour un périple en vélo. Celui-ci s’inquiétait d’une lésion érythémateuse au bras qui évoluait en s’aggravant. Grâce à la photo reçue par WhatsApp, Alexis avait pu le rassurer à distance et lui donner des conseils d’antisepsie et de surveillance. Suite à cet épisode, il a acquis une solution numérique dédiée à la téléconsultation et l’a utilisé avec des patients chroniques ayant des difficultés à se déplacer. L’épidémie de Covid-19 et le confinement de la population, en mars 2020, l’ont conduit à développer son activité à distance pour les patients à risque et ceux qui craignaient de venir à son cabinet. Il a procédé par téléconsultation ou par téléphone selon les possibilités d’accès à Internet de ses patients. Pendant cette période, Alexis a mesuré les limites de l’exercice à distance. Aujourd’hui, il estime que la télémédecine doit être une pratique réservée à certaines situations. Pour l’avenir, il se pose plusieurs questions : a-t-il choisi une solution numérique performante ? La sécurité des données personnelles de ses patients est-elle bien garantie ? S’il fait une erreur en téléconsultation, son assureur le couvrira-t-il ? Il aimerait aussi essayer la télé-expertise. Habituellement, il contacte ses correspondants spécialistes par téléphone. En procédant par messagerie sécurisée, ceux-ci seraient-ils rémunérés, comme il l’a compris ?

Justine est infirmière libérale à Angers.

Pendant la période de la Covid-19, elle a pratiqué le télésoin à la demande de médecins traitants auprès de patients contaminés par le virus, ou suspectés de l’être. Ces patients devaient rester isolés dans leur domicile pendant au moins 15 jours. L’activité à distance de l’infirmière consistait à surveiller l’évolution des symptômes, comme la fièvre et les signes respiratoires, et à rassurer les patients inquiets. Justine a souvent dû expliquer l’objectif du télésoin : dépister une aggravation de la maladie qui nécessiterait une hospitalisation. Elle a réalisé les télésoins par vidéotransmission à partir de son cabinet avec la même solution numérique que celle d’Alexis, et programmé trois rendez-vous par semaine pour chacun. À chaque séance, les patients se connectaient avec leur tablette ou leur smartphone grâce au lien et au code d’accès qu’elle leur avait envoyés en amont. Justine a découvert le télésoin à cette occasion. Elle se demande si la qualité de la relation avec ses patients est la même que lorsqu’elle est auprès d’eux. Ils ont tous compris les raisons de cette organisation à distance, mais auront-ils envie de continuer après la fin de l’épidémie ?

Valérie est orthophoniste.

Elle exerce dans une maison de santé située près de Dijon. Au moment où le confinement au domicile a été institué, elle a dû interrompre les séances de rééducation du langage de ses patients. Cela l’ennuyait, d’autant plus que pour certains, elle considérait que c’était une perte de chance. Informée qu’un arrêté ministériel lui permettait de réaliser des séances par télésoin pendant la période de la Covid-19, elle a eu l’idée d’utiliser la solution numérique dont ses collègues médecins se servaient. Elle a pu ainsi proposer à ses patients la poursuite de leurs séances de rééducation. Une des limites qu’elle a rencontrée concerne les possibilités d’accès à Internet de sa clientèle, et les équipements dont ils disposent. En effet, la connexion au réseau numérique doit être parfaite pour que la rééducation du langage soit de qualité. C’est la première fois dans sa carrière qu’elle pratiquait l’orthophonie à distance. Elle se demande si c’est aussi efficace qu’en présentiel, et si ses patients accepteraient de continuer ce mode de prise en charge en dehors de l’épidémie. Peut-être pourrait-elle parfois remplacer des séances en présentiel par des séances à distance ?

Ces situations ne sont pas de la fiction.

Alexis, Justine et Valérie existent, nous avons simplement changé leurs prénoms et leurs lieux d’exercice pour préserver leur anonymat. Comme eux, à l’occasion de la pandémie de Covid-19, de nombreux professionnels de santé, médicaux et paramédicaux, se sont équipés pour exercer la télésanté. Même si les pratiques présentielles restent la norme hors confinement, la crise sanitaire a laissé des traces. Des soignants ont expérimenté une nouvelle façon d’exercer leur activité. La pratique à distance leur paraît désormais envisageable et adaptée à certains besoins, en particulier à la protection des patients lorsqu’un virus circule.

