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Que peut-on dire de l’évolution du concept de la prévention dans le secteur de la santé ? Le Dr Juliette HAZART met en perspective les enjeux à relever dans ce secteur.

Nouvel Article pour notre plateforme média ManagerSante.com, rédigé par notre nouvelle experte-auteure, le Docteur Juliette HAZART, Médecin addictologue, nutritionniste, coach certifiée en cohérence cardiaque.

Consultante en santé. Formatrice DPC. Rédactrice santé. Elle est également responsable du programme de communication au service du management de projet (Université de Lorraine, Nancy).

N°3, Décembre 2021

«Mieux vaut prévenir que guérir »  selon l’adage populaire. Un précepte qui donne une place prégnante à la prévention. Pourtant, il semble illustrer l’opposition entre la prévention et le soin encore ancrée dans les mentalités et la difficulté d’interconnexion de ces deux attitudes et pratiques pourtant si interdépendantes. Issu du latin praevenire, (prae- pour avant dans le temps et devant dans l’espace), la prévention c’est celle qui «vient avant»,  celle qui prend les devants. Prévenir, c’est agir à l’instant présent en s’adressant à l’avenir mais c’est aussi un concept dynamique. Comment les concepts de prévention en santé ont évolué à l’aune de l’élargissement du champ de vision de la santé et de l’accompagnement, d’une maladie à une personne dans son environnement ?

 

Bref historique de la prévention

C’est au Moyen Âge, lors de la peste de 1347 qu’émerge la notion de Santé publique avec l’instauration d’une alliance des soignants et des pouvoirs publics. Des mesures préventives sont instaurées avec la mise en place de quarantainesAu XVIIème siècle, les quarantaines se généralisent pour les marins revenant de pays lointains. L’amélioration des connaissances sur la physiopathologie et les modes de transmission des pathologies et en particulier des maladies infectieuses a favorisé l’essor de la prévention sur un plan individuel.  En Chine, au XVIème siècle, débutent les procédés de variolisation avant l’immunisation par inoculation de la variole de vache, la « vaccine » par Edward Jenner en 1796.

Cependant, la prévention reste axée sur les comportements et les conditions de travail. Le lien entre la situation sociale et l’état de santé de la population est alors prégnant puis la prévention se focalise sur les comportements individuels. La médecine préventive prend son essor avec le développement des vaccins à la fin du XIXème siècle à l’ère « pasteurienne ».

La prévention, un concept en évolution

Avec l’amélioration des pratiques médicales et chirurgicales et donc de la capacité à soigner et guérir, avec la technicisation de la médecine préventive illustrée par la multiplication des vaccins au début du XXème siècle, la prévention fait référence à la maladie plutôt qu’à la santé.

Ainsi, la classification de l’OMS classe la prévention selon le stade de la maladie.

La prévention primaire se place avant l’apparition de la maladie afin de diminuer l’incidence d’une pathologie dans une population.

La prévention secondaire, intervenant au tout début de la maladie, vise à diminuer la prévalence d’une pathologie dans une population.

La prévention tertiaire a pour objectif de diminuer la prévalence des incapacités chroniques, des complications, des récidives ou des rechutes consécutives à la maladie. Elle illustre le continuum entre préventions et soins.

La prévention quaternaire plus connue sous le terme de soins palliatifs, vise à accompagner les personnes en fin de vie sans objectif d’amélioration de la santé. Elle met en exergue la nécessité et l’intérêt de la prévention à chaque instant et jusqu’au dernier souffle.

Cette nomenclature ne prend pas en compte les actions indépendantes d’une maladie et est centrée sur les soins et orientée contre les risques.

La santé y est définie par son contraire, dimension simplifiée mais mesurable : l’absence de maladie ou conséquences de la maladie ou d’un traumatisme, handicap. L’OMS définit la santé comme «un état complet de bien-être physique, mental et social,  [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité»[1].

Pourtant, l’ouverture positive vers la notion de santé, de convergence entre la santé et le bien-être, de qualité de vie, est absente dans la classification. Cette dimension s’avère en effet plus difficilement mesurable.

La classification établie par Robert S. Gordon[2] en 1983 caractérise la prévention selon la population à laquelle elle s’adresse et non plus le stade de la maladie. Elle s’appuie sur un calcul coût-bénéfice justifiant de cibler tout ou partie de la population.