D’autres professions de santé sont à présent autorisées à pratiquer la télémédecine ou le télésoin. Le pharmacien d’officine peut accompagner certains patients dans leur traitement en télésoin. Il s’agit des patients prenant des traitements essentiels, comme le traitement anticoagulant par antivitamine K prescrit pour des troubles du rythme cardiaque ou le traitement antiasthmatique en cas de crises d’asthme répétées. L’objectif est d’améliorer l’observance thérapeutique et de prévenir l’arrêt non justifié du médicament.

Les médecins des établissements de santé développent également aujourd’hui des pratiques de télémédecine au bénéfice des patients.

En dehors des téléconsultations organisées pendant l’épidémie de coronavirus, ils réalisent des télé-expertises pour les médecins de ville ou pour d’autres médecins exerçant en établissement. Les échanges avec les médecins traitants sont à même d’améliorer la continuité des soins entre la ville et l’hôpital, en préparant les hospitalisations et les retours à domicile. Ceux entre établissements exerçant au sein de groupements hospitaliers de territoire permettent d’organiser des parcours de soins gradués pour les patients : grâce à la télé-expertise, les spécialistes d’établissements recours peuvent accompagner les médecins des établissements périphériques dans la prise en charge de leurs patients et éviter les transferts inutiles. Ainsi, le meilleur soin, au bon endroit, au bon moment et au meilleur coût peut être donné.

Il y a déjà plus de vingt ans que les premières expériences de télémédecine ont été menées en France. Nous faisons partie de ces médecins qui s’y sont engagés pour répondre à des problématiques de santé, telles que celle de la prise en charge des insuffisants rénaux chroniques, avec le développement de la télédialyse, et celle des accidents vasculaires cérébraux, avec l’organisation du télé-AVC[1]. Aujourd’hui, la télémédecine et le télésoin entrent dans les facultés et les écoles de formation des professionnels de santé et de nombreux soignants souhaitent développer ces pratiques. Ce livre s’adresse à eux, ainsi qu’aux étudiants en santé. Notre ambition est de leur faire découvrir les cas où l’usage de la télésanté est une alternative pertinente à la pratique traditionnelle et de leur donner tous les éléments nécessaires pour exercer à distance en toute sécurité.

 

Intérêt de cet ouvrage : 

Nous avons construit l’ouvrage de la façon suivante. Les premières pages invitent à se familiariser avec le monde de la santé numérique. Nous y apportons des définitions, décrivons les acteurs et leurs rôles respectifs, ainsi que leurs responsabilités, et abordons les questions d’éthique et de déontologie. Nous indiquons ensuite ce que les pratiques de télésanté peuvent apporter aux patients, aux professionnels et au système de santé avant de détailler les prérequis nécessaires à l’exercice de la télésanté. Nous poursuivons en présentant les différentes pratiques de télémédecine et de télésoin.

Puis, nous abordons les moyens au service de la télésanté, que sont ceux qui permettent la communication entre les professionnels, l’intelligence artificielle médicale, les robots en santé et les dispositifs médicaux connectés.

Enfin, nous expliquons la mise en œuvre d’un projet de télésanté à partir d’une expérience menée outre-mer et donnons des recommandations pour mener une telle démarche. Tout au long de l’ouvrage, nous signalons des références dans lesquelles le lecteur pourra trouver des compléments à notre propos.

 

Note : 


[1] Organisation de télémédecine pour la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux.

 



Biographie des auteurs : 
Docteur Pierre SIMON, 
Pierre SIMON est néphrologue et juriste de la santé. Il a pratiqué la télémédecine pendant plus de quinze ans à l’hôpital de Saint-Brieuc en tant que chef du service de néphrologie-dialyse. Il fait partie des pionniers français de la télémédecine. En 2001, il a développé une application de télédialyse, qui est recommandée aujourd’hui par la Haute Autorité de santé : la télésurveillance des patients insuffisants rénaux chroniques traités par hémodialyse en unité de dialyse médicalisée.
En tant que conseiller général des établissements de santé au ministère chargé de la santé (2007-2010), Pierre Simon a contribué à la réflexion nationale sur le développement de la télémédecine. Il a cosigné avec Dominique Acker le rapport ministériel de 2008 sur la place de la télémédecine dans l’organisation des soins. Ce rapport a servi à écrire la définition de la télémédecine dans la loi Hôpital patients santé territoires, ainsi que le décret de télémédecine du 19 octobre 2010.
Pierre Simon a fondé en 2006 la Société française de télémédecine (SFT), qui réunissait 14 sociétés savantes ayant développé des organisations de télémédecine. Il a assuré sa présidence de 2010 à 2015.
Aujourd’hui, il s’implique dans des projets gouvernementaux de télémédecine en Amérique du Sud et en Afrique subsaharienne, et assure des formations professionnelles en France et à l’étranger. Il anime le blog sur la télémédecine et le télésoin.
Professeur Thierry MOULIN
Thierry MOULIN est professeur de neurologie, chef du service de neurologie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon, et directeur de l’unité de formation et de recherche (UFR) Santé à l’université de Franche-Comté. C’est dans le cadre du Réseau des urgences neurologiques de Franche-Comté qu’il a imaginé l’organisation de télé-AVC pour la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux et qu’il est devenu un pionnier de la télémédecine en France. Cette organisation a été récompensée par un prix de la Health Information Technology en 2011. Le neurologue a ensuite contribué à la réflexion nationale sur le développement du télé-AVC et participé à sa déclinaison en Europe.
Thierry MOULIN s’est investi dans la Société française de télémédecine dès sa création aux côtés de Pierre Simon. Il lui a succédé comme président de 2015 à 2018. Il est aujourd’hui membre du bureau de la Société française de santé digitale (SFSD), nouvelle appellation de la société.
En sa qualité de doyen, Thierry MOULIN s’implique pour développer la formation à la santé numérique au sein des études de toutes les professions en santé. Il anime également des actions de formations transcontinentales en télémédecine avec des neurologues d’Afrique subsaharienne

[OUVRAGE DES AUTEURS]

Février 2021


Résumé de l’ouvrage :
Avec l’épidémie de Covid-19, la télémédecine et le télésoin se sont invités dans les usages. De nouvelles professions ont été autorisées à exercer à distance pour que la population puisse continuer à se soigner. Les pratiques de télésanté entrent aujourd’hui dans les universités et les écoles de formation. Demain, les professionnels de santé exerceront de façon courante à la fois en présentiel et à distance.
Pour accompagner ce mouvement, deux pionniers de la télémédecine ont posé sur le papier l’essentiel à connaître pour pratiquer. Champ de la santé numérique, responsabilités des acteurs, aspects éthiques, intérêts des pratiques à distance, prérequis avant de se lancer, indications, recommandations de bonnes pratiques, moyens pour communiquer… Autant de sujets traités de façon claire, et illustrés de cas cliniques.
Un ouvrage indispensable pour tous les professionnels de santé amenés à pratiquer la télésanté*, et pour les étudiants se préparant à ces métiers.
* Médecins, sages-femmes, dentistes, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, pédicures-podologues, orthophonistes, orthoptistes, diététiciens.

 


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Docteur Pierre SIMON

Medical Doctor, Nephrologist, Lawyer, Past-president of French Society for Telemedicine, Past-CGES French Ministry of Health Praticien Hospitalier en néphrologie pendant près de 35 ans, il s'est intéressé a la Télémédecine des le milieu des années 90 en développant une application de Télémédecine en dialyse, devenue opérationnelle en 2001. Cette application a été évaluée par la HAS en 2008-2009 (recommandations publiées en janvier 2010). Après avoir co/signe le rapport ministériel sur "La place de la Télémédecine dans l'organisation des soins", avec Dominique Acker lorsqu'il était Conseiller Général des Etablissements de Sante (2007-2009), il a été, de janvier 2010 à décembre 2015, président de la SFT-ANTEL Société savante de Télémédecine, qui regroupe plus de 400 professionnels de santé, médecins et non médecins ( infirmiers, pharmaciens, etc.). et dont l'objet est de promouvoir et soutenir les organisations nouvelles de soins structurées par la Télémédecine, apportant la preuve d'un service médical rendu aux patients. La SFT-ANTEL organise chaque année un Congres européen de Télémédecine et a crée un journal de recherche clinique en Télémédecine ( Européan Research in Télémédecine) publie par Elsevier.

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