La prévention est dite universelle quand elle concerne l’ensemble de la population sans connaissance de l’état de santé, des facteurs de risques individuels et des niveaux d’usage (recommandation de Santé Publique France concernant l’alcool, taxation des produits du tabac…).

La prévention orientée ou sélective cible des sous-groupes d’une population ayant des facteurs de risque liés à des expositions socio-démographiques, psychosociales, environnementales, familiales de développer par exemple un usage problématique en fonction de risques d’exposition spécifiques (campagne « zéro alcool pendant la grossesse », intervention en milieu festif…).

La prévention indiquée ou ciblée concerne des personnes avec des facteurs de risque individuels très corrélés au développement d’une pathologie ou à l’entrée dans un usage problématique ou ayant les premiers signes d’un usage problématique sans être au stade de la maladie/addictions (interventions brèves menées auprès des consommateurs d’alcool excessifs…).

Avec les nomenclatures de l’OMS et de Gordon, la prévention est délivrée sans notion de participation individuelle ou collective. Selon San Marco[3], «pour un sujet en bonne santé qui risque de cesser de l’être à cause d’un comportement inadapté, pour un sujet malade qui ne participe pas à la gestion de son traitement, une préconisation extérieure n’aura le moindre impact qu’à la condition expresse de chercher d’abord sa participation à la gestion de sa santé».

Ainsi, dans sa classification, la prévention universelle devient promotion de la santé, approche systémique et décentrée de la maladie en se fondant sur la participation de la cible.

Le développement du concept de promotion de la santé est allé de pair avec l’intérêt pour une nature multidimensionnelle de la santé, fruit de l’évolution à la fois des conceptions hygiéniste de la Santé publique issus du XIXe siècle et le développement de l’épidémiologie avec l’identification de nombreux déterminants de santé. Selon la Charte d’Ottawa[4] en 1986 et la Charte de Bangkok[5] en 2005, la promotion de la santé est défini comme «le processus qui permet aux populations d’améliorer la maîtrise de leur santé et de ses déterminants et, par conséquent, de l’améliorer». Les individus ne sont plus des sujets qui reçoivent des soins mais des acteurs à part entière du système de santé. Ainsi, la première conférence internationale pour la promotion de la santé à Ottawa a ouvert la voie à l’intérêt pour l’influence des conditions physiques et sociales sur la santé et fonde les conditions nécessaires à la santé : la paix, un abri, l’éducation, la nourriture, un écosystème stable, les ressources durables, la justice sociale et l’équité. Elle a signé une prise de conscience par les pouvoirs publics des enjeux de la prévention avec la création de l’Institut national de la prévention et d’éducation pour la santé et les conférences nationales et régionales de santé.

Prévention/promotion de la santé : au-delà des définitions qui s’opposent, ces stratégies empruntent des voies communes et convergent vers un même but : la santé qu’elle soit vue comme une finalité ou un processus. Une volonté politique d’instaurer une approche de promotion de la santé incluant la prévention s’affirme. L’individu tout autant que son environnement sont considérés dans les plans nationaux.

La santé est une notion non consensuelle, évolutive. Actuellement, nous assistons à l’évolution de la conception de la santé non plus comme un état mais comme une capacité d’adaptation permanente à son environnement dans une approche écologique.  Une dimension interpluridisciplinaire qui fait sens, à la fois médicale, psychologique et écologique mais difficilement mesurable. L’évolution la plus récente en est l’initiative one heatlh[6]. «Une seule santé» permet de penser la santé par une approche systémique et unifiée de la santé humaine, animale et environnementale. Par cette vision intégrative des enjeux de santé et l’acceptation de l’interdépendance de l’ensemble des déterminants de santé à l’échelon local national et mondial, c’est une opportunité de trouver les solutions répondant à des problématiques de santé mais aussi environnementales.

Quelles perspectives ?

Les mécanismes entrant en jeu dans les comportements de santé sont complexes d’où la nécessité d’étudier finement le processus associé à la modification d’un comportement lié à la santé avant l’instauration d’un programme.

La prévention ne peut se réduire à une information. Au-delà de transmettre des connaissances sur les comportements et les modes de vie reconnus scientifiquement pour prévenir les pathologies, il s’avère indispensable d’aider l’individu à articuler les connaissances en interconnexion avec son écosystème propre, son environnement affectif, sensoriel et émotionnel.

Une démarche positive qui se tisse en s’appuyant sur les ressources des personnes. Comme dans le soin, il s’agit d’accompagner de façon individuelle ou collective la personne afin qu’elle évalue au mieux ses risques et puisse faire ses propres choix de façon éclairée.

Les mesures de prévention doivent cibler une modification en profondeur des représentations et des attitudes face à la substance ou à la situation en améliorant les connaissances mais aussi en prévenant l’ensemble des déterminants psychosociaux.  

Conclusion :

La prévention, plus une attitude qu’un message en accompagnant l’individu à prendre conscience de ses ressources et de ses capacités et en renforçant ses compétences sociales. La prévention ne saurait ne peut se réduire à une approche de Santé publique puisque toute pathologie s’inscrit dans les modes de vie. Et si prévenir, et si la réconciliation entre prévention et soins passait par la réappropriation du moment présent ? Apprendre à se connecter à soi-même pour mieux prendre conscience de l’interdépendance et de l’interconnexion dans une approche one health.  Une prévention non culpabilisante en passant de la notion de risque individuel au tout interconnecté et interdépendant. 

Pour aller plus loin

[1] Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 États. 1946 (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, n° 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948.

[2] Gordon, R. (1983). An operational classification of disease prevention. Public Health Reports, 1983;98, 107-109. [Internet]. [cité 6 décembre 2021]. 

[3] San Marco, Jean-Louis. Définitions. In : BOURDILLON, François ; TUBIANA, Maurice. Traité de prévention. Paris : Flammarion, 2009, 448 p

[4] OMS. Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé 1986. Genève : Organisation mondiale de la santé, 1986.

[5] OMS. La Charte de Bangkok pour la promotion de la santé à l’heure de la mondialisation Genève : Organisation mondiale de la santé, 2005.   [Internet]. [cité 6 décembre 2021]. 

[6] One Health Initiative. One World One Medicine One Health [Internet]. [cité 6 décembre 2021].

 

Nous remercions vivement 

le Docteur Juliette HAZART, Médecin addictologue, nutritionniste, coach certifiée en cohérence cardiaque, consultante en santé, formatrice DPC, rédactrice santé, responsable du programme de communication au service du management de projet (Université de Lorraine, Nancy), pour partager son expertise médicale auprès de nos fidèles lecteurs de www.managersante.com

Biographie de l'auteure :

Le Docteur Juliette HAZART  est médecin addictologue, nutritionniste et coach certifiée en cohérence cardiaque.
Ancienne interne des hôpitaux, assistante spécialiste des hôpitaux en Santé publique et médecine sociale puis praticienne attachée au sein du Service de Nutrition clinique au CHU de Clermont-Ferrand, elle apporte son expertise en santé des populations, épidémiologie, prévention et promotion de la santé.
Le Dr Juliette HAZART est aujourd’hui spécialiste des addictions. Au sein d’un établissement médico-social, elle propose une approche dimensionnelle intégrative avec un accompagnement personnalisé intégrant la téléconsultation. La prévention, du primaire au tertiaire, est au cœur de son parcours professionnel et guide sa pratique au quotidien. Coach certifiée en cohérence cardiaque et animatrice d’ateliers de méditation de pleine conscience, elle étudie l’impact de ces pratiques sur les conduites addictives et la relation patient/soignant-soignant/patient. Enseignante à l’université de Lorraine, elle est responsable du programme de Communication au service du management de projet.
ManagerSante.com soutient l’opération COVID-19 et est partenaire média des  eJADES (ateliers gratuits)
initiées par l’Association Soins aux Professionnels de Santé 
en tant que partenaire média digital

 Parce que les soignants ont plus que jamais besoin de soutien face à la pandémie de COVID-19, l’association SPS (Soins aux Professionnels en Santé), reconnue d’intérêt général, propose son dispositif d’aide et d’accompagnement psychologique 24h/24-7j/7 avec 100 psychologues de la plateforme Pros-Consulte.

Juliette HAZART

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